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Pacages

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lée féconde. Ce sont les galions cFor, abordant à Séville, qui ont attiré, vers l'autre monde, les cultivateurs andalous. Colomb avait habité Séville. Après son premier voyage, le dimanche des Rameaux 1493, il y revint en triomphateur ; Cortez et Pizarre n'étaient pas en vain andalous. Leurs compatriotes furent séduits par répopée lointaine. Le terre à terre de l'économie rurale ne pouvait leur suffire. Leurs pères avaient soumis un royaume ; ils révèrent de conquérir un monde. Pouvaient-ils craindre qu'un jour l'épuisement viendrait, eux que Topulence accablait ? Alors, les roues de bois qui élevaient l'eau des fleuves se sont moisies ; la végétation paradisiaque a disparu. Des tours en ruine dominent, mélancoliques, des plaines caillouteuses, où jaunissent des chaumes ; et souvent, en pleine Andalousie, on peut se croire de nouveau en Castille, dans la Manche, en Palestine, dans le désert.

Du sommet de la Giralda, Séville apparaît toute blanche. La lumière l'inonde, colorant même l'ombre. Dans le ciel, pas de brume, point de mélancolie. Tout étincelle : les jardins de l'Alcazar, les citronniers et les palmiers de SanTelmo, la nacre du Guadalquivir, promenant ses reflets dans l'immense plaine blonde ou verte, à l'horizon, l'améthyste des monts. Et l'œil est repris par l'éblouissante blancheur des maisons semblables, que veine le réseau serré des rues étroites. Quelques places, — celle de San Fernando,

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qui transporte en plein Caire, — quelques tours; sauf l' Alcazar, peu de monuments qui présentent des silhouettes pittoresques ; mais un tel unisson de blancheur et de lumière, qu'un sourire en monte à Tàme, qu'un éclair en vient aux yeux. D'autres villes d'Espagne ont vieilli, et racontent, en pleurant, leur passé. Plusieurs fois l'an, Séville recouvre ses vieux murs d'une blancheur fraîche. Ce maquillage cache ses rides, et son rire n'a point d'âge. Elle fut jadis plus riche et plus fameuse, merveille de gloire et d'opulence ; on l'appelait, au xvir siècle, la nouvelle Délos. Elle demeure une merveille de joie, d'esprit, de grâce et de gaieté ; et, en ce sens, il reste vrai de dire que

Ouieii no ha visto Sevilla, No ha visto maravilla.

Séville me fait penser à Naples. Philippe II favorisa son port, jusqu'à nuire au commerce et à la marine delà Catalogne. Longtemps siège du tribunal des Indes, elle jouit du monopole de la navigation transatlantique. Elle bénéficie, aujourd'hui, de la mort qui gagne le port de Cadix, et même celui de Malaga. S'il lui manque la baie enchanteresse de sa rivale italienne,elle redevient, quoique enfoncée dans les terres, un excellent marché maritime, et la gloire lui restera toujours des anciennes caravelles, aux voiles blondes, qui, de chez elle, portèrent des conquistadores.

De caractère surtout, le Napolitain et l'Anda-

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lou se ressemblent. Du moins, ils sont, chacun dans leur f)ays, les représentants de l'esprit et de la joie. Ils adorent parler ; Fesprit luit dans leurs yeux et leur échappe en étincelles, en chispas pénétrantes. Ils miment à ravir. Le Napolitain est même trop comédien. MaisSéville n'étale pas rinconcevable malpropreté et la fainéantise de Naples. Sous la mollesse du geste de ses femmes, sous Tapathie apparente de ses hommes et de ses gars, dans son parler musical, dénué d'efforts, on sent sourdre une passion capable d'exploits, de crimes, de profondes navajadas, L'Andalou est essentiellement torero. Suivez les gestes de ces causeurs qui s'animent : ils plantent des handerillas, ils simulent une feinte, ils racontent une suerte. Les cornes luisantes, dont la vue fait danser d'aise les petit Sévillanais, jetteraient, j'imagine, en une fuite éperdue une troupe de lazzaroni.

L'Andalou est fier. Le geste des hommes du peuple est sobre et aider ; leur allure, d'une noblesse rare. Ils se sentent fds de conquérants. Ils ont, pour leur Séville et pour ses gloires, une passion touchante, qui n'est point faite de vanité, mais d'admiration et d'amour. Ils ont le cœur tidèle. Herménégilde, Isidore etLéandre les firent catholiques pour toujours. Ils ne trahirent jamais les rois de Gastille \ Ils savent les sympathies

1. D"où le rébus qui sert de devise à Séville ; no S do, ce qui signifie no 7Ji'/j a dejado : elle ne ma point trahi, 8 représentant une madeja, unécheveau.

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constantes ; ils sont tendres et bons. Le cosmopolitisme ne les a pas déformés. Malgré Tenvahissement de Tuniverselle laideur et l'abandon du costume national, ils gardent leur charme original et leur fascinante beauté. Napolitains et Andalous raffolent de musique, mais Séville est autrement artiste que Naples. La lumière de son ciel a passé dans le pinceau de ses peintres; elle a donné à l'Espagne ses plus grands maîtres, et son Murillo est Texpression la plus fidèle de son génie.

Les deux peuples ont la môme foi ardente et candide, un même amour pour la Madone. Les fêtes des rues, à Naples^ sont souverainement pittoresques. Dans les villages qui bordent le Vésuve, de Torre del Greco à Castellamare, la procession de la Fête-Dieu est ravissante. Le cortège ne passe que sur des tapis de fleurs, et, la nuit, d'une ville à l'autre, les feux d'artifice se répondent. Mais, à Naples même, la fête est misérable, comparée aux splendeurs andalouses. Si Naples a Pompéi, Séville possède Italica. Encore le Vésuve fut-il plus clément que les hommes, qui ont à tel point ruiné la patrie de Trajan, d'Hadrien et de Théodose, qu'il ne reste, de l'opulente cité romaine, qu'un amphithéâtre dégradé et des restes méconnaissables.

Les cloches vont annoncer la grand'messe de la Saint-Pierre. Suspendus aux cordes, des gamins souples tirent à eux, jusqu'à s'étendre à terre ; puis, emportés à leur tour par la corde

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qui s'enroule, gais écureuils, ils bondissent sur des pédales de fer enfoncées au mur, et atteignent le sommet de Tarceau. D'un bond en arrière, ils retombent alors sur le sol, qu'ils rasent de leur échine, puis se relancent encore, contrepoids vivant du bronze qui les emporte ou qui leur cède. Que leur pied manque la muraille, que la corde soit trop courte ou leur élan mal mesuré, et ils seront précipités de soixantequinze mètres. Le grondement des cloches ressemble au tonnerre d'une batterie. La cigarette aux lèvres, les sonneurs bondissent toujours, insouciants, infatigables. Ils faisaient mieux autrefois : pour donner la pleine volée et faire tourner la cloche autour de son pivot, ils s'élançaient dans le vide et revenaient en décrivant un demi-cercle hors du clocher. Un maladroit ayant un jour lâché la corde, fut précipité sur un toit. Depuis Jors, la pleine volée est interdite, mais les sonneurs se plaignent de cette humiliante timidité, eux qui n'ont pas plus de vertige devant l'espace, que de peur devant les cornes d'un taureau.

L'œil encore ébloui par la vision d'Orient qu'offre, d'en haut, la cité blanche, il faut descendre pour admirer la Giralda. Quel serait mon embarras, sïl me fallait choisir entre le campanile de Florence et celui de Séville ' ! L'harmo-

1. J'hésiterais moins à préférer la Giralda à la tour écroulée de Saint-Marc de Venise. Saragosse possédait, elle aussi, une tour remarquable. Octogone, à la fois arabe et gothique, elle avait

nieux bijou de Giotto ravit par le charme de ses proportions^ la gaieté de sa marqueterie de marbre, sa délicatesse occidentale. Il comble nos désirs de perfection joyeuse. La Giralda transporte. Elle parle une langue étrangère ; mais, à la poésie de l'Orient, elle ajoute la beauté de son clocher chrétien. Elle est robuste, massive et aérienne. Ses briques, brunies par les siècles, prennent, au soleil, des teintes roses. Pour rendre léger leur minaret massif, haut de soixantedix mètres, les Arabes n'ont point ajouré les épaisses murailles. Ils se sont contentés d'en décorer les parois d'un relief de réseaux en losange, reposant sur des rangées de niches aux colonnettes de marbre blanc. Au centre des murs, cinq étages de fenêtres ajimez ^ complètent la décoration. Au minaret arabe, bâti au xiF siècle, Hernan Ruiz, au xvi' siècle, ajouta un clocher à cinq étages. Les étages vont en s'eftilant et supportent, girouette de bronze, une statue de la Foi, haute de quatre mètres et pesant mille deux cent quatre-vingt-huit kilogrammes. La hauteur totale de l'édifice est de quatre-vingt-quatorze mètres. Bien que le style du clocher ditîère de celui du minaret, tous deux s'adaptent et se complètent, Hernan Ruiz ne fut jamais plus heureux dans ses restaurations. On

héroïquement résisté au bombardement de 1809. Elle était penchée comme celle de Pise. En 1892, le caprice de la municipalité la détruisit sous de ridicules prétextes. De tels vandalismes sont inconcevables.

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