CHAPITRE VIII
plein cintre outre-passé, ogivaux à lancettes ou gonflés (tumidos), trilobés (trefobados), multilobés ou ondes (aiïgfelâdos),' surbaissés (apainelados) , qui apparaissent de tous côtés. Ceux qui s'élancent d'une colonne à l'autre forment deux étages de cercles superposés tantôt concentriques, tantôt croisés, de manière que l'un naît ou repose sur la clef de l'autre. Comprenez-vous alors le prestige de cette construction. Elle ne réclamait point un Michel -Ange, un Brunelleschi, un Robert de Luzarches; elle n'est rien auprès de Saint-Pierre de Rome, deNotre-Dame-des- Fleurs de Florence , de Notre-Dame d'Amiens; elle n'a pas ces élancements sublimes, ces coupoles gigantesques, ces voûtes hardies; mais elle est ingénieuse, elle est riche de petites inventions. On n'a jamais rien vu de pareil; elle étonne, elle séduit; mais plus on la regarde, plus on la mesure, et moins elle impose. C'est un monument à la proportion de l'homme et du mahométisme; et le lyrisme des hommes de lettres, leur enthousiasme plus ou moins factice ne peut aller au delà sans trahir la vérité.
Que de fois le voyageur sincère aurait à réduire, pour être juste, les admirations sans bornes, les extases affectées de certains littérateurs! Mais on n'a pas le courage de lutter contre les opinions reçues; et puis on ne fait pas cinq cents lieues pour rabattre l'essor de son imagination , pour diminuer son bonheur et l'envie de ceux qui n'ont pas fait le même voyage.
Lorsque le roi saint Ferdinand reprit Cordoue aux
musulmans, le 29 juillet 1336, il trouva clans la mosquée les cloches de Santiago en Galice, que le conquérant arabe Almanzor (El-Mansour, le Victorieux) avait fait apporter sur les épaules des prisonniers chrétiens; il les fit reporter à Santiago par des captifs musulmans.
Purifiée et consacrée sous le vocable de l'Assomption, la mosquée dut subir quelques changements pour être appropriée à notre culte. On ferma les entrecolonnements du côté de la grande cour qui précédait la mosquée. Plantée d'orangers, encore arrosée par les fontaines qui servaient aux ablutions musulmanes, cette cour conserve ses murs d'enceinte, surmontés , comme ceux du temple , de ces créneaux pointus qui caractérisent l'architecture arabe. Le tremblement de terre de 1589 rendit nécessaire la démolition de l'ancien minaret qui menaçait ruine, et les architectes Herman, Ruiz et Gaspar de la Pena élevèrent à cent dix mètres la tour qui porte la statue dorée du patron de Gordoue, de l'ange Gabriel, tenant dans ses mains la bannière chrétienne.
Le point difficile, c'était d'installer à l'intérieur de la mosquée l'autel majeur, le sanctuaire et le chœur. Le mihrab ou niche qui marque le côté vers lequel il fallait se tourner pour la prière , est ici en marbre blanc et d'un merveilleux travail; une mosaïque d'azur et d'or tapisse sa petite voûte; mais il ne se prête pas, dans ses proportions étroites, à recevoir l'autel catholique. On fut obligé d'entamer le centre de l'édifice, de supprimer soixante colonnes; et sur