‹ L'Espagne sous Ferdinand VIIChapitre 42 sur 79 · TOME IV. M · texte numérisé non relu

TOME IV. M

cei'O de romances Moriscos , les taureaux de Grenade ne valent pas ceux d'Utrera.

A propos de romancero, je devrais vous parler en détail de la littérature espagnole; ce serait le sujet d'un livre bien curieux, car elle est peu connue en France. Mais ce seul mot de livre m'épouvante , même pour lire ; à plus forte raison pour écrire I

Le roman qui a' servi à Le Sage pour son Gil Blas, celui d'où il a pris le Diable boiteux, don Quixotte , trois ou quatre pièces de Calderon et de Lope de Vega , dont les noms me paraissent illustrés par les imitations de Corneille et de Molière, ainsi que par les analyses un peu partiales de M. Sclilegel etde quelques autres critiques allemands ; enfm l'ouvrage de M. Sismondi, sur les littératures du Midi : voilà tout ce que je connaissais de cette mine à exploiter quand je suis venu en Espagne.

Depuis mon séjour à Grenade j'ai étudié quelques poètes lyriques , dont je savais à peine le nom ; et leurs ouvrages sont ce qui me frappe le plus dans cette littérature nouvelle pour moi.

J'ai appris par cœur quelques pastorales de Garcilaso, clieis-d'œuvre dharmouie etde douceur, qu'on lit et qu'on relit sans cesse avec un charme incompréhensible, pour les esprits qui ne veulent pas convenir ue la poésie se passe d'idées mieux que la prose, parc c

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que c'est le rapport immédiat de Vexpression avec la pensée , et que ce n'est pas la pensée seule qui fait le poëte. La poésie est un art complexe : musique et religion , voilà ses éléments. Par religion , j'entends toutes les formes de la foi ; la conviction est la première de toutes les puissances de l'àme ; et il y en a toujours dans la passion.

Des anciens auteurs je n'ai lu qu'une partie des œuvres d'Herrera et de quelques autres moins connus chez nous , parmi lesquels j'ai distingué Juan Dunena. Mais ce qui m'a plus intéressé que tout le reste , ce sont les odes de Fray Luis de Léon ( le frère Louis de Léon ).

Ce poëte était moine ; il avait la pureté , l'éclat , le goût , la force d'Horace : et ces qualités classiques , servant à exprimer les sentiments sublimes d'un homme qui habite aux portes du ciel , produisent des effets aussi neufs qu'admirables. L'épicurien changé en un héros chrétien , quelle métamorphose ! Figurez-vous un sage de l'antiquité , qui n'est plus païen , et qui chante dans un monastère ses espérances célestes : tel est ce poëte , c'est toujours le même style , seulement la source de l'inspiration est différente. Son talent est sain comme celui des poètes de la noble antiquité , et ne dénote aucune des maladies de cerveau de la plupart des auteurs modernes.

Aussi ces poésies ne diffèrent-elles des chefs-d'œuvre de la Grèce et de Rome que par le fond : le sentiment du beau, dans les formes, est le même que celui des Grecs. A chaque strophe que je lis , je m'écrie : Comme c'est original ! ! 1 pourtant il imite continuellement ou Tliéocrite, ou les Latins. C'était aussi l'étude constante de Garcilaso. Le Dante luimême , en bâtissant sa cathédrale poétique , croyait copier Virgile. 11 faut avouer que cette modestie a

bien servi les esprits créateurs au moyen âge Pas

un d'entre eux ne s'est fait proclamer indépendant de leurs devanciers , ce qui ne les a pas empêchés de faire révolution. La passion des découvertes peut être une vertu pour le voyageur , elle n'est qu'une prétention presque toujours malheureuse pour le poète.

Le poëte est une voix , un écho placé par Dieu sur le chemin des anges ; il est suspendu là povunous dire ce qui se passe entre le ciel et la terre. S'il écoute bien et répète juste, il invente assez

J'ai essayé de vous traduire une ode de Fray Luis de Léon ; je l'ai choisie entre les autres , parce que le petit nombre de strophes descriptives qu'elle contient peint un pays absolument pareil à la campagne des environs de Grenade. On conçoit comment cette terre a pu inspirer la poésie calme et divine

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de ce grand philosophe chrétien ; des montagnes brûlantes, quoique arrosées d'une eau de neige qui perd sa vertu contre le marbre nu; des vallons riants, frais, productifs, creusés dans des rochers qui réfléchissent : toutes ces merveilles de la nature s'accordent avec l'admiration et l'amour du poëte lyrique pour le dieu dont il est possédé.

Ange aux ailes de feu , et- qui ne considère ce monde que comme un point de repos où l'âme reprend haleine pendant le voyage de l'éternité, chantre sublime par les pensées qu'il inspire plus encore que par celles qu'il exprime , Fray Luis nous fait connaître la vraie destination de l'homme, sans discussion, et par la seule hauteur de la parole chrétienne ; je le trouve aussi admirable que l'auteur des Psaumes, et plus calme : il est où David voulait

arriver, il a ce que cherchait le roi prophète En

un mot , il est sublime sans effort , comme la paix d'une belle âme, comme la lumière d'un grand esprit, comme la foi d'un saint.

Cette grandeur n'a pu désarmer les rigueurs de l'inquisition : Fray Luis a passé plusieurs années de sa vie dans les prisons du saint-office pour avoir traduit en langue vulgaire le Cantique des cantiques.

N'oubliez pas, si vous voulez lui rendre justice, malgré ma traduction , que je n'ai pu vaincre la roi-

deur qui s'atache h toute version qu'on vont faire exacte, et dans un nombre de vere égal à celui de Tgriginal.

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