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la conversation, et nous descendîmes dans la chanv bre des passagers, où nous avaient précédés les autres voyageurs. Le tremblant enthousiaste nous y poursuivit bientôt. Je ne pouvais me lasser d'observer tout ce qu'il y avait de ridicule dans le contraste de la hardiesse et de la pusillanimité de cet homme; ses conceptions étaient fortes, son exécution misérable. Ce qui m'a semblé faire le trait saillant de son caractère, c'était l'oubli du danger joint à la peur de la mort. Il savait que qui ne risque rien lia rien , aussi voulait-il bien être brave, généreux, dévoué, jusqu'au point de faire fortune, mais pas jusqu'à mourir. C'était un Scapin du Nord, un général de l'armée des intrigants prudents, une espèce d'empereur des flibustiers modernes *.
J'examinais, avec un mélange de pitié et d'envie de rire, cette figure douce, blanche, anglaise, un peu fausse, dont les traits fatigués, et plus eft'acës que méchants, étaient encadrés dans une forêt de cheveux blonds comme de la filasse. Ce pauvre jeune homme s'clforcait en vain de les ébouriffer pour se
■ On m'a reproclié celte allusion , je l'ai laissée , parce que Napoléon n'a jamais eu que du courage de volonté, et <pi'il a toujours voulu vivre en grand fcénéral au lieu de mourir en grand homme. La postérité , qui est l'avenir des autres , lui importait moins que la vie , qui était son avenir à lui ; il y a toujours eu de régo'i'iime dans ton ftënie , parce que c'était le génie du calcul.
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donner un air redoutable; sa physionomie, tade malgré qu'il en eût, s'accordait mal avec l'importance de ses discours et le trouble de son esprit ; en le regardant, je me sentais à chaque instant près de frémir ou d'éclater de rire.
Grâce au crédit du patron de notre paquebot, pas un garde du port ne vint à bord, et nous pûmes contempler à loisir, par une nuit orageuse, les murs et la place de Tarifa , tandis que de grands nuages , éclairés par la lune, s'agitaient comme des crêpes blancs sur nos têtes.
Le domestique de M. Boyd paraissait encore plus troublé que lui; il chargeait les pistolets de son maître, il allait sans cesse du pont à la cabine ; il causait souvent et longtemps tout bas avec le capitaine du paquebot; on le voyait pâlir au moindre bruit qui venait de terre, et il fallaitqu'il pâlît beaucoup pour que ce changement parût à la faible lueur de nos fallots. Cet homme était un matelot andaloux : il parlait anglais, et dans les divers propos qu'il échangea avec son maître pendant le cours de notre difficile traversée, je saisis quelques mots qui ne me permirent plus de douter que ce personnage aux traits féroces, à la voix rauque, à la peau épaisse et tannée, aux mains petites et adroites, comme les ont presque tous les Espagnols, mais rudes, noires
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(H nerveuses, ne lût l'un des mcurUiers du malheureux gouverneur de Cadix. Nous nous trouvions donc, pour notre plaisir, sur cette barque, entre l'ordonnateur et l'exécuteur d'un des crimes les plus abominables qu'aient vus ce pays et ce temps-
Je commençai à m'éloigner du jeune Anglais avec une sorte de dégoût. Il ne manquait pas de finesse et voulut vaincre mon aversion. Voyant que je ne dormais pas, il se rapprocha de moi pour me raconter que le marquis d'Ermida, noble espagnol, obligé pour des motifs politiques à fuir de son pays, s'était d'abord fait mahométan dans l'empire de Maroc ; il ajouta que, profitant de la confiance qu'il avait su inspirer à ses hôtes par cette apostasie, il venait de s'échapper et de se sauver de Fez à Alger.
Ce trait, lui dis-je, ne rétablira pas la réputation des Francs parmi les mahométans, qui ne méprisent rien tant que le manque de foi.
Le conspirateur confiant finit par me dire que les constitutionnels espagnols peuplaient l'empire de Maroc, où ils se trouvent en ce moment au nombre de plus de ïiuit mille renégats. 11 est vrai que les consuls de toutes les nations que je vois depuis mon arrivée à Tanger, m'assurent qu'il n'y en
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a pas quatre cents dans tout l'empire. Vous pouvez choisir entre les deux versions , puisque vous en connaissez les sources.
A six heures du matin le vent d'est, commençant à souffler avec violence , mit fin aux rodomontades au franc-maçon errant, qui ne vaut pas un chevalier du moyen âge. La mer devint tout à coup extrêmement grosse , et toute blanche. Nous souffrions beaucoup , notre barque voguait entre deux eaux ; mais au bout de deux heures cette rafale nous avait portés devant les tristes murs de la ville africaine. Nous étions en rade de Tanger.
LETTRE XLV
SOMiaAXXLE,
Aspect monacal des pays gouvernés par les Mahométaus. — Le mystère y préside à la vie. — L'esprit de l'Asie se reconnaît dans l'empire de Maroc. — Epouvantable égalité des conditions humaines sous le despotisme. — La vraie liberté produit la diversité. — Elle ne peut naître que de l'exercice scrupuleux des devoirs de chacun envers tous. — C'est la conscience de la société. — Costume des Maures. — Le peuple arabe.
— Difficultés du débarquement sur la terre de Maroc. -^ Attente prolongée en rade de Tanger par un gros temps.
— Aspect du pays, de la plage et de la ville. — L'Afrique avec sa stérilité et tout ce qu'elle contient d'hommes malheureux , attriste la pensée comme les regards. — Perplexité de l'auteur à la vue d'une race d'hommes si différente de la nôtre.
— D'où sortent les nègres ? — Que devient notre foi devant ce problème ? — S'il n'est immortel , l'homme est trahi, et Dieu est vaincu par la nature. — Aspect misérable des pêcheurs arabes.
— Comparaison de la condition humaine en Afrique , et de la misère de quelques-uns des habitants de nos côtes. — Cavaliers armés galopant sur la plage. — La guerre est la vie des états
mahométans Arrivée du consul de France. — Notre entrée
à Tanger. — Capitaine du port : sa figure, ses manières. — Dignité apparente des Musulmans. — L'exaction est le système financier et administratif du pays. — Ce qu'il en résulte pour l'Empereur lui-même. — Apparence des habitations mauresques. — Uniformité delà vie qu'on mène à Tanger. — Elle fait oublier autre chose— Chez les catholiques le cloître est une exception:
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cliez les Arabes , '.'exception devient la règle. — Mahomet a copié le Christ, tout en maudissant les chrétiens. — Les modèles injuriés par les imitateurs. — Auberge de Tanger. — Elle vaut mieux que les hôtelleries d'Espagne. — La source de la civilisation espagnole se retrouve chez les Maures. — Musique , architecture , habitudes de vie , manière d'exprimer sa pensée : tout chez le peuple arabe rappelle l'Andalousie. — Ce que sont les Juifs chez les Maures. — Définition du caractère de ce peuple. — Leurs mœurs , leur situation , leur emploi à Tanger. — Usage qu'ils font de la vertu de leurs femmes. — Description d'une noce juive à laquelle l'auteur assiste. — Disposition de la salle. — Costume de la mariée. — Ses joyaux. — Musique et danse nationale. — Rapports qu'il y a entre ces divertissements et les danses espagnoles. — Danse sur place. — Plus ridicule qu'indécente. — Origine des combats de tam'caux. — Qu'est-ce que les Espagnols doivent aux Maures , qu'est-ce que les Maures doivent aux Espagnols , questions assez oiseuses et trop souvent agitées. — L'esprit de Dieu conduit le genre humain par la vérité. — La vérité : pouvoir inexorable. — Couséquences de la vérité. — La diversité est contraire à la nature de l'homme , et dès lors elle prouve l'existence de Dieu. — La religion se simplifie à mesure que l'homme s'élève. — Dieu est le seul être intelligent qui n'ait pas de religion. — Ce n'est pas seulement par la pratique des vertus austères qu'on peut mériter la reconnaissance des hommes. — Ennoblir le plaisir c'est aussi faire du bien. — Tanger est la capitale de la diplomatie européenne en Afrique. — Afanièrc de vivre des consuls. — Leurs jardins. — Leur hospitalité. — Leurs divertissements. — Avantage des nations du Midi. — Exception au ftyMème de laiiteur.
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