‹ L'EspagneChapitre 8 sur 42 · A VIL A · texte numérisé non relu

A VIL A

Thérèse immortalise ce qui fut sa demeure terrestre. Elle soutient ces murailles; elle enchante Avila, comme Fàme de François enchante encore la colline d'Assise.

J'avais, la veille, été prier au tombeau de la sainte, à Alba deTormès. Au sud de Salamanque, des collines surgissent, couvertes de bois de chênes verts. Deux hauteurs dénudées portent un nom célèbre : les Arapiles. Ici fut vaincu Marmont. Mais le souvenir des mêlées humaines s'efface en présence d'un autre plus impérissable. Le ïormès enveloppe de sa nappe un gros bourg brun, sans silhouette. Dans une large prairie communale paissent des bœufs par centaines. Parmi les toits de tuile, un vulgaire clocher se dessine. La chère sainte n'a pas de tombeau digne d'elle ; l'église qui abrite sa dépouille ressemble à une commune paroisse de campagne. L^évêque de Salamanque a bien entrepris de bâtir une basilique opulente, mais, en dépit de son courage, il se demande, non sans inquiétude, avec quelles ressources il finira son œuvre. Une ouverture, pratiquée dans une chapelle, permet d'entrevoir la cellule où mourut sainte Thérèse. Au-dessus de l'autel, derrière une grille d'argent, apparaît le lourd sarcophage. Un beau reliquaire d'argent contient un bras de la sainte ; un autre renferme son cœur. On avait cru longtemps que des épines miraculeuses avaient germé de ce cœur desséché. Un examen plus attentif a détruit cette croyance. Les épines n'étaient que

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des poussières et des corps parasites. En rappropriant le reliquaire, Févèque de Salamanque a fait tomber ces poussières menteuses, et il a consigné ses observations dans un document officiel et décisif ^

Sur remplacement où s'élevaient, à Avila, le solar des Cepeda et la maison d'un des oncles de la sainte, se dresse l'église des Carmes. Elle n'a ni style ni poésie : elle est des mauvais siècles. La chambre où naquit Thérèse est convertie en une chapelle aux colonnes fleuries et dorées. 11 y faut renoncer à toute consolation esthétique. De l'autre côté des murailles, au delà d'un ravin pierreux, au nord, s'étend le monastère de l'Incarnation. Au xv' siècle, c'était une sorte de béguinage, où chaque sœur avait son logis et son service. Le 2 novembre 1536, la jeune Thérèse de Cepeda y prit l'habit. Un an après, le 13, elle faisait profession. Avila tout entière admirait son sacrifice. Seul, Dieu le savait insuffisant. Des voix lui parlèrent à elle aussi, ces voix mystérieuses qu'entendent tous les héros, et qui donnent naissance aux grands événements rédempteurs. Dans ce parloir, Thérèse confia son plan à deux saints. A cette époque, les saints sillonnaient tous les chemins d'Espagne. Assis, peut-être, dans ce vieux fauteuil de cuir, Pierre d'Alcantara et François de

1 Bolelin eclesiaslico del nbispado de Salamanca, 1" septembre 1898.

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