‹ L'Espagne, orné de quatre gravures d'après M. Gustave DoréChapitre 83 sur 174 · CHAPITRE VI · texte numérisé non relu

CHAPITRE VI

bonde mémoire. Ajoutons que la cupidité habite un trop grand nombre de ces maisons, malgré leur nom patriarcal et séduisant.

L'Espagne a beaucoup à faire encore pour offrir à l'étranger l'accueil et le confortable qu'il peut désirer. A mesure qu'elle verra les visiteurs affluer dans son sein, elle s'efforcera de répondre à leurs besoins et à leurs vœux : c'est d'ailleurs son intérêt. Ses principales villes l'ont déjà compris, et la plupart possèdent quelques fondas très-convenables; souvent l'une reçoit plus spécialement les Français, l'autre les Anglais. Ce dualisme, constitué dans la civilisation moderne par l'opposition du Français à l'Anglais, a , comme on voit, des faces bien diverses. Les fondas fréquentées des Anglais l'emportent peut-être sur leurs rivales, par je ne sais quoi de bien rangé, de méthodique et de réservé, qui répond mieux aux mœurs de la Grande-Bretagne. On dit que des spéculateurs étrangers sont venus sur bien des points fonder ces établissements, et faire ainsi la leçon aux Espagnols ; on nous a parlé d'une compagnie suisse qui réalise, par des hôtels et des cafés bien tenus, de jolis bénéfices. Je dis bien tenus, sauf quelque réserve; car si l'on trouve là les journaux du dehors, ceux de Paris, par exemple , on peut être sûr qu'ils appartiennent à la presse des cabarets de France, la plus contraire aux sentiments et aux traditions du peuple espagnol. William Rose en était choqué, impatienté. Un jour, on lui apporte sur sa demande un journal français; c'était le S***, comme d'ordinaire : « Ah çà ! dit-il en

fronçant le sourcil et en fixant son regard sur le garçon qui lui présentait cette feuille , j'ai donc l'air bien sot?»

De retour à Madrid , nous ne voulûmes pas dire à cette capitale et à la Gastille un dernier adieu sans faire une excursion à Alcala de Hénarès, en latin Complutum. C'est la patrie de Cervantes; mais nous désirions par-dessus tout y voir le tombeau du cardinal Ximenès, les vestiges de cette université qu'il y fonda en 1499, et qui était la première de l'Espagne après celle de Salamanque. En une heure, le ferrocarril nous transporta au pied des murailles d' Alcala ; cette enceinte et ces tours imposantes, revêtues de tons briquetés , ces clochers , ces coupoles qui dominent la vaste plaine du Manzanarès, annonçaient dignement l'illustre cité; mais à l'intérieur, quelle déception ! Immobile et déserte, Alcala est peut-être de toutes les villes d'Espagne la plus tristement déchue; partout des ruines, de misérables échoppes, un silence de plomb; nous cherchâmes le tombeau du saint et grand cardinal, et nous le trouvâmes enfin , récemment transféré de Saint-Ildefonse à l'église magistrale. Agenouillés devant ce tombeau de marbre , nous fûmes absorbés beaucoup moins par les sculptures du Dominico de Florence que par la méditation du passé et de l'avenir de l'Espagne. Nous priâmes le Ciel de lui donner, dans sa miséricorde, des hommes d'État inspirés du même esprit que celui dont nous voyions l'image couchée devant nous.

Mais ce que je ne puis exprimer, c'est l'amertume

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