‹ L'Espagne religieuse et littéraire - pages détachéesChapitre 17 sur 37 · I.F, l'IlINCE · texte numérisé non relu

I.F, l'IlINCE

« Cachez- vous au plus vite, entrez diins ce cabinel. Il ne faut pas qu'il vous voie.

MONTIC.KV.

« Le danger est séiieux. >»

Suit une folle querelle entre le prince et lluy Gonjez, puis entre le président et le prince, contre qui l'inquisiteur niaintient llèrernent le droit de i'aulorilé royale. Un sait quelle en est la suite. Le roi arrive à propos pour empêcher un malheur. Seul de nouveau avec son fils, il reprend avec beaucoup plus d'autorité, mais avec un accent où perce déjà une sorte de découragement mélancolique, l'entretien de la première journée. Il parle noblement en père et en roi. On sent que celle thèse de l'autorité est familière et chère à l'Espagne, qu'elle tient au fond de ses croyances. LE Kor.

« Vous ôtes Prince des Asturies et le roi est vivaril ; réprimez les ardeurs déréglées de votre humeur ambitieuse et téméiaire. L'éternelle Majesté conduit, sans s'émouvoir, toutes choses par les voies qui lui sont propres, pendant que le temps suit son cours. Vous connaissez ce jeu si familier aux anciens, où une foule de lutteurs couraient tour à tour avec un même llambeau. L'un d'eux prenait le flambeau et courait, et, arrivé au but marqué de la course, il le passait à un autre, qui. avec le même lUnnbeau, partait comme son dev.uicier,

pour ne s'arrêter qu'au terme convenu ; et le llanibeau allait ainsi de main en main et de l'un à l'autre, sans jamais s'éteindre. Mais celui qui courait ne passait jamais la lumière à un autre avant l'heure voulue ; car deux ensemble avec le même flambeau auraient eu peine à courir. Je règne maintenant, et je porte le flambeau de la royauté. Quand j'aurai atteint, au bout de ma carrière, le terme assigné par Dieu, je vous remettrai le flambeau allumé, et vous courrez alois jusqu'au jour où vous le donnerez à un autre qui, à son tour, devra courir et faire son temps. Le flambeau brille pour tous, tous nous courons sur la scène du monde. J'irai ainsi jusqu'à la fin de mon règne. Laissez-moi courir maintenant avec le flambeau, et, quand jaurai achevé ma course, alors, Carlos, commencera la vôtre. »

Le prince se justifie comme il peut, mais en homme qui ne sera jamais convaincu, parce qu'il ne sera jamais assez maître de lui-même et de ses passions. La fin de son discours n'est pas sans énergie, dans son amèrc douceur.

« Votre Majesté voit en moi non un fils, mais l'héritier deses États. Qu'EUe vive, qu'Elle règne, et porte seule le flambeau, sans jamais toucher l'extrême limite de sa course mortelle, et fasse Dieu que j'arrive moi -même, avant l'heure de porter le flambeau, au ternie qui doit livrer mes fautes à la mort et ù l'oubli; et, si le malheur qui me poursuit me refuser le repos, j'y mettrai ordre et m'arrangeiai pour que mon humeur ne m'inquiète plus, pour que mes amis me pleurent, pour que les favoris se

réjouissent; car j'éteindrai le flaiiihonu, s'il ne meurt pas de lui-mênie.

LE noi.

0 Carlos, je gémis comme père, et que Dieu vous soit en aide ! de vous trouver si obstiné. Tu nies, et tu le nies avec indignation, que tu aies eu la pensée d'aller en Flandre, et je sais, moi, qu'une foule de lettres vont et viennent par les mains de Montigny.

I,R IMW.NCE.

« Votre Majesté aurait-elle l'intention de me presser pour me perdre? Je ne sais qui est Montigny, je ne le connais pas; je suis vendu par des traîtres. LE noi.

« C'est bien, Carlos.

i.E pnl^cE.

« Seigneur...

LK ROI

« C est bien, vous dis-je. Mon indignation s'accroît de minute en minute. Quel est ce sang?

LE PRINCE

« Quelle inquisition implacable!

LE ROI

« Le sang va dans la direction de ce cabinet ; il y a là (pielqu'un. Holà ! sortez !

LE PRINCE

« C'est quelque valet.

LE ROI

« 11 faut s'en assurer,

iOO L'ESPAGNE llILIGIEUSE ET LITTERAIRE LE PRI^CE, à part.

« Voilà qui est fini.

LE ROI

« Quel qu'il soit, il faut qu'il sorte.

ÏIOMICNY, sorlanl.

« Seigneur...

LE ROI

« Ne vous avais-je pas demandé si personne ne pouvait nous entendre? Carlos, cet homme que vous voyez est Montigny : reconnaissez-le bien, el ne venez pas me dire, une autre fois, si une autre fois j'ai à vous le demander : a Je ne sais qui est Montigny, je ne le connais pas. » C'est cet homme, celui-ci, regardez-le bien, car c'est une honte que la réponse s'égare quand c'est un roi qui interroge et un prince qui répond. Allez vous habiller. Carlos, il se fait tard.

LE PRINCE, ;i pari.

« Qu'il n'ait pu échapper à ses yeux ! I.a confusion m'ôte la force de répondre, (il se reiin.)

|lE ROI, à Monligny.

« Que faisiez-vous dans le cabinet du prince?

WO.NTICNV.

« Un étranger est toujours curieux de voir ce qui est digne d'admiration...

LE noi.

« .\ssez. Quelle plus grande preuve de trahison qu(« d'oser me mentir en face? Celui-là est un traître qui ment à son roi. »

Entre don Dieco de Cordohn.

i;rM'ANT noN caklos. km

m: ko/.

« Don Diego, l'Italie est folle de tableaux et de statues, et M. de Montigny est curieux. Conduisez-le, qu'il admire et contemple à son aise tout ce qu'il y a d'admirable dans l'appartement réservé du prince, tv pan). Et au retour vous l'étranglerez secrètement dans le cabinet. Mon secret entre les mains de Montigny ! Puisque Carlos le veut ainsi, je ferai que mes vassaux tremlil<'nl,ot Montigny servira d'exemple.

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