‹ L'Espagne sous Ferdinand VIIChapitre 35 sur 79 · TOME IV · texte numérisé non relu

TOME IV

Un petit rocher, tout bâti, tant la pierre naturelle est cachée sous des ruches de maisons, s'élève au milieu de la ville , où il produit un eli'et singulier; la vallée de Loxa est étroite, mais la végétation en fait le séjour des fées, ce jardin enchanté aboutit d'un côté au port de la Sierra d'Alfarnate d'où je viens, de l'autre à une cascade dont personne ne parle , ni Laborde , ni les Espagnols. C'est le Xenil de Grenade qui se précipite d'une grande hauteur dans un gouffre, où il tombe entre des buissons de fleurs et des arbustes aux mille couleurs , aux parfums variés comme leurs formes et les nuances de leur feuillage. Ces nuances de la végétation méridionale sont plus multipliées que les teintes de la verdure de nos pays : ici les productions du sol ont tous les tons, depuis le gris bleuâtre de faloès, le vert du fenouil, presque blanc tant il est pâle, le céladon du cactus épineux , jusqu'au ton le plus foncé, le plus frais des caroubiers , des sureaux , des figuiers, des pampres , des pistachiers et des orangers.

Lauberge de Loxa est tenue par un horfoger : f aspect de cette maison me prouvi; qu'il nous sera impossible d'y fermer l'œil. On entend bruire les insectes , vous savez lesquels , dans hi charpente du grenier qu'on m'assigne pour chambre , et sur le

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plancher les puces sautillent par milliers comme une pluie vivante , et qui rebondit sans cesse. Cette poussière animée fait peur. La puissance de la végétation s'étend ici jusqu'aux bêtes. Mais une seule crête de montagne me sépare de la Vega, et du haut de cette côte je verrai Grenade ; cette pensée m'ôte l'envie de me coucher et même d'écrire. Adieu et à demain ; à Grenade ,.... à Grenade !...

LETTRE LIV

SOMMAIRE

Maladie grave éprouvée par le voyageur. — Nature du mal. — Le rriédecin espagnol. — Sun portrait. — Encore les souvenirs du siècle de Louis XIV. — Conduite de ce docteur envers une dame anglaise logée dans le palais de l'Alhambra. — Apathie espagnole.— Ce que c'est que la convalescence d'une grande maladie sous ce climat. — État pire que la fièvre. — Tourment du voyageur condamné par ce mal à passer dix-neuf jours au pied de l'Alhambra sans pouvoir y monter. — Ce qui a décidé

la maladie. — Entrée à Grenade. — Surprise Fausse idée

qu'on se fait de la solitude de Grenade. — Cette ville ressemble à une autre. — La comédie, l'Alameda , la foule.— SoufTi-ances du voyageur pendant les jours où sa vie est en danger. — Son lit , sa chambre , son auberge. — Etat moral du malade. — Son régime. — Difficulté qu'il éprouve à se nourrir sainement.

— Indifférence pour les grandes choses , importance des petites. — Bruit et danses dans la maison. — Le ménage espagnol est plus pittoresque que commode. — Les officiers anglais arrivés de Gibraltar. — Leur pronostic sur la ma ladie. — C'est surtout quand on est déclaré guéri qu'on souffre.

— Suite de la lettre cinquante-quatrième. — Promenade dans Grenade. — Le Xenil et leDarro deux torrents qui traversent la ville. — Promenade appelée le Salon. — Récit de la dernière journée de route avant d'arriver à Grenade. — Départ de Loxa.

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— La Vega. — Santa-Fé. — Vœu de la reine Isabelle deCastille. — Fondrière à la porte du village. — Première vue de Grenade.— Aspect du pays et de la ville. — Les trois collines. — L'Alhambra. — Apparence de ce palais vu de loin. — Sens moral de ce genre d'architecture. — Il est l'expression du caractère du peuple. — Les Arabes sont sensuels — Monuments de l'antiquité païenne, leur but , leur eflet sur la terre qui les porte. — Le grandiose manque aux Arabes. — Les monuments mauresques sont les derniers chefs-d'œuvre de l'esclavage.— L'architecture d'Egypte amoindrie. — Tout voyageur devrait commencer par voir Grenade avant Séville. — Étonnement de l'auteur en approchant de Grenade. — Cette ville est plus gaie , plus animée que Madrid. — Pont Sébastiani. — Travaux des Français pendant la guerre d'occupation. — Beauté de la végétation sur la colline de r.\lhambra. — Promenade Saint- Pierre. — Vue de l'Alhambra prise de cette promenade. — La ville. — Les environs. — Couleur de la Vega. — Caractère des sites. — Tristesse qu'ils inspirent au voyageur — Doute philosophique.— La porte d'Elvire. — La rue Zacatiu. — La place de Bivarrambla. — L'Alcazaria. — Ecuries du roi Chico. — Tombeaux de Ferdinand le Catholique, de Philippe I", d'Isabelle de Castille, et de Jeanne la Folle. — La cathédrale. — Eglise des Hiéronimites avec le tombeau de Gonzalve de Cordoue.

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