Musée de ^'alence
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sublime et burlesque de la maison d'Autriche : les souverains à cheval, Olivarès, qui se détourne à demi, avec une brutalité dédaigneuse, les infantes et les jeunes princes, pauvr*es têtes blondes, qui dorment à l'Escurial, puis les grotesques : bouffons, fous et nains. Gomme La Bruyère, il a tracé les caractères et les mœurs de son siècle, avec autant d'ironie et plus de verve : les rois exsangues, les favoris hautains, Esope et Ménippe qui raillent dans l'ombre. L'antiquité, qu'il étudie à Rome, n'altère point son robuste réalisme, sa passion de vérité. La mascarade mythologique lui répugne, et s'il peint Apollon dans l'atelier de Vulcain, c'est pour rendre, avec une intense exactitude, un groupe de modèles. Sa Reddition de Bréda est un poème qui suffirait à immortaliser la guerre des Pays- Bas. Qu'on la mette auprès d'une autre grande page d'histoire : la Ronde nocturne, de Rembrandt, les incomparables qualités du maître espagnol, l'art du groupement, la vie, le coloris, n'enressortiront que mieux. Un seul des tableaux Religieux de Yélasquez me suffit : le Christ mourant, si pur de lignes, si beau dans la mort, et dont la tète, penchée dans la nuit, dit tellement la consommation suprême !
Les Espagnols se sont fait une spécialité de la sculpture sur bois et surtout de la sculpture polychromée. Ceux qui jugent de loin et d'après des légendes, ne savent assez railler le mauvais goût des statues espagnoles. Ils parlent de Christ
couvert de peau humaine, de Madones à perruques, de statues au réalisme enfantin. Certains de ces excès existent, et rien n'est plus laid, je l'avoue, que les mannequins vêtus qui figurent en certaines processions. Mais il n'est guère de vieilles églises espagnoles, où, dans quelque coin obscur, je n'aie rencontré un chef-d'œuvre de sculpture polychromée. Montanes et Cano à Séville, Pedro de Mena à Grenade, furent, au xvir siècle, les rénovateurs de cet art oublié depuis le moyen âge, et leurs œuvres innombrables ne se ressentent d'aucune imitation étrangère. Elles sortent d'àmes et de mains tout espagnoles. iVussi bien, les merveilles des seules silleiias des cathédrales espagnoles épuisent l'admiration. Il n'en est point d'égales au monde. Il en reste des visions fatigantes à force de richesse. J'ai encore présente cette Ascension, sculptée en haut-relief, au-dessus de la stalle de Tévèque de Cordoue. Aux deux côtés de ce relief se dressent les statues de sainte Thérèse et de sainte Magdeleine.Ces œuvres ne sont point polychromées ; elles sont en bois brun, la plus ingrate des matières, et cependant aucun marbre n'a plus de souplesse et d'expression. Et, je ne sais pourquoi, ces images me reviennent plutôt que mille chefs-d'œuvre dont mon regard ne pouvait se détacher, et dont ma mémoire ne cesse de poursuivre la silhouette disparue.
Murillo et Vélasquez avaient fini de peindre, Montanes et Cano de sculpter. Observateurs vrais
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et féconds, ils avaient donné à l'art son expression la plus juste ; sincères et puissants, ils n'avaient même pas soupçonné que l'artiste put travestir ses sentiments. Et, de ce temps, Boileau, qui se croyait en avance, Boileau, un artiste pourtant, car il avait le sens et le goût du parfait, rimaillait péniblement le Passage du Rhin (qu'il faut essayer de lire devant la Reddition de Bréda), et, gâté par lïnfluence de Le Brun et par les préjugés ambiants, il édictait ses absurdes condamnations du merveilleux chrétien, autant vaut dire de toute vérité artistique. Pauvre Nicolas ! Que n'avait-il vu Murillo amener tout le ciel sur sa toile, tandis qu'il peignait, à Cadix, son dernier tableau, dans ce couvent des Capucins qui domine, tout blanc, linfmi bleui