‹ L'Espagne sous Ferdinand VIIChapitre 32 sur 79 · TOME l · texte numérisé non relu

TOME l

ft» L'ESPAGNE

même les plus effia yées ; d'uilleurs il faut le dire, la corruption c!e l'ordre de choses contre lequel ils luttent, les sauve du mépris public. Quand on les prend on les pend, catastrophe qui n'arrive jamais sans réveiller dans les cœurs quelque S} mpathie pour le criminel, et sans nuire au respect dû à la justice du chef suprême de l'état.

L'existence du brigandage en Espagne équivaut, cerne semble, à la publication des écrits scandaleux ailleurs. Les voleurs sont des livres vivants qui protestent par leurs actes contre les abus de la société; tandis que chez nous les révolutionnaires combattent par leurs écrits et leurs discours, les vices de l'ortlre établi; selon les circonstances politiques, les pauvres malfaiteurs sont des brigands et des guerriers couverts de gloire. Peut-on encore faire beaucoup de cas de ce lantome appelé gloire liu* maine, quand on voit combien il faut peu de chose pour que le partisan patriote devienne un bandit, et le bandit un illusli*e défenseur de la patrie ? O profondeur de la vanité! chaque siècle t'augmente, aucun ne te mesure!!

Le premier de ces livres armés, le chef de ces h^ros manques qui (lagrlleut aujourd'hui l'Espagne, est Josè Maria, véritable roi de l'Andalousie, le i-oi de fait. M'êies-vous pas émerveillée des ri-

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chesses romantiques qu'on trouve à chaque pas en parcourant ce pauvre pays? José Maria est un homme petit, replet, aux cheveux noirs, au teint rougeot, d'une activité et d'une audace sans pareilles, et qui, du point de vue où Ta placé le sort , considère lesdignités du monde avec autant de mépris que la vie ; philosophe pratique, il soutient son système par le poignard; il j en a parmi ceux de chez nous qui se contentent du poison. Ce portrait est fait d'après plusieurs rapports que j'ai lieu de croire exacts.

Nous venons de traverser le théâtre actuel des exploits de cet homme ; heureusement nous ne l'avons pas rencontré. Un de ses amis, qui est aussi en relation avec le chef de notre caravane, nous avait avertis, moyennant quelques cents francs , de la marche du brigand , et nous avons passé sans accident par le lieu même où il était campé la veille. 11 attend ses victimes à certains points élevés de la route; delà ses regards s'étendent au loin, ce qui lui donne le temps de proportionner ses forces à celles que peuvent lui opposer les voyageurs les mieux accompagnés. S'il lui faut cinquante combattants, il peut les réunir en un moment, car il a par tout le pays des adiliés unis à lui sous serment. \oilà le vrai, le graud chef de brigands, le voleur de

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race pure : espèce d'hommes fort rare, même en Espagne. Pour parvenir à ce grade, il faut, passezmoi le paradoxe apparent, il faut une sorte de dignité morale, une supériorité d'àme généralement reconnue, et en outre des circonstances favorables. 11 faut du prestige, et en même temps de la bt me foi, car il faut inspirer une estime terrible , une sorte d'intérêt et de crainte mêlés de respect : et tout cela, il faut savoir l'inspirer même à ses ennemis! on peut, vous le voyez, exercer noblement le métier le plus décrié , c'est peut-être mal , mais cela est. La distinction du caractère, unie à celle de l'esprit, est un don si rare, que, quelqu'indiguement employé qu'il soit, il place un homme très-haut dans l'esprit de la foule. Il y a peu d'individus capables d'arriver à ce poste.

Je suis loin de prétendre que tout ceci devrait être; mais je ne suis peut-être pas assez révolté de ce que cela est. J'ai trop lu lord Byron.

On raconte de José Maria des traits d'une hardiesse extraordinaire. En voici un qui prouve qu'il ne serait pas toujours aussi impossible qu'on le dit de se défendre de ses attaques, si la terreur de son nom ne le servait p;is encore mieux que sa troupe.

Un jour de foire i il- nda , il a volé cent deux personnes, lui seul, accompagné pour la forme de

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deux de ses gens. Il s'était embusqué dans un défilé redouté; d'abord quelques voyageurs viennent à passer ; José Maria se présente à eux hardiment : on le reconnaît, ce qui veut dire qu'on ne songe même pas à lui résister. Il taxe le convoi auquel il n'accorde passage qu'après avoir reçu la somme exigée. Il ne manque pas de dire que sa tiaupe est retirée derrière un rocïier voisin ; de temps en temps ses deux hommes montrent leurs carabines, comme par maladresse, au-dessus des diverses pointes du roc. Les voyageurs tremblants payent le droit de passage, et s'éloignent en remerciant la Vierge de la modération du brigand tout-puissant qui leur épargne une perte co.isidérable.

Telle est la comédie qu'il a jouée ce même jour à cent deux personnes; puis il s'est vanté de sa ruse dans tout le pays : car le brigandage a sa gloriole comme tout autre art.

La seconde sorte de voleurs sert à donner du relief à la première; les vrais brigands s'enorgueillissent du mépris qu'inspirent ceux qui ne volent qu'en amateurs, espèce de bandits de rencontre, moins imposants, mais plu: redoutables que les '"oleurs enrégimentes. Leur classe se compose des gens qui dévalisent les voyageurs par occasion , n'Aciis qui font Ci^core autre chose que le métier

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de brigands, f t , par conséciuent, font mal toul ce qu'ils font. Oïl les appelle /'«^cro.ç. Cette îtfliliation se subdivise en beaucoup d'espèces de mauvais sujets sans principes et sans honneur.

Le mot de raiero signilie un coupe-jarret, un vaurien, un bandit, un bas iilou; les hommes de cette classe sont les seuls contre lesquels un voyageur prudent puisse essayer de se défendre. On ne saurait assez se défier d'eux, d'autant plus qu'on a moins de moyens pour les discerner des paysans honnêtes. En apparence, rien ne les dislingue du reste de la population, et l'on risque souvent, par trop de confiance, d'aller demander du secours à un ratero contre un autre.

Ces braves gens sont dispersés partout et toujours disposés à prêter main-forte aux vrais brigands, dont ils gi'ossissent la tioupe dans l'occasion. Mais ce qui les rend méprisables, même aux yeux des voleurs, c'est qu'ils assi>tent aussi les gens de Ja police, selon les circonstances : eu un mot, ils courent toujours au secours du j.lus foit. Pour le voyageur bien armé et bien accompagné, dé tels hommes sont des paysans serviles; pour l'étranger, faible ou isolé, ce sont des assassins trèscruels, lisse recrutent parmi les gardiens de troupeaux, les siila^eois désœuvrés, les journaliers pa-

resseux, les moissonneurs nomades, les vagabondg de toute espèce, les aubergistes sans chalands, même on compte parmi eux de vrais métayers, ceux dont l'industrie honnête ne suffit pas à leur avidité. Ils sortent de leurs cor^//oi', ou petites fermes isolées dans la campagne , et vont attendre les passants sur les montagnes voisines. Malgré les lois, ces hommes sont presque toujours armés d'une carabine. S'ils voient passer un voyageur mal escorté, ils le dépouillent et le maltraitent, même ils ne s'en tiennent pas toujours là ; souvent la peur d'être dénoncés, la vengeance, la colère, les conduisent à des meurtres, et ces crimes ont en général un caractère plus atroce que dans des pays moins barbares.

Lorsque le métayer voit le voyageur bien armé, bien accompagné, il cache sa caiabine, donne à ses compagnons, s'il en a, le signal du repos, c'està-dire du travail honnête, prend ses outils et fait semblant de cultiver la terre. Voilà le manège que mes guides m ont souvent fait remarquer pendant le voyage de Gaucin à Malaga par Ronda.

Je n'ignore pas que beaucoup d'étrangers nient l'existence des rateius andalous : c'est le même système d'audace en paroles que celui des voyageurs qui rient de l'inlluence du mauvais air de l'Italie. Ces personnes ne croient jamais aux anecdotes

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qu'on leur raconte, et se vantent d'avoir parcouru

impunément toute la contrée. A cela on a le droit de

leur répondre que le danger peut se nier jusqu'au

moment où Ton succombe. Voici un fait que je

puis certifier entre cent autres qu'on m'a racontés :

Le courrier qui fait le service de la poste entre

Ronda et Malaga vient d'être arrêté avant -hier

dans un défilé que j'ai passé hier : c'était entre le

Borgoet Casa Rabonela. Il était seul. Trois rateros

l'ont attaqué; il a voulu fuir, les voleurs l'ont fait

descendre de sa mule et lui ont enlevé cette bête,

la seule chose de prix qu'il eût avec lui. On m'a

montré le lieu même où l'accident est arrivé; et,

comme je demandais des détails sur cet événement

à l'un des volontaires royalistes que nous avions

pris à Ronda pour grossir notre escorte, cet homme

me répondit : Il ne se passe jamais un mois sans

qu'//.9 dépouillent le courrier du roi. — Qui sont-

i7j? — Les habitants de la montagne A ce mot,

je tournai les yeux de tous côtés, et j'aperçus plusieurs maisons isolées à demi cachées dans le creux des ravins que nous dominions, d'autres sur les pentes de rochers qui s'élevaient au-dessus de notre chemin. Une douzaine de soi-disant moissonneurs, tous gens de mauvaise mine, coupaient nonchalamment un blé rare et clair-semé dans un champ

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voisin. Ce qui ailleurs assure la tranquillité des voyageurs : la présence des paysans, la proximité , la multiplicité des habitations, loin d'être une protection dans ces parages, est un danger.

Malgré tant d'inconvénients, je n'ai jamais eu de jouissance plus complète que celle que me cause ce voyage. C'est un mélange de sentiments opposés et qu'il est rare d'éprouver à la fois. C'est l'amour de la guerre et de la rêverie, l'activité et \q far niente, le désir de défendre sa vie et le plaisir de la perdre, l'énergie et l'insolence du satrape; enfin c'est nouveau, ce mot dit tout.

L'appareil militaire qu'il faut déployer sur la route donne un air d'importance au voyageur, et, ce qui vaut bien mieux, il ajoute à l'effet pittoresque des sites. Des files d'hommes armés vous précèdent sur les corniches des montagnes, où ces éclaireurs, toujours costumés pittoresquement , dessinent les zigzags du sentier que vous allez gravir. Us font à certains points des haltes calculées ; de ces lieux critiques, espèces de vedeUes naturelles, leurs regards exercés surveillent le pays entier. Tout en avançant de cette manière savante à la suite de vos tirailleurs, vous reiicontrez de longs convois de voyageurs qui viennent au-devant de vous. Les gens du pays se réunissent pour

pouvoir employer, sans trop de dépense, des précautions semblables aux vôtres, et sans lesquelles ils n'oseraient se hasarder sur leurs routes. Les deux cortéi^es se croisent dans la montagne, où chaque chef de lile a la précaution de faire ariêter son monde aux endroits des corniches assez larges pour que sans péril deux chevaux y puissent passer à côté l'un de l'autre.

Plus loin, de longues processions d'ânes et de mulets, chargés de bagages, sont dirigés par des «rrieros moins polis. Ces grossiers muletiers vous barrent le passage pour uu assez long temps, ou vous exposent à tomber dans le précipice. Ils servent au commerce intérieur du pays, et l'idée qu'ils ont de leur importance les rend souvent hostiles aux étrangers. Parfois, au contraire, ces hommes vous aident avec empressement à passer sans trébucher aupiès de leurs bêtes; puis, vu s'cloiguant, ils vous souhaitent un bon voyiige d'un air signiUculif, et qui vous rappnlle les chances que vous avez ii coui ir sur la roule. L'Espagne eu est à l'époque où l'on faisait en France son testament pour entreprendre une course de douze lieues. Vous entendez de loin retcnlir de rochers on rocheis les échos du précipice, qiii vu-us apportent les clumts de ces hommes sauvages; et vous lcoulcz longtemps encore après

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que vous ne pouvez plus voir. Votre imagination se nourrit d'un spectacle si romantique. Heureuse Espagne, et plus heureux le poëte voyageur qui suit tes sentiers indécis, qui vit avec tes brigands, et se laisse enchanter par tes romances, aussi vieilles que tes ruines ; égayer par tes danses toujours nouvelles , enivrer par ton air brûlant, enthousiasmer par la sublimité sauvage de tes sites dévastés par ce soleil, qui boit tes eaux, et cache sous des bois de lauriers-roses le lit de tes torrents desséchés! On est toujours jeune en présence d'une nature et d'un peuple aussi intéressants; les souvenirs qu'ils vous laissent sont ineffaçables comme les impressions de l'enfance. Je ne vivrai jamais assez longtemps pour oublier ce que j'ai senti hier.

Avant de descendre au Borgo, peiit village perdu dans une \ allée de marbre d'une profondeur immense et toute dépouillée de verdure, j'ai vu le soleil se coucher derrière des monts stériles, mais couleur de pierres précieuses. Ils sont de marbre, et les rocs de cette matière ont des ibrmes particulières; ilsressembleni à des monuments de sculpture et d'architecture. Hier, au-dessus des défilés profonds où nous conduisait vers le soir un âpre sentier taillé à moitié de la hauteur des précipices les plus effrayants que j'aie vus, les têtes faulas-

tiques des montagn3s s'élevaient comme des statues colL..>..;-.les, modelées de la main du Tout- Puissant et resserraient l'horizon ; elles semblaient s'élever dans l'air aux approches de la nuit, pour remplacer les nuages sous un ciel d'acier poli et complètement vide. En plaine, cette voûte d'une seule teinte ferait mal aux yeux; ici l'azur éternel est borné par un cadre de pierre, triste mais imposante décoration des passages les moins champêtres , et les plus subliniesquej'aie vus. Le sublime est souvent terrible. Ces terres, magnifiquement désolées par le feu dû ciel qui les calcine , par la paresse de l'homme qui les abandonne, ont un aspect inhospitalier. Les déserts de l'Europe sont trop près de la terre cultivée; le brusque contraste qu'ils produisent avec la prospérité sociale d'alentour resserre le cœur de l'étranger sans captiver son imagination : c'est comme une modulation trop inattendue en musique. Le voyageur apprend à connaître ici des émotions qu'il ne peut éprouver que dans les poys placés comme l'Espagne sur les confins de la Barbane et de la civilisation. Jamais on ne sentirait rien de semblable dans les déserts de l'intérieur de l'Afrique : ce qu'on éprouve en voyant l'Espagne résulte précisément de la lutte de la société et de la solitude eu

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présence. On ne sait qui l'empo tera de la vie ou de la mort, dl l'on frémit à chaque pas comme si l'on était témoin d'une bataille. Dans )*^s Alpes, la victoire est d l'homme, et ce qui reste d'inattaquable à la culture est cerné de si près par notre civilisation, qu'on prend ces impuissants souvenirs d'indépendance de la nature pour une décoration de théâtre qui n'a que l'apparence. Le contraire arrive dans la partie de l'Espagne que je parcours. En s'approchant des hommes de cette contrée, en voyant leur misère, leur perversité , on croit le combat fini d'une autre manière , et l'on se dit : C'est une horde qui va passer pour laisser le désert à lui-même. Je vous parle de la contrée la plus désolée de l'Andalousie.

Après vous avoir peint les ennemis du voyageur dans cette province , je dois aussi vous faire le portrait de ses hôtes, qui souvent ne diffèrent pas beaucoup des premiers. Gomme il y a plusieurs sortes Je brigands en Espagne, il y a plusieurs espèces d'auberges : toutes ont leurs noms divers ; mais malgré cette classificaLoii, ello se ressemblent par l'incommodité de l'habitation et la cherté du gîte.

\jA fonda prétend au rang d'auberge régulière, on vous dit qu'elle e^t arrangea à la manière des hôteh du reste de l'Europe. Vous y trouvez le gîte

et la nourriture, mai» il est rare que ces hôtelleries pompeuses vaillent nos j)1lis mauvais cabarets de France. Ce )endant il s'en est établi d;ms quelques villes, où les voyageui-s sont passablement servis : les meilleurs appartiennent presque toujours à des Italiens.

La posada est une auberge où Von ne vous donne que le gîte , et où \\ faut apporter tout ce que vous voulez manger. Ce genre d'auberge se trouve ordinairement dans les villes du second ordre, dans les villages considérables. En arrivant, vous envoyez au marché votre domestique, ou une personne de la maison , qui vous apporte ordinairement quelque chose à manger. Mais si vous voyagez un jour de fête, ou si la journée de route s'est prolongée jusque vers le soir, vous ne p')uvez plus rien acheter, ni au marché qui est terminé, ni chez les marchands, dont les boutiques sont fermées, il faut alors vous coucher sans souper, \x moins que vous n'ayez apporté avec vous quelques provisions, précaution absolument nécessaire: quand je dis sans souper, c'est à la lettre : sans un verre de hiit, sans un œuf, quelquefois, selon les localités, sans un verre d'eau. Passé certaines heures, peisonue ne veut vous faire la moindre commission, même pour beaucoup d argeut. Les lits espagnols se cumposeut

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ordinairement d'un matelas très-dur, bien plat, hien inégal, assez semblable à un sac de noix; on le pose sur un lit de saiii^le ou par terre : il j a des posa da où l'on ne ijouve pas de lits ; à Roiida, nous avons été obligés den louer dans la ville, et il a fallu faire coucher notre malade aussi mal que nous-mêmes, sur l'espèce de matelas que je viens de vous décrire.

La meson est la posada des arriéres (muletiers), elle a tous les inconvénients des autres, avec un degré de plus de misère et de malpropreté.

La venta est une quatrième espèce d'auberge : celle des vieux romans espagnols; c'est l'iiôlellerie de campagne, grande maison, le plus souvent entièrement isolée, où l'écurie prend toute la place, sans compter une cuisine et quelques chambres plus ou moins humides et logeables. Gomme ce gîte est loin des lieux habités, on y trouve presque toujours des vivres, au moins des œufs, du pain et du vin contenu dans des peaux de bouc. Ces espèces d'outrés conservent la forme de l'animal , ce qui leur donne un air de bêtes mortes as ez désagréables , sans parlerdu goût détestable qu'elles commuoiqueut à la boisson. On voit un ou plusieurs boucs pendus aux fenêtres des maisons; la nuit ces corps moits font l'ellet de ^pecUes. Ou dejiiandc ce que c'e^t ?

C'est du vin, mais da vin logé de mnnière à faire retfet d'une apparition. Encore Don Quixotie.

La i'e?îta est la vieille auberge espagnole , l'auberge de don Quixotte, de Gilblas, des comédies, et c'est souvent un lieu amusant pour les étrangers.

Cependant il faut faire une distinction entre les {fenta des grandes routes , qui sont des points de repos extrêmement fréquentés, et les {fcnta des petits chemins détournés, tels que la roule de Gibraltar à Malaga par Ronda. Cette espèce de gîte est ordinairement un abominable coupe-gorge. On y manque de tout. On aspire toute la journée à ce lieu , qu'on se figure , non comme un séjour agréable, mais comme un asile où l'on pourra dormir pendant quelques heures , à la suite d'une route fatigante; le désir d'arriver là s'accroît comme une fièvre, vous êtes brûlé par le soleil, tout ce qui s'appelle habitation vous ferait l'effet d'un palais, vous le croyez du moins ; vous arrivez à la venta, et au lieu d'entrer dans ce charnier fétide , vous fuyez au milieu d'un champ voisin.

Hier nous avons quitté Kouda fort tard , c'est-àdire à deux heures après midi, non sans avoir annoncé à tout le monde lintciilion de ne partir que le lendemain. Notre clieaiin nous a conduits à travers le camp abandonné la veille par José Maria;

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