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Un récent orden real a rendu ce repos obligatoire

2. Ne leur conseillez pas d'acheter une machine qui achèverait

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voyance, leur manque de savoir-faire pratique expliquent la nécessité où ils se trouvent ; mieux aidé et mieux instruit, ce pauvre et bon peuple aurait moins de torts et serait plus heureux.

Souvent, en parcourant les aires aux jours de travaux, j'ai demandé à de petits garçons ce qu'ils gagnaient à se démener ainsi dans la poussière et la chaleur. La réponse était triste : « Rien. J'ai été promis à Don X... pour la récolte ! » — « Gomment cela ? » — « Parce que mon père lui avait emprunté, cet hiver. » — Ce qui voulait dire qu'une pauvre famille, manquant de blé pendant l'hiver, avait dû en emprunter pour vivre. Personne n'ayant consenti à lui en prêter, elle avait dû recourir à un riche propriétaire pour obtenir cinquante francs, au taux jugé honnête de quatre ou cinq francs par mois d'intérêt. Encore avait-on mis la condition que les enfants travailleraient aux aires pendant Tété. Il fallait bien vivre, on avait accepté.

Ce cas d'ignoble écrasement est commun.

L'usure est habituelle en Espagne. Dans presque tous les villages de Castille, pour ne parler que de ceux-là, quelques individus, enrichis souvent par l'achat des biens conventuels, en 1835, tiennent sous le joug les pauvres, imprévoyants et sans défense. Pour éluder les lois et dissimuler Tusure, on prête 50 francs et on écrit sur le billet 70 à 100 francs, payables à telle date. Si remprunte travail en quelques jours. Je connais des propriétaires qui s'étaient fourni de machines. Leurs aens les ont brisées.

SILHOUETTES CASTILLANES ',]ÏH

teur ne peut rembourser à la date fixée, un compère offre à ce malheureux sa rançon, mais à des conditions pires que les précédentes : finalement la saisie arrive, la ruine est consommée ; corps et biens, le malheureux appartient à son maître. Il vous le dit trop tard pour qu'on le sauve. Ah ! que de juifs en Espagne, parmi les chrétiens !

Les maisons, dans les pueblos ou les aldeas, sont d'assez chétive apparence. Des murs blanchis à la chaux, un toit de tuile, une vieille porte large et assez basse, s^arnie de gros clous en fer ou en bronze ; à portée de la main, mais assez haut, une pelite fenêtre grillée d'où l'on reçoit les sérénades ; des grilles du reste à toutes les fenêtres, jolies grilles ouvragées souvent. Derrière la maison, une cour ou contai, fermée par des murs en pisé : ce cor rai sert à la fois de basse-cour et de dépôt de fumier. Dans bien des villages, surtout quand on a peur d'une contagion, le badigeonnage à la chaux se renouvelle ; ailleurs tout garde ses vieilles teintes et son air minable.

Point d'élégance dans les rues, rien de ce cachet pimpant et gracieux que la verdure, les fleurs et les jolies maisons donnent à nos villages. De loin ces aldeas grises ressemblent à des carrières en exploitation. Aucune boutique sur la rue qui égayé et attire le passant. Les marchands vendent chez eux, à l'intérieur. Le service de la voirie est rudimentaire. Les cours n'envoient

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aucun parfum, et l'huile qui sert à la cuisine répand, quand on la met au feu, une odeur forte, spéciale aux yillaa^es espagnols et arabes, et qu'on peut comparer à l'odeur de suif, parfum des villages russes. Souvent, à l'approche des villages, dans des buttes d'argile ou de craie, on a creusé des grottes où vit toute une population plus pauvre encore et plus misérable que' celle des maisons.

Aucun confort dans ces pueblos ; les carreaux manquent à beaucoup de fenêtres : tout au plus si, à leur place, on colle du papier. On gèle l'hiver, on grille l'été ; la famille est souvent entassée dans un étroit espace. On comprend qu'un étranger, de mauvaise humeur, dise, en traversant ces pauvretés, des mots amers.

Mais entrez dans ces maisons, même dans ces grottes : de bon matin la femme, armée d'un balai court et sans manche, a tout balayé ; les chaises de bois blanc paraissent neuves, tant elles sont bien lavées ; l'unique cheminée haute est garnie de papier blanc et rose. De naïves images de saints décorent l'appartement. Tout est très propre. Le bois manquant dans le pays, on n'a d'autre combustible que des broussailles, de la paille hachée et des fagots de thym que les àniers vont chercher sur la montagne, et dont la charge, longue à réunir, n'est payée que huit sous. Toute la cuisine se fait parfois dans la pièce unique où Ton vous reçoit : mais avec une propreté, une simplicité d'appareil qui étonnent.

La vaisselle est parfaitement nette. Sur une table, recouverte d'un grand tapis, brille la lampe de cuivre jaune, le candil à quatre becs, donné au jour du mariage ou reçu des grands-parents. La moindre tache qui en ternirait l'éclat serait un déshonneur pour la ménagère. Les Espagnols ont le luxe du linge. Sur le lit de fer, quand il y en a, vous apercevez de grands draps à larges garnitures de dentelles. Et l'on vous reçoit avec un regard si heureux ! Pas d'obséquiosité ni de grands frais de politesse. En entrant, vous avez dit, comme salut : « Ave Maria purisima. > On vous a répondu : « Sin pecado concehida ». L^iomme, dignement, vous tend sa main sans faux empressement. Ne refusez pas ce qu'il vous offre ; un regard froid vous prouverait que vous l'offensez. Ils se moquent de notre politesse française et de tous nos compliments ; d'autre part ils ont peur de nos railleries et de notre air moqueur, mais allez-y simplement avec eux; montrez-leur que vous vous livrez à eux : vous serez bientôt ravi de cette hospitalité d'Arabe de grande tente, cordiale et large, touchante par ce qu'elle donne ou par ce qu'elle voudrait donner.

Pour moi, j'ai passé beaucoup de ces pauvres seuils, j'ai visité beaucoup de ces cuevas ouvertes sur la route. J'en suis sorti le cœur souvent ému de leur misère, mais toujours touché et ravi de la bonté qui m'avait accueilli et des adieux que j'emportais, toujours étonné de la propreté

qui régnait dans ces liumbles logis. Ces hommes basanés aiment le linge fin aux broderies délicates, et c'est un contraste de plus chez eux que cette incurie de Fextérieur et le soin presque artistique de l'intérieur. Ou plutôt ce n'est pas un contraste : s'ils jettent dans les champs leurs mules mortes et laissent aux chiens et aux vautours le soin d'en faire disparaître les restes ; si leurs maisons sont d'aspect si minable ; s'ils s'entendent si peu en hygiène, c'est qu'ils savent soulMr et endurer, tandis qu'ils ne savent pas s'industrier. Si la ville venait plus en aide au village, si l'Espagne, lasse de guerres et d'agitations, savait avec habileté utiliser ses nombreuses ressources, un luxe de propreté et de bienêtre ferait place aux ruines actuelles. En attendant, le paysan, laborieux mais impuissant, se réfugie dans son home, et là, du moins, non sans peine, il fait régner la propreté qu'il aime... -comme il le peut.

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