Ajimez : fenêtres à arc double ou triple
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accède au sommet du minaret par une rampe à pente très douce. Deux cavaliers de front la pourraient gravir sans peine.
On peut marquer à l'art arabe quatre périodes, La première, d'imitation byzantine, s'étend du VIII' au XI' siècle, et la mosquée de Cordouc en est le seul reste. Son mérite architectural était médiocre. Il se relevait par la splendeur des ornements. La période almohade régna du xir au XIII' siècle. Après la prise de Tolède par Alphonse VI, les musulmans d'Espagne implorèrent la protection du conquérant du Maghreb. Yusuf ben Texfin, chef des Almoravides, secoua de leur routine les descendants des Ommiades et des Abbassides. Aux mahométans espagnols, les Maures d'Afrique apportèrent le goût des constructions robustes et puissantes. Le minaret de Se ville est le chef-d'œuvre de cette période. Au XIII' siècle, l'art andalou se départit des tendances africaines. Il voulut devenir original. Aux caractères coufiques il substitua les inscriptions en caractères neskhi. Il remplaça les mosaïques par les azulejos. Il multiplia les voûtes en stalactites. Affranchi des imitations étrangères, il se complut dans des merveilles d'ornementation. Cet art se concentra à Grenade. Mohammed L^ le favorisa. Yusuf I'% Mohammed V et :\[ohammed VI en donnèrent, à TAlliambra, les plus ingénieux modèles. Jusqu'au triomphe de la Renaissance, les conquérants chrétiens eurent bien garde de dédaigner l'archi-
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lecture mauresque. Ils l'employèrent dans leurs palais, et souvent dans leurs églises. Pierre le Cruel en fut l'amateur le plus passionné. L'Alcazar et la Casa de Pilatos à Séville, et, à Tolède, la Casa de Mesa, la salle capitulaire, ce palais dont il ne reste que le Taller del Moro, représentent cette quatrième période dite mudéjare, et qui, parfois, combinait fort heureusement des motifs gothiques ou renaissance avec des ornements arabes. Les disciples de Yitruve et de Vignole se chargèrent d'anéantir les écoles d'art mauresque. Soyons-leur reconnaissants de n'en avoir pas détruit tous les vestiges.
L'ancienne Hispalis conquise par César, et appelée par lui Colonia Jiilia Romula, était, depuis longtemps, la fleur de cette Hespérie aux pommes d'or où l'imagination grecque plaçait le paradis. Phéniciens et Grecs l'avaient rendue industrieuse et savante, et les Carthaginois qui partaient des ports de Turdétanie, préludaient, })ar leurs périples, aux voyages futurs de Colomb. Avant Catulle, les poètes andalous s'étaient fait applaudir à Rome, et, à la fin de l'empire, la Bétique fournissait encore l'Italie de beaux esprits, d'orateurs et de guerriers. Constantin avait fait d'Hispalis la capitale de l'Espagne. Au V siècle, les Wisigoths y assirent leur trône, qu'en 587 Léovigilde transporta à Tolède. Grâce à ses évoques et à son école, Séville n'en
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resta pas moins, jusqu'au viii^ siècle, le foyer de la civilisation ibérique.
Un Latin, Sévérien, émigré à Séville, avait eu cinq enfants. L'aînée des filles, Théodora, épousa le roi Léovigilde. Elle en eut deux fils, Herménigilde, le martyr, Récarède, le vengeur de la foi catholique. Les trois fils de Sévérien s'appelaient Léandre, Fulgence et Isidore. L'Espagne leur doit plus qu'à aucun de ses grands hommes.
Evèque de Séville en 5o9, Léandre fonda aussitôt cette glorieuse école, le plus ardent foyer de la culture Avisigothe, dont l'influence s'exerça durant tout le moyen âge. Durement persécuté, exilé à Byzance par le roi arien, son beau-frère, Léandre en revint pour voir Léovigilde détester l'hérésie au lit de mort. En 589, il réunit à Tolède le concile où Récarède fonda l'Espagne catholique. Quand Léandre mourut, il laissait à Isidore, son jeune frère et son disciple, le soin d'achever son œuvre.
Saint Isidore allait être pour l'Espagne ce que Bède et Alcuin seront plus tard pour l'Angleterre et pour la France, un exemple admirable de grandeur morale et de vertu, et, en même temps, l'initiateur intellectuel le plus sagace et le plus hardi. Il se fit le premier professeur de son école, qu'il soumit à une discipline vigilante. Loin de réduire les études, comme le fera la Renaissance, à un humanisme un peu étroit, il leur donna ce caractère encyclopédique qui répond mieux aux désirs de l'esprit. Lui-même il était
2:rammairien et philologue, théologien et exégète, musicien, architecte. Il connaissait toutes les sciences et savait tous les métiers A Técole de ce maître puissant, se formèrent des disciples illustres : saint Ildephonse de Tolède, saint Braulion de Saragosse, le roi Sisebut. A Saragosse, à Tolède, en Lusitanie, des écoles s'ouvrirent, dociles aux traditions de l'école de Séville.
Dans le droit public, dans la liturgie, saint Isidore fit pénétrer son esprit d'organisation et de réforme. La liturgie mozarabe fut son œuvre. Il fut le premier reviseur de Tancienne législation d'Euric, le premier auteur du forum judimm ou fuero juzgo, et c'est sous l'influence de ses disciples que ce code fameux reçut sa rédaction dernière,
Ozanam appelait saint Isidore un des grands instituteurs de l'Occident. L'Espagne lui doit d'avoir, au vr et au \iV siècle, défendu, avec plus d'éclat qu'aucune nation, la civilisation contre la barbarie. Au viir siècle, la société wisigothe, infidèle et corrompue, était mûre pour la conquête. Néanmoins, sous la domination arabe, l'école de Séville, comme celle de Cordoue, préserva encore les restes de la culture latine. Elle fut assez célèbre pour que Gerbert y vînt, dit-on, étudier, et, par sa connaissance de la langue arabe, l'évèque Jean d'Hispalis s'était acquis une telle autorité, que les musulmans l'appelaient le Cid Almatran, le seigneur prophète.
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En 712, Musa conquit Séville; la ville reine devint vassale de Cordoue. Mais à la chute des Ommiades la vassale s'aiîranchit.
Mohammed Béni Abbas se declarasouverain.il inaugura la dynastie des Abbassides, et, sous le règne de ses successeurs, au xr siècle, la gloire de Séville éclipsa presque celle de Cordoue. Zaïda, la fille de Motamid II, était devenue, du vivant de la reine Constance, l'épouse illégitime, la casi esposa d'Alphonse YI de Castille, — procédé assez sarrasin. — Bientôt, pour se défendre de son gendre, Motamid appela à son secours les Almoravides d'Afrique, qui, en 1080, battirent le roi chrétien et le Cid, à Zalaca, près de Badajoz. La proie avait tenté les Almoravides. Ils revinrent bientôt conquérir l'Espagne pour leur compte. En 1108, à Uclès, ils triomphaient encore de l'armée d'Alphonse VI et tuaient son jeune fds, l'infant don Sanche, âgé de onze ans. En 1140, les Almoravides étaient, à leur tour, supplantés par la dynastie des Almohades. Enfui, le 23 novembre 1248, Ferdinand III, aidé par le roi de Grenade, s'emparait de Séville, et son successeur, Alphonse X, taillait, dans la conquête, des parts égales à ses alliés, espagnols ou français, italiens ou maures.
L'alliance et le voisinage des Maures allaient être funestes aux chrétiens. Saint Ferdinand avait armé chevalier le roi de Grenade, mais il s'était gardé de son influence. Ses successeurs ne surent pas, comme lui, allier la sainteté au cou-
rage. On les loue très fort, aujourd'hui, de leur libéralisme, et on leur fait une gloire de n'avoir point connu le fanatisme intolérant des futurs conquérants de Grenade. Libéralisme commode: ils étaient complètement orientalisés, ces rois chrétiens. Certains avaient des harems ; comme les cacUs, ils rendaient, en plein air, une justice sommaire. Leur àme, comme leur palais, adoptait le style arabe, et la nation, entre leurs mains, fût promptement retournée à la décadence. Si, depuis Pelage, les chrétiens d'Espagne avaient tant versé de sang, c'avait été pour s'affranchir surtout de l'idée et des mœurs musulmanes. Leur sacrifice devenait inutile, si leurs rois adoptaient cette idée et ces mœurs.
Don Pedro (1330-1369), fut le plus célèbre, et reste le plus populaire de ces monarques sceptiques et passionnés, voluptueux et cruels, plus maures que chrétiens. Artiste comme un Valois, intempérant, sorte de réplique de Frédéric II d'Allemagne, il abandonna, le lendemain de ses noces, sa femme Blanche de Bourbon pour cette Marie de Padilla dont la pensée l'obsédait. Il empoisonna la reine Blanche, égorgea bon nombre de ses parents. Par son infidélité et ses excès il provoqua de fréquentes révoltes. Le Prince Noir et les Anglais le préservèrent une fois de la vengeance de Henri de Transtamare, son frère naturel, et de Bertrand Du Guesclin. Mais, battu à Montiel, il eut la fin qu'il méritait:
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il fut tué par son frère dans la tente même de Du Guesclin.
Pierre le Cruel adorait Se ville. Le soir, déguisé, il en parcourait les rues, en quête de bonnes fortunes. Au cours d'une de ces expéditions il commit un meurtre. On soumit bientôt après la cause à son tribunal. Don Pedro ouvre une enquête, au cours de laquelle une vieille femme dénonce le vrai coupable. Les courtisans s'affolent. Le roi, très calme, instruit sa propre cause, se condamne à mort, se fait exécuter en effigie, et à l'endroit où Ton avait accoutumé de placer la tête des suppliciés, il faut sculpter sa tête en pierre. D'où son surnom de Justicier, que d'autres légendes attribuent, il est vrai, à d'autres exécutions aussi capricieuses.
A l'est de Séville, s'élevait l'Alcazar des rois maures, à la fois château et forteresse, et dont les jardins s'étendaient jusqu'au fleuve. La jolie tour dodécagone del Oro, bâtie au xiii' siècle, et qui se dresse, solitaire, sur les quais du Guadalquivir, faisait alors partie des remparts de l'Alcazar. Son nom, del Oro, connu déjà des Arabes, lui venait sans doute des azulejos aux reflets d'or qui la décoraient. Une tour semblable s'élevait sur la rive opposée du fleuve. Une lourde chaîne allait de l'une à l'autre, qui barrait le port.
Le roi don Pedro résolut de rebâtir le vieil Alcazar maure. Ce jeu d'artiste était pour lui plaire, et il lui fallait un palais arabe pour abriter
ses amours et ses folies. Il demanda à son ami le roi de Grenade un architecte et de bons ouvriers, et il chargea ceux-ci d'élever un édifice en pur style andalou. Henri II continua l'œuvre de son frère. De Charles-Quint à Philippe Y, l'Alcazar subit des modifications et des agrandissements d'un autre style. Le duc de INIontpensier, en 1837, le restaura impitoyablement. Il surchargea les décorations primitives d'emprunts faits à TAlhambra, et qui étaient d'une autre manière. Il mutila d'anciens stucages, rajeunit certaines dorures au point d'en rendre l'éclat offensant. Cette restauration intempérante donne à certaines parties de rAlcazar un faux air de pastiche trop neuf. Le palais de don Pedro reste néanmoins un des joyaux de l'Espagne, et aucune description ne peut rendre l'enchantement oii sa vue plonge.
Des murs crénelés entourent l'Alcazar. Leur aspect sombre forme un contraste heureux avec les riantes splendeurs que dérobe cette enceinte. Deux cours entourées de constructions modernes précèdent le patio ciel Léon. C'est dans l'un d'eux, le patio de las Banderas, que, sur un siège de marbre, Pierre le Cruel se plaisait à juger. Philippe II, paraît-il, fit enlever ce siège, souvenir déplaisant d'un prédécesseur trop fantasque.
La façade du palais est d'une sobre splendeur. C'est un rectangles urmonté d'un large auvent de bois, soutenu par des chevrons dorés et par des
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consoles en stalactite. La porte rectangulaire est flanquée de deux portes plus basses, à arc aigu. Jusqu'au premier étage, les murs sont décorés de stucages et d'arabesques. Au premier étage, s'ouvre une fenêtre triple, entourée de deux ajimez aux coionnettes de jaspe. Sous Tauvent, une large inscription gothique proclame que le roi don Pedro éleva ce palais en 1364 ^ A l'inscription espagnole, les ouvriers ont ajouté des textes arabes qui chantent la gloire d'Allah. Le rez-de-chaussée des deux ailes n'a d'autre ornement que des portes ajimez ; à l'étage supérieur, court une loggia légère, aux tympans décorés d'un brocart de gypse, soutenu par de sveltes coionnettes de marbre précieux.
Comme tout palais arabe, FAlcazar de Séville se compose d'un patio central entouré de salles. Le patio de las Doncellas devrait son nom (d'après une légende très fausse) aux captives qu'y réunissait l'émir de Séville avant de les expédier à son suzerain de Cordoue. La vaste cour rectangulaire est entourée d'une galerie supportée par des colonnes géminées. Les tympans des arcs sont un somptueux tissu de stuc ajouré. Les frises portent des inscriptions arabes.
1. Voici linscription : 7 FA muy : alto : et : muy : noble : et : muij : poderoso : et : muy : conqueridor : don : Pedro : por : la yracia : de Dios : rey : de Castiella : et : de Léon : mando : facer : estos : alcazares : et : estos : palacios : et : estas : portadas : que • fué : fecho : en : la : era : de mil 7 et : de : cuatrocientos : y : dos.
Elles sont timbrées aux armes de Castille et de Léon. Lourdement, Charles-Quint a plaqué, dans ce léger tissu, sa devise Plus oiiltre. Toutes^ les parois de l'Alcazar sont revêtues^ jusqu'à hauteur d'appui, d'azulejos aux reflets métalliques, vrai tapis d'Orient.
Le patio de las Doncellas donne, de deux côtés, sur le dorinitorio de los reyes moros et sur le salon de Charles-Quint. Au centre, il s'ouvre sur le salon des Ambassadeurs. Partout, les plafonds de mélèze sont incrustés d'ivoire. Elles sont timbrées des armes de Castille et les stucs ouvrés parent les murs d'une guipure opulente. Les lourds battants des portes sont marquetés avec une suprême élégance \ La porte qui donne accès à la salle des Ambassadeurs est un ouvrage merveilleux. Une inscription arabe, qui orne les chambranles, nous dit que des ouvriers de Tolède firent cette porte en 1404 ^ pour le Sublime Sultan don Pedro, roi de Castille et de Léon. Des textes du Coran, incrustés, avoisinent des versets des Psaumes et le début de l'Evangile de saint Jean : bizarre
1. Une des portes du patio, formée d'un arc outrepassé, est (jrnéc de légendes arabes et d'une curieuse inscription gothique que voici : y Anima : Criste : snnctificnme : Corpus : Criste : Snlva me : quia tu : est : Cristub : libéra me : Christe : Lava me : Pasos : Criste : conforta me Ihesus : aude me : Injirimita : Separarele : apostoli malicno : défende me : 7. Cette inscription est une transcription naïve et souvent maladroite de la prière de saint Bonaventurc : Anima Christi sanclissima,., écourtée et vulgarisée par saint Ignace de Loyola.
2, De lère julienne.
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mélange qui répondait exactement à l'état d'àme du Sublime Suit an.
Le patio de las Munecas, des Poupées, est un réduit enchanteur. Ses ornements datent du Califat, et la délicatesse de ses tympans ajourés, la grâce de ses corniches en stalactite, les bro deries de ses fenêtres, l'élégance de ses arcs, en font le bijou de l'Alcazar. Dans ce patio, Pierre le Cruel Ht tuer son frère don Fabrique.
Le salon carré des Ambassadeurs rayonne d'une opulence royale. Il mesure douze mètres de côté. Sa voûte, en média naranja, est composée de facéties polygonales, et repose sur un entablement de stalactites dorées. De médiocres portraits des rois de Castille ornent une série de niches gothiques, coupées par des balcons de fer forgé fort élégants, mais dont le style (159:^) n'avait guère sa place en cet endroit. Les panneaux des parois sont tapissés d'un opulent brocart de stuc.
C'est en cette salle, peut-être, que Pierre le Cruel reçut un jour en ambassade Abu Sahid, ce roi de Grenade que la légende appelle le roi rouge. Ce prince, qui venait acheter l'amitié du roi de Castille. arrivait chargé de joyaux et copieusement escorté. Don Pedro remisa l'escorte dans un faubourg et retint le roi à dîner à FAlcazar. Au cours du festin, le roi grenadin et ses cinquante compagnons furent ligotés et jetés aux oubliettes. Peu de jours après, le roi rouge, paré d'écarlate, monté sur un àne, était conduit
au champ de Tablada, et achevé à coups de lance \ Parmi les bijoux recueillis par Pierre le Cruel, brillait l'énorme rubis, ornement actuel de la couronne d'Angleterre. Pierre le Cruel offrit ce joyau au Prince Noir, après la victoire de Navarrette. Elisabeth le donna à Marie Stuart ; sous le règne de Jacques 1", il revint à la Tour de Londres.
Le dimanche des Rameaux 15:26, quand le petit-fds de Ferdinand et d'Isabelle épousa, dans ce même salon des Ambassadeurs, Isabelle de Portugal, il dut éprouver une joie immense à mesurer l'œuvre de ses devanciers. Nulle part, mieux que dans cet Alcazar débordant de sa gloire, il ne dut se sentir triomphant. Les vaincus eux-mêmes lui avaient bâti ce palais. Et il possédait l'Espagne, les Indes d'Occident, les Pays- Bas, l'Allemagne. Depuis un an, le roi de France était son captif. Qui arrêterait l'essor de Faigle impériale ?
S'il avait eu, cependant, le prudent génie de (^isneros, Charles-Quint aurait alors compris la vanité de ses luttes européennes. De l'apogée de sa fortune, il aurait aperçu le versant sombre par où sa race allait descendre. Il aurait mesuré Tabîme de dettes et d'emprunts onéreux où il s'enfonçait irrémédiablement. Il se serait peut-
1. Il faut dire qu'Abu Sahib méritait d'être châtié. Ce liandit avait usurpé le trône de Mohammed V, prince excellent, allié du roi de Castillc. Mais la noirceur de ses méfaits ne justifie pas la félonie de son hôte.
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être dit qu'un roi de France captif suscite tôt ou tard des vengeurs. Il aurait entendu, dans le lointain, gronder, les canons de Rocroi et de Lens. Il avait, en somme, fait dévier la politique de sa nation. Pour la poursuivre, il devait regarder uniquement vers le midi, vers le Maghreb, qu'à sa place aurait conquis Cisneros.
Les salles qui avoisinent le patio de las Doncellas éblouissent à tel point le visiteur, qu'il n'a plus d'yeux pour d'autres beautés. Ici, pourtant, mourut le roi saint Ferdinand ; ici logea Isabelle la Catholique ; cette frise, où se jouent, confondus, des inscriptions arabes et des oiseaux, des figures de guerriers et de dames, de chevaliers et de rois, est la plus parfaite expression du XIV' siècle. Les céramiques de la chapelle des rois catholiques sont des chefs-d'œuvre de la Renaissance espagnole.
Les jardins de l'Aie azar sont pleins de mystère. On y oublie qu'on est dans une grande ville. L'eau sourd partout de fontaines invisibles ; elle coule en des rigoles de marbre. Des taillis d'orangers, jaillissent de frais palmiers. De ce jardin, dont Pedro fit un séjour de volupté. Ce roi polisson ménagea, dans les allées pavées de briques, des jets d'eau clandestins. Quand Marie de Padilla s'y promenait avec ses compagnes, quand des courtisans peu avertis s'y hasardaient, une pluie sortant de terre les arrosait, au grand divertissement du roi. L'ancienne salle de bains des sultanes, sorte de canal peu profond, est
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aujourd'hui recouverte d'une voûte massive bâtie par Ferdinand \ I. Marie de Padilla s'y ébattait aux yeux de toute la cour, telle Poppée aux dîners de Néron, et, pour être bien notés, les courtisans devaient boire l'eau du bain. Il n'est pas de pire musulman qu'un roi chrétien sans convictions et détraqué.
Un amoureux de Séville m'a montré d'autres reliques de l'art mudéjar. Une jolie cour fleurie, tapissée de beaux pampres, avec, aux encoignures, des touffes retombantes de bougainvillées, donne accès à la Casa de Pilatos. Fabrique Enriquez de Ribera, marquis de Tarifa, commença, en 1533, cet intéressant palais \, qu'avec une bonne foi trop naïve les contemporains crurent un facsimilé de la maison du procurateur de Judée. Le grand patio est cerné d'une colonnade mauresque. Aux angles, se dressent de monumentales statues romaines, tirées d'italica ; au centre, s'élève une large vasque renaissance, portée par des dauphins, et ce mélange de souvenirs antiques et de stucages arabes est du plus heureux effet. Mais ce qui fait le charme et la splendeur de la Casa de Pilatos, c'est la parure d'azulejos qui tapisse les parois de ses salles et les panneaux de son superbe escalier. Au xvi' siècle, le duc d'Alcala réunissait dans ces murs tout ce qui, à Séville, avait un nom dans les arts. La grandesse, à cette heureuse époque, imitait cet