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C"est-à-dire d'hommes et de femmes avoisinanls

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barbares. Mohammed fit sa loi des congrégations. Il déclara non autorisé tout établissement postérieur à la domination arabe. La Sierra s'emplit aussitôt de ruines et fut baignée de sang.

Dans les chantiers de Médina Az Zahra, dans ceux de la mosquée, Abd el Rahmàn et Al Mansour employaient nombre de captifs chrétiens ; c'est l'un d'eux qui, sur le jaspe de deux colonnes, a gravé une pauvre image du crucifix que Ton vénère aujourd'hui. La légende dit que l'artiste grava ces traits avec ses ongles. J'imagine qu'au bout des ongles il tenait quelque outil. L'empreinte n'en est pas moins touchante. Elle semble une de ces protestations triomphantes des faibles, que les contemporains dédaignent, mais qui traversent les âges et qui, un jour, confondent les bourreaux.

L'anarchie qui suivit Féclipse des Ommiades n'adoucit point le sort des Mozarabes. Dix mille familles avaient obtenu d'Alphonse d'Aragon, en 1125, d'être emmenées avec lui dans les royaumes catholiques. Celles qui restèrent n'en furent que mieux opprimées. Leurs égUses furent renversées et leurs foyers dévastés. Tout triomphe des armées chrétiennes aggravait le sort des Mozarabes cordouans ^

!• Les Muladies, ou chrétiens apostats, ne donnèrent pas moins de mal aux Arabes que les Mozarabes ou chrétiens fidèles, et une grande part de ce qu'on appelle la civilisation arabe est due à la culture espagnole, dont les traditions étaient conservées par les Muladies autant que par les Mozarabes. Stimulés par l'exemple des Mozarabes fidèles, les Muladies essayèrent

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J'admire, autant que personne, la poésie mystérieuse de la mosquée d'Abd el Rahmânetla magique beauté d'un art qui n'en était qu'à ses débuts ; mais, par dilettantisme, je n'accorderai pas à cette civilisation maure un mérite qu'elle n'eut pas. La domination arabe fut, pour l'Espagne, un de ces fléaux que Dieu ménage aux peuples qu'il veut punir. Quand l'Espagne chrétienne se fut purifiée dans la lutte, quand elle eut retrempé sa foi dans les souffrances. Dieu balaya les Maures comme le vent chasse les nuées de sauterelles dévastatrices. Quand un saint eut réuni dans sa main les sceptres de Castille et de Léon, Dieu lui donna la victoire. Ferdinand III reprit Gordoue, Séville, Jerez, Cadix.

Ce qu'il faut admirer, durant ces six siècles d'oppression, c'est la vitalité de l'église cordouane. Dociles aux prescriptions des premiers conciles de Tolède, les églises d'Espagne avaient ouvert à la jeunesse de nombreuses et florissantes écoles. L'invasion ne les ferma point, et, même aux heures de persécution, elles restèrent l'asile courageux des consciences libres.

souvent de secouer le joug détesté des Arabes. A Cordouc, à Tolède, dans l'Andalousie, ils tentèrent de fonder des États indé pendants. Omar ben Hafsun, le Pelage de l'Andalousie, avait soulevé les montagnards de la Honda. Il fut sur le point de fonder un empire chrétien, et de hâter de cinq siècles Tœuvre de la Reconqiiista. Au x» siècle, les résistances des renégats furent étouffées dans le sang. Ces hommes, qui avaient abandonné la croix vaincue, n'étaient pas sans doute dignes de la faire triompher.

Chaque monastère, chaque église de Cordoue, notamment Saint-Zoïle, Saint- Asciscle et Saint- Gyprien, réunissait une jeunesse studieuse, accourue de toute TEspagne. On lui enseignait l'exégèse, la théologie, les lettres latines. Au IX'' siècle, en même temps que les universités arabes, les écoles chrétiennes florissaient à Cordoue. Elles comptaient des maîtres que les Maures eux-mêmes révéraient : Esperendieu, qui, sous Abd el Rahmàn II, écrivit un éloquent Commentaire contre le Coran; Samson, qui, jusqu'à la fin du ix' siècle, dirigea l'école de Pefiamelaria et de Saint-Zoïle, surtout saint Euloge et Alvare.

Saint Euloge, disciple d'Esperendieu, ne peut être comparé qu'à saint Isodore de Séville. Esprit curieux, il s'enquérait de toute science. Humaniste éclairé, il a, plus que personne, préservé de la contagion arabe la culture latine. Élu archevêque de Tolède, il ne put gagner son siège. Mohammed l'avait fait jeter en prison, mais, professeur incorrigible, Euloge profita de sa captivité pour enseigner à ses compagnons de fers Texégèse et la poésie. A son époque, Fascendant de la civilisation arabe menaçait déjà de gagner les chrétiens. Les jeunes gens dédaignaient leur littérature nationale. Surtout quand Hachemll eut ordonné que tout chrétien fréquentât les écoles arabes, le latin fut oublié pour la langue des vainqueurs. La désespérance envahissant les âmes, on perdait l'espoir de délivrer la

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patrie perdue. Recafredo et les évèques complaisants détournaient les fidèles de la confession publique de leur foi. A ces heures de décadence, il ne suffit plus de parler et d'agir, il faut mourir pour sauver un peuple. Après avoir, par ses écrits et par ses leçons, arrêté le naufrage des lettres et de la science sacrée, Euloge, par sa mort, releva le caractère de ses compatriotes chancelants. Le martyre empêche toujours l'injustice de prescrire. Euloge fut décapité le 11 mars 859.

Alvare, son ami, était un laïque fort lettré, un maître très influent. Mais, esprit sans doute étroit, il crut devoir, pour préserver les chrétiens, les détourner de l'étude des auteurs infidèles : classiques latins ou poètes arabes. Il obéissait ainsi au préjugé fâcheux auquel, dix siècles plus tard, devaient céder les gaumistes. L'évêque Jean de Séville arabisant et latiniste parfait, combattit cette erreur dans une controverse célèbre, et il n'est pas sans intérêt de voir un évêque, en pleine époque d'oppression sarrasine, défendre avec la même vigueur l'Évangile contre les Arabes et la littérature païenne contre un chrétien indiscret.

Florissantes auix' siècle, les écoles chrétiennes de Gordoue furent en décadence dans les siècles suivants. Il leur resta cependant des disciples et des maîtres qui ne désespéraient point de l'avenir. Ces hommes fidèles gardaient la patrie aux soldats de saint Ferdinand, et ils eurent plus de

mérite à attendre la victoire et à la préparer par leur constance, qu'à la décider par les armes.

Après la conquête chrétienne, Gordoue épuisée se repeupla lentement. A jamais déchue de son rang de capitale, elle n'est plus ce miroir de VEspagne qui avait enchanté les Maures, ni la voluptueuse et savante cité chantée par les poètes du X'' siècle. La peste au xv' siècle, la famine au xvir, Dupont, en 1808, la décimèrent.

Les versants de la Sierra n'abritent plus ni monastères ni villas. Médina Az Zahra est un pâturage sans souvenirs. Gordoue n'a plus d'industrie. Peu de cités sont, autant qu'elle, muettes sur leur gloire passée. Mais, je ne sais pourquoi la tristesse qui m'étreignait à Tolède ne parvient pas à m'envahir ici. Sous le ciel bleu flotte, sans doute, trop de lumière ; trop de fleurs parfument les rues blanches, et, le soir, j'écoute sans mélancolie les voix qui s'enfuient en chantant.

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