AMO.MO
« Je ne voulais que menacer, rien de plus, clicre lille.
JUMA
« Tes })aroles repentantes sont ariivées trop tard à la région de mon oreille, nuui pèiv.
AKTOMU.
« Quelle douleur !
JULIA
t( Quelle souffrance !
ANTOMO.
« Parle, ma fille.
tVLlA.
« Ma douleur s'épuise en vains efforts pour parler. »
Et elle tombe inanimée. Le comte arrive; Antonio lui laconte ce qui vient de se passer et s'en prend à lui de son malheur. Car enfin, s'il a fait mourir sa fille, c'était pour la contraindre à épouser le comte. Celui-ci trouve le moyen assez malheureux. Mais que faire maintenant de ce corps? Ils le déposeront mystérieusement dans le caveau desCapulets.
Pas si mystérieusement que Guardo-Infanle, caché sous la table, n'ait tout vu, tout entendu, et n'aille aussitôt avertir son maître, fj'amant désolé n'a d'autre parti à prendre que de se rendre au caveau funéraire, et si son malheur est certain, de mourir sur le corps do sa bien-aimôe.
Pendant qu'il cherche une clef de l'église, André arrive du môme côté. « Que cherchez-vous? » lui demanderons-nous avec son ami Octave; il va nous le dire. Le vieux Capulet qui, à ce qu'il parait, ne sait que ce moyen de corriger les gens, avait demandé du poison à son neveu, pour châtier la suivante effiontée qui avait osé favoriser les amours de sa fille avec Roméro. Mais André, se défiant des emportements du vieillard, s'était contenté de lui donner un narcotique, et ayant appris que son oncle en a fait usage sur Julia, il vient pour l'enlever du caveau et la rappeler à la vie. Cet André, au fond, n'est pas un méchant cœur. « Quoique la belle Julia ne m'aime
pas, dit-il, je mourrai de jalousie, s'il le faut, mais je ne veux pas qu'elle meure... Je me vengerai de la belle Julia qui refuse de m'aimer, en l'eiilevant ou l'emmenant en Espagne, et je punirai du même coup son père qui me trompe, Alexandre et le comte, mon ennemi. »>
Qui ruinera ce beau dessein? Le graiji de sable de Cromwell, qui cette fois vient se placer dans la clef et l'empêche de pénétrer dans la serrure. Pendant qu'André fait d'inutiles efforts, Roméro arr4veet se cache pour l'observer.
('ependant le père et le comte, qui voient une voiture à côté de l'église, ne doutent pas qu'elle n'ait été amenée là par Roméro, et ils attendent celui-ci pour le tuer. André, qui les a reconnus, craint d'être surpris, et laissant la clef dans la serrure, il fait un détour pour les aborder. Ceux-ci l'emmènent, et il les suit un moment, de peur d'éveiller des soupçons.
Voilà Roméro maître de la place. Il court à la porte de l'église et s'étonne fort d'y trouver une clef engagée dans la serrure. Il y a une Providence pour les vrais amants. La clef tourne cette fois, et Roméro entre dans l'église. Ici commence une scéno qui serait pathétique si les ridicules frayeurs de Guarda-lnfante ne la faisaient Irop.souvent tourner au grotesque. Toutefois il y a encore une telle force dans la situation, que tînarda-Iiifante luimême ne parvient pas à lui ôler toute sa beauté, et que le réveil de Julia dans les bras de Roméro émeut encore, malgré (|u'on en ait.
Cependant Iléléna e>t venue au rendez-vous donné.
A son tour, André revient au moment où Julia sort de l'église avec Roméro. Julia et Héléna font un faux pas dans les ténèbres. Julia prend André pour Roméro, celui-ci s'empare du bras d'Héléna, et chaque couple rejoint en toute hâte la chaise de poste préparée. Voilà, ce me semble, assez d'événements pour une journée.
Dès le début de la troisième, Roméro s'aperçoit qu'il n'a enlevé que sa sœur, et court, désolé, après Julia. Mais, de leur côté, les Capulets le cherchent eux-mêmes pour le tuer. Son ami Carlos l'en avertit et lui montre un chemin pour fuir. Julia, à son tour, a reconnu son erreur, et néchappe à André que pour tonibei' entre les mains de son père, qui, à moitié satisfait de la retrouver vivante, fait courir le bruit qu'elle est morte et l'enferme dans un fort qui appartient aux Capulets, et dans lequel une combinaison ingénieuse fait entrer successivement presque tous les personnages du drame. Roméro, qui cette fois ne doute plus de la mort de sa maîtresse, vient mettre le siège devant le fort. Au moment où il va commander le feu, le vieil Antonio paraît au sommet de la tour, et offre noblement sa tête pour racheter la vie des siens. Mais Roméro, qui sait aussi la botanique, lui répond par cette vive et énergique image :
« Couper les rameaux de l'arbre et laisser le tronc entier, c'est lui donner plus de vigueur et le mettre en état de refleurir. Tu n'es qu'une branche stérile. Les autres sont le tronc, et pour qu'ils ne s'obstinent pas à pousser d'éternels rejetons, mon bras arrachera la branche, mon épée sciera l'arbre. »
'224 L'ESPAGNE REMGIEUSE ET I.ITTKRAIRE.
Et il ordonne l'attaque; mais voici le comte Paris. Celui-ci est l'époux de sa sœur Héléna, et il espère que ce titre pourra désarmer Roméro. Mais sa démarche est aussi inutile que celle d'Antonio.
Héléna elle-même • se montre et adjure son frère do pardonner. Réconciliée avec le comte, elle se (latte que Homéro ne sera pas plus impitoyable qu'elle. Mais il demeure insensible. Son ami obticndra-t-il davantage? Voici Carlos qui n'a cessé de combattre pour le défendre, et qui le prie d'épargner une vie tant de fois prodiguée à ses côtés, Roméro répond durement que s'il perd un ami, il perd du même coup deux mille ennemis. Julia seule, si elle vivait, pourrait obtenir grâce pour eux. Elle vit, nous le savons; c'est la dernière ressource de Capulet, mais son orgueil n'y a recours qu'après qu'il a tout épuisé.
ANTONIO
« Ne tirez pas, attendez.
JIIUA.
« Alexandre?
(( Arrèliî/.!
ANTONIO
.lu LIA.
« Vois, c'est Julia, c'est moi,
iiomkho.
« Ma Julia ! loi vivante?
Jl'I.IA.
<( Le ciel veut que je t'appartienne.
iiOMi^:iui.
u Parle, que veux-tu?
JULIA
« Ce que je veux? que tu pardonnes à tous.
ROMÉRO.
« Tu me le demandes?