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C'était le père du Grand Condé

envahi. Le successeur du duc de Lerme, don Gaspard de Guznian, l'imprévoyant et présomptueux favori de Philippe IV, n'admettait guère de conseils. Les avertissements inquiets du viceroi de Navarre n^eurent pas raison de sa fatuité.

Livré à sa seule initiative, le vice-roi de Navarre, Pedro Fajardo, marquis de Yelez, organisa du moins la résistance des montagnes, et repoussa les Français de Roncevaux ; mais, après une feinte sur le Roussillon, le 2 juillet 1638, les troupes de Condé descendaient vers la Bidassoa, à la vue de Fontarabie surprise. En trois jours, elles emportaient Irun, Renteria, Lezo, Oyarzun, Pasajes. Sans coup férir, Condé s'emparait du Jaïzquibel; avec trois mille hommes, il se présentait devant le fort Higuer, défendu par dix soldats et deux canons. Du cap Higuer à Pasajes, de Pasajes à Irun, la côte et la plaine étaient à lui. Seule Fontarabie manquait à sa conquête. Mais la faible cité bloquée semblait une prise facile. A la cour de Paris, on se préoccupait déjà de la route à faire suivre à la garnison prisonnière.

De l'extrême confiance, la cour de Madrid était passée à Fextrème panique. Le roi décrète que toutes les levées du royaume partiraient pour le Guipuzcoa. De la Corogne, il fait avancer douze vaisseaux de ligne ; il mande à la flotte de Port-Mahon de prendre des renforts à Garthagène et de rejoindre Fescadre de la Corogne. Mais ces ordres s'exécutent avec une solennelle

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lenteur. Le 14 juillet, l'amiral de (^.astille quittait ^Madrid avec ^Manuel Ferez de Ejea, gouverneur nommé de Fontarabie. Depuis douze jours, Condé avait déjà investi la ville, et douze vaisseaux français gardaient le cap Higuer.

Fontarabie n'était nullement préparée à un siège. Paysans et prisonniers réunis lui faisaient une garnison de sept cents hommes. Elle avait peu de blé, et pas cinq cents barils de poudre. Condé comptait vingt-cinq régiments d'infanterie, huit cornettes de cavalerie, d'excellents généraux, une bonne artillerie. Dans la plaine, sa cavalerie arrête les renforts qui tenteraient de venir de la Navarre. Il occupe les hauteurs de Guadalupe, et, jusqu'à la plage, enferme Fontarabie dans un demi-cercle de tranchées.

Les gens de Fontarabie mesurent l'étendue du péril, mais, du premier jour, ils haussent leur courage au niveau du danger. Ils avaient transporté dans leur vieille église la statue de leur patronne, la vierge de Guadalupe. Ils la constituent leur gardienne, confondent leur cause et la sienne, et s'animent à la pensée qu'ils livrent une guerre sainte contre les profanateurs de leur Madone. L'épopée commence par une rodomontade bien espagnole. La vue de l'ennemi n'empêche pas Fontarabie d'assister, le 1'' juillet, à une course de taureaux. La plaza grise est bâtie, aujourd'hui, en dehors des remparts. Alors, elle devait être construite dans la ville, car, des gradins, les assistants virent l'armée descendre

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vers la rivière, et, indulgents, ce jour-là, pour les taureaux, ils consacrèrent tous leurs sifflets aux agresseurs. En l'absence du gouverneur en titre, ignorant encore qu'un gouverneur intérimaire leur est envoyé par le roi, les jurats confient à Domingo de Eguia le commandement de la place. Eguia distribue la défense aux principaux capitaines. L'alcalde Diego de Butron reçoit la garde des remparts de l'est ; d'autres chefs occupent les bastions. Un jésuite, bon mathématicien, le P. Diego Isasi, est chargé des travaux du génie, et, si grand que fut le mérite du digne Père, il semble que le choix de ce singulier ingénieur prouve la pénurie de la place.

Les soins de la défense ainsi répartis, les Basques expédient un courrier au roi pour lui demander du secours, et, sans l'attendre, sans presque l'espérer, s'appuyant sur Dieu et sur leur bravoure, ils se disposent à recevoir l'ennemi.

Les bras faisaient défaut. Un jour, le 23 juillet, sur l'étroite place qui longe le château de Charles-Quint, un bataillon de femmes apparaît. Elles sont cent, qui ont pris des habits d'hommes, et demandent des mousquets et des lances. Les soldats saluent cette apparition par des vivats. Butron, les larmes aux yeux, refuse des armes aux héroïnes, mais accepte leur dévouement: durant tout le siège, elles travailleront à refaire les bastions, à placer des fascines, à charrier les cadavres, à panser les blessés.

Le duc de Saint-Simon garde Irun, le marquis de la Force est campé à Guadalupe, le duc de la Valette occupe la plaine. Le G juillet, un chevalier de Saint- Jacques, don Juan Urramendi, avait, quand mème^ introduit dans la place cent soixante dix gars de Tolosa, et, à travers les tranchées et les lignes ennemies, toujours des courriers passent, aussi insaisissables, aussi rusés que le sont, aujourd'hui, leurs fils, les contrebandiers de la côte.

Les premiers jours de juillet se passent en sorties heureuses, mais inefficaces. Le 12, le bombardement commence avec furie et méthode. Du côté de la plaine, les boulets français balayent constamment les remparts et rendent toute riposte impossible. Le 24, une lettre du roi arrive, promettant du secours, ordonnant de tenir bon. L'ordre était inutile, et la promesse provoque peu d'espoir. La petite garnison n'a qu'une maigre pitance. Les Basques s'en contentent, mais quelques engagés irlandais ont peine à s'y réduire. Et les bombes françaises pleuvent. Le rempart de la Reine en reçoit trois cents en un jour. Le rempart delà Magdeleine en est criblé. Des maisons s'effondrent. Sur le palais de Charles-Quint, tombent, pendant le siège, plus de douze cents boulets d'une pièce de 48. Enfin, don INIiguel Ferez de Ejea force les lignes et entre dans la ville. Eguia lui cède avec rancune le droit glorieux de défendre Fontarabie.

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Le 1'^ août, les Français creusent une première mine. Ils crient aux assiégés qu'ils sont des fous; ceux-ci répondent aux agresseurs qu'ils sont de lâches taupes. Et tandis que la mort pleut du ciel, qu'ils l'entendent gronder sous terre, les Basques aperçoivent à l'horizon une escadre qui s'avance. C'est Sourdis qui vient, avec cinquante voiles, renforcer l'escadre française du cap Higuer. Au gré de Condé, l'escadre venait trop tard, et, forcée de se tenir loin de la côte, elle ne peut empêcher des chaloupes espagnoles de ravitailler la place.

Les mines éclatent. Le bastion de la Leiva s'effondre. Toute l'Espagne prépare des secours. Aucun n'arrive. Fontarabie lutte seule, avec des exagérations de courage. Par bonheur, la division se met parmi les chefs français. Le duc de la Valette refuse d'assister aux conseils pour ne pas se rencontrer avec l'archevêque de Bordeaux. L'anarchie des agresseurs sert la cause des assiégés.

Le 4 août, un renfort de quatre-vingts Navarrais entre à Fontarabie. Le 7, le gouverneur. Ferez de Ejea, ordonne une sortie. Du rempart, il anime les soldats. On lui dit de se moins exposer. Il est chevalier de Montesa, et il serait prudent ! Cambré sous le feu, il jette ses ordres, Un boulet l'atteint. Frappé à mort, Ejea réunit près de lui Butron, Isasi, les principaux capitaines. Il les exhorte à tomber jusqu'au dernier, mais à ne point se rendre. Il reçoit les sacrements,

et, dans le fracas de la lutte, il meurt noblement. On le porte dans l'église, drapé dans son manteau de ^lontesa, et on le dépose sous les dalles, auprès des autres, dans une tombe sans nom.

Redevenu gouverneur à la mort de son rival, Domingo de Eguia continue les exploits d'Ejea. Par des contre-mines, il essaye de couper les travaux de l'ennemi. Il est sur tous les bastions, fraternisant avec ses hommes, ne désespérant jamais, même quand il voit la flotte de Sourdis achever le blocus de la baie.

En France, on annonce déjà la reddition de Fontarabie. Les Navarrais retranchés à Hernani pourraient être déconcertés par cette fausse nouvelle. Afin de les rassurer, afin de fronder Tennemi, Eguia fait arborer, au sommet du palais de Charles-Quint, un grand étendard rouge. Les Français, qui le voient, en font leur cible, mais Fétendard, criblé de balles, claque toujours sous le soleil, ironique et dominateur.

Le lo août, un armistice est proposé. Les assiégés se confessent et communient aux pieds de la :Madone de Guadalupe. Leur foi exalte leur courage, et ils se relèvent plus résolus à la guerre sainte. Un courrier, du reste, leur apprend que l'amiral de Castille a concentré à Hernani un corps de six mille hommes, et que le vice-roi de Navarre le rejoint avec quatre mille cinq cents partisans, commandés par un héros, Francisco Caraciol, marquis de Torre-

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cusa. Les deux généraux ont opéré leur jonction à Oyarzun, et tous deux reprennent Oyarzun, Lezo, Renteria, Pasajes. En eux, Fontarabie salue des vengeurs plutôt que des sauveurs, car un feu sans merci attaque les remparts, et les mines lézardent les murailles.

Le 20 août, Condé fait donner l'assaut. L'assaut est repoussé. Le prince, Tépée à la main, regardait le mouvement des troupes, appuyé sur répaule d'un ami. Celui-ci tombe, broyé par un boulet de dix-huit livres. Furieux, Condé rentre dans sa tente, et de son épée, traçant une croix sur le sol, il jure que pas un assiégé ne sortira vivant de Fontarabie.

Un jour, on aperçoit, des remparts, une troupe évoluer au sommet du Jaïzquibel, et des manœuvres inaccoutumées agiter la flotte de Sourdis. La troupe disparaît bientôt, et le secret des manœuvres de l'escadre n'est que trop tôt pénétré.

Don Lope de Hoces était enfin parti de la Corogne avec douze vaisseaux de ligne. Mais indécis et maladroit, il imagine de s'ancrer à Guetaria. Sourdis l'entoure aussitôt et le tient cinq jours bloqué, sans que l'amiral aveuglé ait l'idée de forcer ce redoutable blocus. Le 22 août, la flotte française canonne l'escadre de Hoces, et lance sur elle des brûlots enflammés. Hoces atîolé craint d'être réduit à rendre ses vaisseaux, et, pour éviter cette honte, il les fait lui-même incendier. L'escadre espagnole sombre ainsi,

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détruite par son propre chef. Onze vaisseaux disparaissent ; quinze cents soldats périssent, deux mille se réfugient sur la côte. Un seul capitaine, don Pedro Montanio, refuse d'obéir à Fordre absurde de l'amiral. Il traverse, avec son Santiago, les lignes françaises et, pendant sept jours entiers, il lutte contre la flotte de Sourdis. De Zaraus, Hoces voit ce superbe spectacle, et, furieux qu'un des siens triomphe malgré lui, il demande à l'alcalde de Zaraus de tirer sur le Santiago, L'alcalde refuse, et Montanio amène son navire à Pasajes.

Le 24 août, le marquis de Guèbres vient, en parlementaire, offrir aux assiégés une capitulation honorable. Il espérait trouver Fontarabie abattue par le malheur de Hoces, et, pour gagner plus sûrement sa confiance, il charge un Père capucin de conseiller à la ville une reddition qu'exige la prudence.

Mais Fontarabie ne veut rien entendre. Condé essaye d'intimider la résistance par des stratagèmes qu'on déjoue. Il sait que les assiégés ont peu d'eau, que leurs munitions s'épuisent. La veille de la Saint-Louis, les Français font dire aux Basques de se bien préparer à les recevoir, car, le lendemain, ils veulent célébrer dans la ville la fête de leur patron.

Le 30 août, Condé envoie un ultimatum. La place doit se rendre sur-le-champ ou s'attendre à une exécution sans merci. On sert au messager du prince un festin plantureux — gasconnade

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héroïque — et on reconduit. A ce défi, Condé répond par un ordre d'assaut général. Les assiégés repoussent l'assaut.

Le 1" septembre, le bastion de la Reine s'effondre sous l'explosion d'une mine. Par la brèche béante, quinze hommes de front pourraient passer. Le duc de la Valette la déclare pourtant impraticable, et refuse d'avancer. De guerre lasse, Condé fait relever les troupes du duc par celles de Tarchevèque.

Les seules forces humaines ne pouvaient pourtant plus conjurer une ruine imminente. Les assiégés, qui le sentent, commencent une neuvaine solennelle à Notre-Dame de Guadalupe. Tout ce qui peut lutter garde la brèche ; les vieillards et les blessés prient à l'église.

Ceux d'Hernani ont gravi le Jaïzquibel, et doivent descendre sur Fontarabie. Mais il semble écrit qu'aucun secours ne parviendra à la ville infortunée- Une simple tempête disperse les troupes navarraises, qui reviennent en désordre à Oyarzun.

Ce nouveau malheur achève d'enhardir Condé. Il notifie à la ville une seconde sommation plus menaçante que la première. Il s'adresse nommément à l'alcalde Butron, et le menace, lui et les siens, des pires malheurs. Butron répond en termes dignes du Cid, et le plomb faisant défaut à ses soldats, il donne toute sa vaisselle, dixhuit mille pesos d'argent, pour qu'on en fonde des balles.

Le 4 septembre, une nouvelle brèche est ouverte. Deux assauts sont tentés sur toute la longueur des remparts de l'ouest. Les femmes, mêlées aux combattants, retirent les blessés, apportent les munitions, et, sous la mitraille, essayent de boucher quelques brèches. Les assaillants, deux fois repoussés, sont toujours ramenés aux murailles, et, pendant quatre heures d'un corps à corps furieux, s'acharnent, sans le pouvoir renverser, à ce rempart d'hommes de cœur. Ils laissent trois cents morts. Les assiégés n'ont perdu que cinquante soldats.

Le 5 septembre, six autres assauts sont repoussés. L'archevêque de Bordeaux, doux pasteur, pousse plus que personne à l'attaque.

Pour réduire ces invincibles, on décide de faire sauter tous les bastions, et de livrer, le 8 septembre, un assaut irrésistible.

Fontarabie tenait depuis soixante-neuf jours. Du millier de défenseurs qu'elle comptait au début du siège, il ne lui restait plus que quatre cents combattants et quarante barils de poudre. Elle avait reçu plus de seize mille projectiles, plus de cinq cents bombes. D'Hendaye, des barques de pillards s'avançaient déjà pour avoir part à la curée prochaine.

Les troupes d'IIernani, naguère dispersées par un orage, s'étaient remises en marche. Le G, elles occupaient le Jaïzquibel. Les assiégés les distinguent, mais doutent que cette armée, trop tard venue, puisse autre chose que les venger.

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Ils demandent cependant un miracle à la Vierge, et, à la veille de périr, ne songent ni à se rendre, ni à se plaindre.

Les Xavarrais de Torrecusa campent à Santa Barbara, un des sommets du Jaïzquibel. Ils doivent livrer bataille le 8 ; Fennemi le sait par ses espions. Mais Torrecusa, bien inspiré par son courage et par Dieu, devance l'attaque d'un jour. Le 1 , au matin, il ordonne à ceux d'Irun d'arriver sur Fontarabie en longeant la Bidassoa. Lui, va contourner le Jaïzquibel. Un peu après midi, les assiégés l'aperçoivent. Il suit le flanc de la montagne, et, par des cliemins étroits, il fond sur Guadalupe, où deux cents Français sont embusqués. Torrecusa les déloge, occupe Guadalupe, et domine ainsi les tranchées ennemies, qui courent à mi-hauteur et que gardent sept mille hommes, servis par une forte artillerie.

Gomment ouvrir ces impénétrables trancliées ? Les gars du Guipuzcoa demandent de tenter la chance. On les lance. Les premiers qui touclient au fossé sont renversés ; les autres bondissent, font une trouée. L'armée navarraise est bientôt maîtresse de presque toutes les tranchées. Ordre est transmis à La Valette de secourir la Force : il ne bouge pas, et les clievau-légers d'Epernon refusent de donner.

A la vue du désastre, Gondé est descendu de la hauteur. Il traverse la plaine, veut, en vain, retenir la cavalerie qui fuit. Il est renversé, court à la Bidassoa, et, laissant son cheval, passe en

barque sur le sol français. Les vainqueurs s'attardent au pillage, et ce moment d'oubli est sur le point de les perdre. Mais ils se ravisent à temps. Les défenseurs de Fontarabie, bombardés sans relâche depuis le matin, solennisaient en ce moment les premières vêpres de la Nativité. Cinq cents hommes de la garnison sortent, en bataille, par la brèche. A cette vue, les Navarrais sentent qu'ils ont pour eux la chance, c'està-dire Dieu. Le vice-roi Vêlez et Tamiral de Castille, qui suivaient Torrecusa, franchissent les tranchées ouvertes, rejoignent les troupes basques, et, par la brèche béante, ils entrent dans Fontarabie délivrée. Le soir, il ne restait plus de Français sur les terres d'Espagne.

Le matin même, Philippe IV avait dit à son ministre: « Jusqu'à présent, j'avais supplié Dieu de me défendre Fontarabie contre les armées ennemies, mais, aujourd'hui, j'ai modifié et rectifié ma prière. J'ai livré à Dieu cette ville, et Tai remise à sa volonté et à sa libre disposition. »

Le 8 septembre, les vainqueurs purent mesurer l'étendue de leur bonheur inespéré. Les Français, qui occupaient le promontoire jusqu'au cap Iliguer, voyant la fuite coupée du côté de la plaine, s'étaient jetés vers la Bidassoa, dont la marée haute dissimulait le chenal. Deux mille hommes, dit-on, se noyèrent. Quinze cenls furent tués ou pris. Les autres troupes avaient fui, laissant deux mille prisonniers, quatre-

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vingts étendards^ vingt-cinq pièces d'artillerie. Une d'elles s'appelait le Richelieu, et elle portait cette devise, parfois trompeuse : Ratio ultima reg'um. Dans la tente du prince, on trouva son trésor de guerre, son collier du Saint-Esprit, les lettres du roi et les instructions de Richelieu. On apprit ainsi qu'un évêque français avait reçu, du roi. Tordre de composer déjà le discours officiel, destiné à célébrer la prise de Fontarabie. Les quartiers contenaient un riche butin et beaucoup d'argenterie. Un mortier gigantesque avait été traîné sous les remparts, et les vainqueurs heureux Fentouraient en l'insultant, comme font les pêcheurs aux requins capturés. Le 9, au soir, l'escadre de Sourdis prit le large et appareilla vers Saint-Jean-de-Luz. ^L le Prince eut grande peine à éviter une disgrâce.

Cette victoire n'eut aucune conséquence politique, mais la nouvelle en remplit l'Espagne de joie. A Madrid, le peuple força les appartements royaux pour féliciter Philippe I Y. Quand le viceroi de Navarre revint à Pampelune, quand l'amiral de Castille rentra à Madrid, ils furent reçus en triomphe. Le roi offrit à Compostelle une riche lampe d'argent. Fontarabie fut proclamée Cité, avec le titre de ti^ès valeureuse. Cent mille ducats lui furent accordés pour réparer ses murs, quinze ducats furent donnés à chaque habitant, cinquante aux veuves des soldats morts.

La reconnaissance royale acheva de se manifester d'une façon ridicule, car le prétentieux

ministre Giizman, qui n'avait su lien prévoir, fut traité comme le héros de la défense. Philippe lY le nomma Adelantado du Guipuzcoa, gouverneur perpétuel de Fontarabie ; il lui assura douze mille écus de rente, et décréta que, chaque année, une coupe d'or serait offerte à ce vainqueur sans mérite, qui n'eut pas même l'esprit de refuser de si aveugles faveurs.

Fontarabie ne s'attribua point sa victoire. Elle en rapporta tout Thonneur à sa patronne invisible, Notre-Dame de Guadalupe, et, chaque année, le 8 septembre, une troupe de Basques, rappelant l'armée des aïeux, monte à l'ermitage reconstruit, pour remercier la Vierge, et, groupée sur l'étroite plate-forme, où Torrecusa culbuta Tavant-garde ennemie, elle fait quelques feux de salve, écho joyeux du bombardement d'autrefois. Le lendemain, dans l'église de la ville, qui vit prier les héros et qui abrite leurs dépouilles, on chante, pour leurs âmes valeureuses, une messe de Requiem.

J'ai revécu le siège héroïque, j'ai refait la bataille triomphale sous la conduite d'un Basque à l'àme antique, qui, sous la boïna carliste, a luimême longtemps vu le feu. Cet homme sans lettres avait sa philosophie de la guerre, simple et sublime. Du promontoire, d'où je voyais la baie d'azur aux rides d'argent, il m'expliquait que les défaites comme les victoires sont toujours

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méritées, et que le triomphe n'est pas assuré aux gros bataillons, mais aux hommes de foi et de valeur. Il accentuait sa pensée avec une étrange énergie. J'essayais en vain de lui citer des défaites imméritées. « L'histoire est souvent immorale, lui disais-je. Bien des agneaux sont mangés par des loups, et je crois la victoire bien aveugle ou bien folle. — Ne croyez pas cela, répétait-il. Nous ne savons pas tout. Les bonnes causes ont souvent de mauvais défenseurs, qui doivent être châtiés. Des voix crient au ciel, que nous n'entendons pas, et qui demandent les défaites inexpliquées. Mais la victoire est toujours à ceux qui la méritent. »

Tandis que mon vieux Basque parlait ainsi, mon esprit distrait regardait au loin la terre de France, côtes de grès rouge couronnées de verdure. Et je songeais aux luttes qui sy livrent aujourd'hui, autour d'une place démantelée et envahie. « La victoire est toujours à ceux qui la méritent... » Peut-être ; mais alors ?... Alors, aux catholiques qui défendent leur liberté et leur foi, il manque, peut-être, d'avoir assez souffert pour ces causes sacrées ; il leur manque de mériter la victoire.

Les barques des pêcheurs, rentrant du large, prenaient le cours de la Bidassoa. En vue de Guadalupe, les mariniers étaient leurs bérets et priaient. Devant moi, dans le sentier, deux vaches noires passèrent. Une tillette les menait. Pieds nus, un foulard rouge autour du cou, elle

chantonnait un vieil air basque, qu'elle interrompit pour me jeter un frai s Agur. Mon regard allait, des barques paisibles à ces remparts brunis, que le soleil rajeunissait. Et toujours, songeant au pays absent, je me redisais la parole de mon guide : « La victoire appartient à ceux qui la méritent. »

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