‹ L'Espagne religieuse et littéraire - pages détachéesChapitre 24 sur 37 · J(JI,IA · texte numérisé non relu

J(JI,IA

« Je t'en prie.

ROMÉRO.

« Alors que vivent les Capulets, et Juliaavee eux. A une sœur, à un ami j'ai pu, dans ma colère, refuser cruellement ma pitié, mais à ma dame je ne le puis. Antonio, tu m'accordes Julia pour épouse?

ANTONIO

« J'y consens.

ROMIÔRO, .111 comli*.

ti Tu reprends Ilèléna?

I,E COMTE

« Oui.

ROMÉRO.

u Que désormais nos cœurs soient unis par les liens d'une loyale et éternelle amitié. »

Celte dernière scène ne manque ni d'intérêt ni d'ori- },Mnalité. Si, comme on l'a dit avec bonheur à propos de Shakespeare, Homéo et Juliette est, entre tous ses ouvrages, le poëme de l'amour, on sera touché d'un dénoûment où c'est l'amour qui triomphe de toutes les autres passions. Mais ce dénoùment lui-même dérange tellement nos habitudes, car ipème en poésie l'imagination a les siennes, et il faut les respecter, que Roméo et Juliette, bons pères et bons époux, ne seront jamais la Ju-

liette et le Roméo que nous avons connus et que nous aimons.

Mais à part ce dénoûment qui a son mérite relatif, que me direz-vous de cette multitude d'incidents qui troublent et précipitent l'action, au lieu d'amener et de servir son développement naturel, qui ne laissent pas aux caractères le temps de se marquer, qui ne permettent pas à la passion celui de se reconnaître et de nous ravir à ses douleurs ou à ses joies? Roméo et Juliette, il est vrai, appartiennent tellement à Shakespeare, que tout ce qui s'éloigne du divin modèle nous paraît une profanation, un mensonge, une misérable prétention de l'esprit. Mais serions-nous à ce point sous le charme, je dirais volontiers sous le joug, si Shakespeare lui-même, le plus passionné des poètes dans cette œuvre, n'avait commencé tout le premier à obéir à la secrète et irrésistible logique de la passion? Francisco de Rojas, en se détournant de la route tracée pour rester fidèle aux Instincts de son esprit et à la mode de son temps, s'est donc fermé comme à plaisir une source intarissable d'intérêt et de poésie. Et il faut d'autant plus le regretter qu'il a prouvé dans son chef-d'œuvre qu'il savait, tout en faisant sa place à l'élément comique, laisser sa prédominance et son ampleur au côté sérieux de la vie' humaine.

Nous allons trouver, j'espère, dans Lope de Véga, plus de simplicité, plus de respect du sujet, et une plus saine intelligence des coiidilions de la poésie dramatiiiue. Prenons garde cependant de nous avancer trop. Lope de Véga semble n'avoir écrit son art poélique que pour

constater devant la postérité qu'il n'a jamais péché par ignorance, et qu'il n'y a pas à réclamer pour un génie qui avait si bien conscience de ses fautes le bénéfice des circonstances atténuantes.

Castelvins et Montes, tel est le titre de sa comédie, il aura trouvé un peu dur Montescos et Capeletes, traduction plus exacte de Montecchi et Capelletti. Comme Uojas cependant, il a légèrement travesti le nom des autres personnages : Juliette n'est aussi chez lui que Julia, et Roméo s'appellera Rosélo.

Mais du moins, dès le début du premier acte, car ici nous avons des actes, non plus des journées, nous entrons vivement dans l'action. Rosélo, accompagné de son ami Anselnio, s'arrête dans la rue devant le palais des Castelvins, où se donne une fête, et il ordonne à son valet Marin d'aller s'informer adroitement de ce qui donne lieu à cette fête.

MAItlN.

« Tu veux que j'aille voir ce qui se passe dans la maison de tes ennemis?

ROSÉLO.

« Rail! qui pourrait te reconnaiire?

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