‹ L'Espagne sous Ferdinand VIIChapitre 43 sur 79 · ODE TRADUITE D'APRÈS FRAY LUIS DE LÉON · texte numérisé non relu

ODE TRADUITE D'APRÈS FRAY LUIS DE LÉON

Qu'elle paraît tranquille et pure

La vie, à qui sait fuir et le monde et le bruit

Pour choisir une route obscure ,

Qui vers un but caché conduit

Le peuple peu nombreux des sages qui la suit !

L'orgueil des grands et leur richesse , Et leurs murs, où la main du Maure ingénieux

Broda la pierre avec adresse

Et dora le bois précieux , Ne troublent pas son cœur, n'oliusquent pas ses yeux.

Par la flatteuse renommée Il ne demande pas si sou nom est chanté.

Jamais la trompeuse fumée,

Dont s'enivre la vanité, Ne voile en ses discours la sainte vente !..

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Est-ce un triomphe , une victoire , D'être suivi de loin par le doigt des passants? J'irais , à ce jeu de la gloire , Com-ant après un fol encens , Incertain, me troubler et le cœur et les sens?

O monts, ô vallons, ô fontaine , D'où coulent dans les bois d'harmonieux ruisseaux Quand ma barque luttait à peine Sous les coups redoublés des flots , Dans ce port ignoré m'attendait le repos.

Un sommeil que rien n'interrompe , Un jour gai , libre , pur : c'est le vœu de mou cœur.

Du riche méprisant la pompe ,

J'échappe au noble protecteur.

Dont le front soucieux atteste la grandeur.

Les oiseaux me charment l'oreille Par leurs chants amoureux, qui ne sont point appris, Et dont l'éclat touchant m'éveille ,

Au lieu des chagrins, des mépris , Dont les grands d'ici-bas chargent leurs favoris.

Heureux du seul bonheur de vivre , Content dos dons du ciel , sans soupçon , sans désir,

N'espérant rien , je me délivre ,

Et de la peine de choisir.

De l'amour, de la haine , et du joug du plaisir.

Au pied de nos sombres montagnes Je possède un jardin par mes soins décoré :

Quand le printemps, dans nos campagnes,

Revient , de verdure paré , J'y vois l'espoir du fruit dans la fleur assuré

Je vois la fontaine bruyante

Sur les coteaux bridés tomber du haut des monts, Et dans sa course impatiente , Trouvant tous les chemins trop longs,

Bondir pour arriver plus vite à nos vallons.

Mais apaisée alors, timide .

Enlaçant le^ bosquets dans ses détour^ trompeurs,

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Et retardant son cours limpide Pour rendre aux plantes leurs couleurs : Sur la rive, en passant, elle jette des fleurs.

Le vent sous les arbres soupire , Les parfums du jardin s'élèvent dans les airs ,

Tout rit , tout se meut , tout respire ;

J'entends d'ineffables concerts , Qui font oublier l'or, ce roi de l'univers.

A l'homme avare et téméraire , Qui se confie aux flots, je laisse un fol espoir,

Et quand les vents se font la guerre ,

Je m'applaudis de ne pas voir Les pleurs de l'insensé , ni son vil désespoir.

Le mât prêt à se rompre , crie , Des voix montent au ciel , le jour se change en nuit ;

Dieu maixhe, il tonne... l'homme prie ,

De ses travaux perdant le fruit.

Il jette ses trésors au flot qui le poursuit.

Moi , sans combats, sans vaine attente , D'une table modeste et d'un repas frugal ,

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Mais assuré , je me contente, Et laisse l'or ou le cristal A qui tente le sort sui' 1 élément fatal.

Lorsque la soif insatiable

Des biens et des grandeurs dévore les humains , Plaignant leur destin misérable , Je m'assieds à l'ombre des pins

Pour chanter le repos et l'oubli des chagrins.

Couronné dans la solitude , Roi libre , je m'assieds sous mon dais d'arbres verts

Pour écouter le saint prélude

Et les accords toujours divers De la lyre céleste et qui dicte les vers.

Que descansada vida La del que huye el mundanal ruido ,

Y sigue la escondida

Scnda , por dondc han ido Los pocos sabios que en el mundo han sido.

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Que no le entux'bia el pecho De los sobervios grandes el estabo ,

Ni del dorado techo

Se admira fabricado Del sabio Moro, en jaspes sustentado.

No cura si la fama Canta con voz su nombre pregonera ,

Ni cura si encarama

Le lengua lisonjera Lo que condena la verdad sincera.

Que presta à mi contento Si soy del vano dedo senalado ?

Si en busca deste viento

Ando desalentado Con ansias vivas, con mortal cuidado ?

O monte , ô fuente, ô rio, O secreto seguro deleytoso , R oto casi el navio,

A vuestro almo reposo Huyo de aqueste mar tempestuoso.

Un no rompido sueno.

Un dia puîo, alegre , libre quiero :

No quiero ver el ceno

Tanamento severo De à quien la sangre enselça , o el dinero.

Despiertenme las aves

Con su cantar sabroso no aprendido , No los cuidados graves, De que es siempre seguido

£1 que al ageno arbitrio esta atenido.

Vivir quiero conmigo , Gozar quiero , del bien que devo al cielo

A solas sin testigo ,

Libre de amor, de zelo , De odio, deesperanças, de rezelo.

Del monte en la ladera , Pormi mauo planlado tengo un liucrto,

Que con la primavera De bella flor cubierto Ya muestra en esperança el fruto cierto.

Y como codiciosa ,

Por ver y acrecentar su hermosura ,

Desde la cumbre ayrosa

Una fontana pura Hasta Uegar corriendo se apresura.

Y luego sossegada

El passo entre los arboles torciendo , El suelo de passada De verdura vistiendo ,

Y con diversas flores va esparciendo.

El ayre el huerto créa ,

Y ofrece mil olores al sentido ,

Los arboles menea Con un manso ruido.

Que del oro y del cetro pone olvido.

Tenganse su tesoro Los que de «n falso leno se confian :

itO L'ESPAQNë

No es mio ver cl lloro De los que desconlian Quando el cierço y el abrego porfian.

La combatida antena Cruxe , y en ciega noclie el claro dia

Se torna , al cieio suena

Confusa voceria , Y la mar cnriquecen a porfia.

A mi una pobrccilia Mesa , de amable paz bien abastada

Me basta , y la baxilla

De fino oro labrada Sea de quien la mar no teme ayrada.

Y mientras misérable Mente se estau los otros abrasando

Con sed insaciable

Del peligroso mando , Tendido yo a la sombra este cantando.

A la sombra tendido De yedra y lauro eterno coronado,

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Puesto el atento oido Al son dulce acordado Del plectro sabiamente meneado.

Une analyse des principaux ouvrages des poètes espagnols serait incomplète sans la biographie de cliaque auteur. Ces vies, presque toutes héroïques par les actes ou par les sentiments , donneraient k elles seules l'idée du singulier monde d'où sortit la littérature espagnole , la pins noble, la plus romanesque de toutes. La singularité des œuvres s'expliquerait par la vie de chaque poëte. Voici , en quelques lignes , l'abrégé de celle de Garcilaso.

Né h Tolède en 1 5o3 , d'un père distingué parmi les gentilhommes castillans , et d'une mère aussi noble que son père , Garcilaso de la Vega mourut en Italie, h trente-trois ans, d'un coup d'arquebuse qu'il reçut à l'assaut d'une redoute pour exécuter l'ordre de l'empereur. Sa courte vie ne fut marquée que par des actes d'un dévouement chevaleresque : il se trouva aux principales batailles de son temps , et suivit Charles-Quint avec enthousiasme dans les guerres d'Italie. La poésie ne fut pour lui qu'un délassement ; mais, tout en faisant des pastorales pour se reposer, il a doté son pays d'une langue poétique.

Le vieil idiome espagnol lui doit sa douceur ot son harmonie modernes. Les œuvres de Garcilaso sont l'objet d'études constantes pour les poètes et les écrivains de son pays ; tant de charme , tant de délicatesse n'ont jamais été surpassés.

La littérature castillane a bien dégénéré depuis le règne des princes de Bourbon. Les écrivains modernes , en Espagne , ne sont que des limeurs de phrases ; la vie manque à leurs œuvres alignées, à leurs périodes symétriques. Ils dessinent correctement , mais leurs traits sont maigies , leurs couleurs pâles , leurs plans mesquins ; ce sont des ombres , des squelettes. Une troupe de pédants , qui ne font rien d'après eux et ne travaillent qu'à propos des productions des autres , a formé cette littérature soidisant classique , et qui n'a pas plus de rapport avec la littérature vraiment espagnole qu'avec les éternels chefs-d'œuvre de l'antiquité. Ce sont des jardins disposés à la manière de Le Nôtre , mais plantés en brins de buis desséchés.

Il faut excepter les poètes comiques , les deux Morales à leur tête : ceux-ci ont conservé quelques traces de l'originalité nationale. Il y a de la vérité , de la finesse d'observation . du naturel dans leurs

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drames. La peinture des caractères est plus exacte que comique ; mais l'intrigue de la pièce , toujours très-compliquée , est amusante et tient le spectateur en suspens. Voilà tout ce que je sais sur un sujet trop riche pour un ignorant tel que moi. J'ai appris tout juste assez d'espagnol pour pleurer àGarcilaso , rire et pleurer à Don Quixotte, admirer à Fray Luis de Léon, et bâiller à la prose et aux vers de Quintana.

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