CHAPITRE ADDITIONNEL
cupé à compter les gouttes d’eau que formait la pluie sur les carreaux ; il laissait de temps en
temps échapper de profonds soupirs. Les affaires, les plaisirs, la conversation, les repas, tout fut interrompu jusqu’au retour du trésor qui seul pouvait rendre le monarque à ses occupations habituelles.
Cependant lorsque le confesseur s’aperçut que la cour de Rome n’entrait pas franchement dans ses vues et qu’elle montrait une répugnance insurmontable pour canoniser Palafox; quand le roi, de son côté, commença à soupçonner qu’il s’était soumis en pure perte à de si grands sacrifices et qu’on l’avait condamné à une séparation momentanée aussi douloureuse sans montrer la plus petite disposition à lui accorder l’objet pour ' lequel il avait consenti à une si grande privation, lui et son confesseur se fâchèrent tout de bon. 11 ne manquait pas là quelque ennemi des Jésuites pour leur faire croire avec adresse que cette opposition venait de la société de Jésus.
Sur ces entrefaites l’émeute de Madrid eut lieu ( 1766). Le peuple se souleva contre l’ordonnance de police tendant à supprimer les grands chapeaux ckambergos et les longs manteaux sur le motif qu’ils favorisaient les crimes et surtout les meurtres, en fournissant aux coupables un moyen de se cacher et de n’ètre pas connus. Cette mesure et quelques autres aussi impopu-
laires étaient mises sur le compte du marquis de Squilace, qui, en sa double qualité d’étranger et de favori, était mal vu de la multitude. On sait que Charles fut forcé de le renvoyer. Le comte d’Aranda qui avait été disgracié sous Ferdinand VI , et venait d’être nommé capitaine-général de Valence, fut élevé à la dignité éminente de président du Conseil de Castille. On espérait que sa popularité calmerait l’esprit des perturbateurs : il tint en effet la populace en respect par sa vigueur.
D’Aranda entra volontiers dans toutes les vues de Roda en sa qualité d’ Aragonais, surtout comme ennemi déclaré des colegios majores , parce que ceux-ci recevaient à peine les naturels de ce royaume à leurs premiers emplois. Comme homme très éclairé, il faisait également des vœux pour la suppression des Jésuites.
Des bruits vrais ou faux circulèrent contre ceux-ci à cette époque : .ces hauts fonctionnaires les appuyaient. On disait que les Jésuites avaient payé et dirigé les troubles de Madrid. On répétait avec une imperturbable assurance que plusieurs d’entre eux avaient été remarqués dans la foule malgré leur déguisement; on nommait le père Ignace Lopez, natif des Asturies, regardé comme un des hommes les plus influens de la Société. On disait qu’on l’avait vu au milieu de la populace, se donnant beaucoup de mouvement dans les rues. Ce
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