Qui possède un Maur(?f" possède de l'or
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expulseurs comme aux bannis, il coûta trop cher ^
Le jour de la conquête, les lointaines conséquences de la victoire n'apparaissaient point. Le droit était pour les vainqueurs. Un enthousiasme saint soulevait les âmes guerrières. Dix ans d'exploits héroïques avaient précédé le dernier effort de l'armée chrétienne. Depuis huit mois, Ferdinand et Isabelle assiégeaient Grenade. La reine, dit la légende, avait juré de ne point changer de chemise avant la reddition de la place, d'où le nom d'isabelle donnée à une certaine teinte jaune. Isabelle de Castille s'était du moins préparée à cette dernière expédition par des prières et par des vœux à la patronne de Tolède, Notre-Dame del Sagrario. Le cardinal Gonzalez de Mendoza commandait les armées, comme son
1. Aux écrivains qui défendent avec tant d'éloquence la cause desMaui'es expulsés, nous rappellerons que les Arabes s'étaient montrés autrement cruels pour les Mozarabes- Ils avaient détruit la florissante cité dllliberis, abandonnée en 1012 pour Grenade. Ils avaient exterminé et déporté en masse ses habitants chrétiens. Ils n'eurent pas sur leurs vainqueurs l'avantage de la tolérance. Le tort des rois chrétiens fut de tenter longtemps une assimilation impossible. Les promesses faites aux Maures, en 1491, avaient été imprudentes. En les retirant, les rois cédaient au mouvement irrésistible de l'esprit national. Que serait devenue l'Espagne, si, trente ans après l'expulsion des Maures, ces ennemis domestiques, conspirateurs perpétuels, avaient pu seconder les révoltes de la Catalogne, les attaques des Portugais et des Français? Un homme qui n'a jamais passé pour intolérant, don Antonio Canovas del Castillo a remarquablement justifié l'expulsion des Maures dans un discours lu, en 1878, à l'Académie espagnole, en réponse à don Eduardo Saavedra.
prédécesseur, Rodrigo Ximenez de Rada, avait assisté au triomphe de Las Navas. De vagues prophéties assuraient aux cliré tiens la victoire et semaient la terreur parmi les assiégés. Afin de mieux presser le siège, les rois avaient élevé, dans la vega,le village de Santa Fé, ainsi appelé parce qu'ils étaient les vengeurs de la foi \ Le vendredis janvier 1492, l'Eglise d'Espagne commémorait l'apparition de la Vierge à saint Jacques. Les rois partirent de Santa Fé suivis du cardinal Gonzalez de Mendoza, de l'archevêque de Séville, Diego Hurtado de Mendoza, de l'évèque d'Avila, de l'archevêque élu de Grenade, Fr. Hernando de Talavera.
Quand l'escorte royale atteignit le confluent du Genil et du Darro, les regards se fixèrent sur les tours de l'Alhambra. Le cardinal primat prit les devants. A la tète de cinq cents cavaliers et de trois mille fantassins il gravit la colline des Martyrs, salua Boabdil et se rendit dans la forteresse. Bientôt après, Talavera élevait par trois fois la croix primatiale sur la tour de la Vêla ; Inigo Lopez de Mendoza, comte de Tendilla, arborait l'étendard de Gastille ; le commandeur de Léon, Guttière de Cardenaz, déployait celui de saint Jacques, et un héraut d'armes jetait
1. Une des portes de Santa Fé porte encore cette inscription : Rex Ferdinandus, Regina Elisabeth, urbeni
Quam cernis minima constituere die, Adversus Fidei erecta est ut conterat hostes : Hinc censent dici nomine Sancta Fides.
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dans la plaine ces paroles triomphales : « Santiago î Santiago ! Santiago ! Castilla ! Castilla ! Gastilla! Granada! Granada! Granadaî pour les très hauts et puissants seigneurs don Ferdinand et dona Isabelle, roi et reine d'Espagne, qui ont conquis cette ville et son territoire par la force de leurs armes contre les INIaures infidèles, avec l'aide de Dieu et de la glorieuse Vierge sa mère et du bienheureux apôtre saint Jacques, avec le secours de notre Saint-Père le pape Innocent YIII, des grands, prélats, chevaliers et gentilshommes, et des communes de leurs royaumes. »
A cette vue et à ce cri, Tarmée chrétienne pousse une immense acclamation. Les rois et les soldats s'agenouillent. Le Te Deiim retentit, tandis que le roi répète en pleurant : Non nobis Domine, non nobis, sed noniini tiio da gloriam\ ' Le prince héritier d'Espagne, don Juan, rend, le premier, hommage à son père comme au nouveau souverain du royaume de Grenade, puis les vainqueurs gagnent l'Alhambra. Le 3 janvier, les €aptifs chrétiens furent délivrés. Le G, les rois firent leur entrée solennelle dans la ville. Christophe Colomb avait vu ce triomphe bien fait pour exalter son àme. Toute l'Espagne, toute l'Europe salua les victorieux, et Innocent YIII leur conféra le titre mérité de Rois CathoHques. Encore obsédé par les visions de l'Alhambra,
1. Non point à nous, Sei^'neur, non point à nous, mais à votre nom, donnez la grloire.
j'ai gagné le Généralife dont les allées de cyprès sombres rappellent des paysages de Toscane. L'ancienne villa des rois de Grenade, nichée dans la verdure, n'est plus que l'ombre d'elle-même. Donné par les rois conquérants à la famille Venegas, le Généralife a subi de tristes altérations, et, de Tancien palais enchanté, il ne reste plus qu'une salle et quelques arcades. Mais d un mirador élevé on jouit encore d'une vue qui justifie toujours le vieux dicton, qu'ailleurs on estimerait exagéré :
Ouien no ha visto Granada, No ha visto nada <.
L'Alhambra rouge et doré surgit à nos pieds, ceint de verdures puissantes. L'Abaïcin calciné étale le fouillis de ses maisons blanches, d'où jaillissent des figuiers verts et des cyprès, qu'entourent des cactus gris et des nopals. La ville et la plaine s'étendent, brune et verte, et des cimes lumineuses nous entourent, qui font songer aux plus beaux sites du Liban.
La Grenade musulmane n'existe guère en dehors de l'Alhambra \ L'Albaïcin était jadis le