‹ L'Espagne, orné de quatre gravures d'après M. Gustave DoréChapitre 90 sur 174 · CHAPITRE VII · texte numérisé non relu

CHAPITRE VII

les armes à la main. Sans parler des loups qui, en hiver, s'y rassemblaient par troupes et attaquaient l'homme , les brigands y trouvaient un asile assuré ; ils étaient les rois de ces montagnes, tenaient pour sceptre le trabuco ou espingole, et nul ne leur refusait le tribut sans y laisser sa tête. Les arrieros nous racontèrent les sinistres exploits des Chaffandine, des Barrocal, des Maragato , des Bocca-Negra, scélérats passés à l'état légendaire comme en France Cartouche et Mandrin. L'un de nos gu'ides nous conduisit par un chemin de traverse, qui se dirige vers le village de Santa-Elena, à une caverne immense, où des bandes de brigands se réfugiaient dans l'ancien temps. Nous y pénétrâmes presque en rampant et en écartant les bruyères et les arbousiers qui dissimulent l'entrée. C'est bien une de ces cavernes de voleurs comme les ouvrages de fantaisie les décrivent; mais la flamme des branches de bois sec allumées par l'arriero ne fit pas briller à nos yeux les armes ni les trésors; elle éveilla seulement les chauves-souris endormies aux parois, et qui tourbillonnèrent en nous effleurant de leurs ailes immondes.

La structure géologique de la Sierra- Morena explique la présence d'un grand nombre de cavernes semblables dans son sein. A l'époque des luttes entre la croix et le croissant, elles ont plus d'une fois servi de refuge aux populations chrétiennes.

Tout danger a disparu. Ouverte en 1779 sous Charles III , et sous la direction de l'ingénieur français Charles le Maure, la belle route que nous par-

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courions a présenté quelque sécurité du jour où, par ordre du monarque, des colonies, nuevas poblaciones, composées d'étrangers, peuplèrent les solitudes de la Venta de Gardena, de Santa- Elena, de Los Carboneros, de Los Rios et de Guarroman. Les colons venaient en aide aux soldats et aux alguazils pour la poursuite et l'arrestation des brigands. Aujourd'hui, sur toutes les grandes routes d'Espagne, sont échelonnés les postes de la garde civile; et le gendarme debout, au bord du chemin, lorsque passe la diligence , montre au voyageur que la force publique veille sans relâche pour empêcher le retour d'un péril évanoui.

Aux Navas de Tolosa, une longue halte nous laissa le temps de voir ces plaines célèbres où se livra, au mois de juillet 1212, de l'hégire 609, la plus formidable et la plus importante peut-être des batailles qui aient jamais ensanglanté le sol de la Péninsule. En espagnol, on désigne sous le nom de navas les terrains qui offrent une plaine rase , et qui par conséquent sont favorables aux manœuvres des armées.

Or, au commencement du xme siècle, on ne savait point encore si l'Espagne serait définitivement chrétienne ou musulmane. A la vérité, les chrétiens refoulés, au vme siècle , au nord du Douéro , avaient reconquis pied à pied une partie du territoire envahi par les farouches sectaires de Mahomet , et ils possédaient la moitié de la Péninsule; mais la dynastie des Almohades, fondée par Abd-el-Moumen, au Maroc,

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