‹ L'EspagneChapitre 23 sur 42 · Achevé par Per Afan de llibera, premier duc crAlcala · texte numérisé non relu

Achevé par Per Afan de llibera, premier duc crAlcala

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exemple, et il n'était pas un palais seigneurial cVEspagne qui ne fût une cour littéraire. A Se ville encore la Casa de las Dueiias, aux ducs d'Albe, celle des Bustos et des Osuna, présentent des patios analogues, à la fois renaissance et mauresques ; mais la ruine gagne ces demeures abandonnées, et, dans toutes, la recherche de l'effet monumental nous avertit que Fart arabe, tout intime, cessait, au xvi° siècle, d'être de saison. Aussi bien, Fidée chrétienne donnait-elle aux âmes d'autres aspirations que celle d'un doux repos dans un paradis voluptueux. A Se ville, cette idée demandait à s'exprimer par un monument en rapport avec la foi, l'opulence, l'art, le besoin d'exagérer naturels au sol.

A l'époque de la conquête, Séville possédait quinze mosquées. Les chrétiens en prirent onze; ils en abandonnèrent trois aux Juifs et une aux musulmans. Plusieurs de ces mosquées restaurées gardent encore leur minaret, et présentent de remarquables combinaisons d'art gothique et mauresque. La grande mosquée, construite en 1171, valait celle de Cordoue. Les vainqueurs la dédièrent à Santa Maria del Sede, et se contentèrent, jusqu'au xv' siècle, de célébrer leurs offices dans ses murs.

Des tremblements de terre ayant alors ébranlé la mosquée, les chanoines voulurent, non point la mutiler, mais la remplacer. Ils respectèrent le patio des ablutions, dit patio de los Naranjos, moins pittoresque et moins dégagé que celui de

Cordoue, et, sur les ruines de la mosquée, ils chargèrent des architectes, aujourd'hui inconnus, d'élever un temple qui répondît à leurs gigantesques espérances.

Dans une délibération célèbre, le chapitre de la cathédrale prit, en 1401, cette résolution épique: Fagamos un templo tal que nos tengan por locos!^ Ils firent plus, ces chanoines admirables : ils abandonnèrent leurs copieux revenus aux architectes. Tout Se ville les acclama, et suivit, anxieux, Toeuvre de gloire, qui fut achevée au bout d'un siècle.

La cathédrale de Séville couvre un parallélogramme de cent dix-sept mètres de longueur sur soixante-seize de largeur. Elle comprend cinq nefs, sans compter celles que forment les chapelles latérales. La grande nef a quarante mètres d'élévation et seize de largeur. La coupole, effondrée une première fois en 1511, s'écroula encore en 1888, brisant un orgue, émiettant une grille, mutilant un grand nombre de stalles. Mais les Sévillanais ont mis une telle ardeur à restaurer leur cathédrale, que rien, aujourd'hui, n'apparaît plus du désastre, et que seul un visiteur bien averti se rend compte des chefs-d'œuvre disparus.

Ni Cologne, ni Milan, ni Rouen, aucune église gothique ne produit l'impression écrasante de la cathédrale de Séville. Elle est énorme et légère, splendide et simple. Ses colonnes semblent graciles: ce sont de puissantes tours. Ses verrières

1. Faisons un temple tel qu'à sa vue on nous tienne pour fous.

'ioS LESPAGNE, TERRE d'ÉPOPÉE

admirables sont des œuvres flamandes du xvr siècle. Se ville, quand se bâtissait sa cathédrale, fut un atelier où les plus grands artistes d'Europe vinrent travailler, où les maîtres andalous prodiguèrent leurs chefs-d'œuvre ; mais l'abondance des ornements ne surcharge aucune de ses parties. Tolède est plus remplie de trésors; Séville dissimule les siens. Si, selon l'usage, un chœur fermé n'obstruait la nef centrale, l'immensité du vaisseau causerait de la stupeur. Et cependant, elle n'a point d'orgueil, cette église ; son austérité n'est point farouche, ses lignes sont pleines de charme. Elle prie; elle verse la paix, une paix infinie. Le temps a doré ses piliers ; l'harmonie des orgues gagne l'extrémité des nefs en ondes adoucies ; les voix des seises \ pures, puissantes, paraissent un concert d'anges. Au transept de droite, quatre hérauts de marbre portent les restes de Christophe Colomb. Presque à l'entrée, sous une dalle, dorment ceux de son fils. Dans la chapelle du baptistère, le Saint Antoine de Murillo s'abîme devant le ciel qui s'ouvre. L'Enfant Jésus descend dans la lumière. Il semble que son mouvement, arrêté par le peintre, va s'achever, qu'il va tomber dans les bras du moine. La Vierge de la Antigud ressemble aux madones deCimabué. x\insi nous suivons, dans cette église, toute l'évolution de l'art espagnol, depuis l'archaïsme des primitifs jusqu'à

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