‹ L'Espagne, orné de quatre gravures d'après M. Gustave DoréChapitre 98 sur 174 · CHAPITRE VIII · texte numérisé non relu

CHAPITRE VIII

cet espace dégagé l'on éleva, vers 1525, les piliers du sanctuaire et du chœur, œuvre splendide dont la richesse et la beauté consolent du sacrifice qu'elle entraîna. Il faudrait un volume pour décrire le retable du maître-autel, les grilles et les balustrades de fer ouvragé, ces chefs-d'œuvre si rares ailleurs et si communs en Espagne, ces orgues puissantes où les anges du jugement pourraient choisir les trompettes qui doivent éveiller un jour les générations endormies sous la tombe, ce lampadaire d'or et d'argent, ces vantaux de bronze, ces stalles en acajou, sculptées au xvme siècle, où les deux Testaments se déroulent dans le rang supérieur, et plus bas l'histoire des martyrs de Gordoue.

Elle est hère, cette ville, d'avoir donné naissance à Lucain, qui, dans la Pharsale, chanta la guerre entre César et Pompée ; à Sénèque le Rhéteur, et à son fils le Philosophe, le maître de Néron , mais impuissant moraliste, qui a vainement cousu aux enseignements du Portique quelques lambeaux de l'Évangile; au physicien et moraliste musulman Ebn-Badjeh, que nous appelons Abenpacé; à Maimonide , le plus savant des rabbins juifs; à Ebn-Roch, que nous nommons Averrhoès , génie encyclopédique , beaucoup trop célébré, mais le plus illustre peut-être de ceux qui sont issus d'entre les mahométans; à Gonsalve Hernandez, surnommé le Grand-Capitaine, qui enleva Grenade aux Maures, et battit les Français à Barletta, à Seminara, à Cerignoles; au poëte don Juan de Mena, l'auteur du Laberinto, qui aspirait à devenir le

Dante de l'Espagne; à l'historien Ambroise Morales, an des pères de la langue espagnole; à Gongora y Argote, le poëte novateur et ampoulé; à Paul de Cespédès, le peintre poëte. Et qui pourrait compter les étoiles de cette pléiade qui brille au-dessus de Cordoue! Il est, je crois, des lieux prédestinés pour l'éclosion des facultés morales. Qui sait si les grands horizons , les atmosphères libres et lumineuses ne dilatent pas les âmes?

MaisGordoue, fière de ses grands hommes, ne s'honore pas moins de ses martyrs.

Lorsque les Sarrasins se furent emparés de l'Espagne à la faveur des divisions qui affaiblissaient la monarchie élective des Wisigoths, ils n'abolirent pas entièrement le christianisme. L'exercice public de la religion, les églises et les monastères furent tolérés à des conditions restrictives de la liberté. Le chrétien payait à chaque lune un tribut, et il ne lui était pas permis de discuter sur la vérité du mahométisme, encore moins de qualifier publiquement Mahomet d'imposteur. Le calife Abdérame IT, qui aimait, comme un autre Néron, le sang, la poésie et les arts, jaloux de voir les disciples du Christ fermes dans leur patriotisme et forts de leur foi malgré l'état de servage, décréta contre eux des mesures de persécution. Saint Euloge, prêtre, d'une des premières familles de Gordoue, soutint les chrétiens par ses paroles et ses exemples comme par ses écrits. Jeune encore, il avait beaucoup étudié; il avait visité les sanctuaires de la science catholique, dans le nord de

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