CHAPITRE ADDITIONNEL
les fruits qu’elle porte, poursuivent ces personnes, les Jésuites ont évidemment retardé ses progrès en Espagne. Les Espagnols étaient bien plus avancés dans les sciences et dans les lettres pendant le quinzième et le seizième siècles comparativement aux autres Etats de l’Europe , que pendant le dixseptième et le dix-huitième. Ce n’a été que depuis la suppression de la compagnie en 1 767 , et non avant cette époque, que le goût de la bonne littérature et l’esprit de perfectionnement ont commencé à revivre parmi eux. »
Quelque justesse qu’on veuille reconnaître dans ces dernières réflexions, on pourrait contester, ce me semble, la grande importance littéraire qu’on attache soit à l’existence, soit à la destruction de l’ordre des Jésuites. L’aurore de la philosophie et de la bonne littérature avait commencé à luire en Espagne, et la clarté y était même déjà considérable avant l’expulsion des Jésuites. Feijoo , Sarmiento , don Jorge Juan, Nassarre, Luyando, Burriel, Mayans, Bayer et beaucoup d’autres savans et littérateurs espagnols avaient déjà éclairé leur patrie à cette époque par des écrits et des travatix utiles. Sans contester le fait évident des progrès de la bonne littérature en Espagne depuis 1767, on est fondé à croire qu’elle les aurait faits de même, quoique les Jésuites eussent continué d’exister. C’est ce qui serait arrivé aussi en France; car leur puis-
sance n’était point assez forte pour arrêter des progrès qui auraient eu lieu , sans doute, même malgré eux. Montesquieu avait apporté le flambeau de la philosophie dans les lois. Voltaire était sorti des écoles même des Jésuites : les encyclopédistes et ce qu’on a voulu appeler le parti philosophique, auquel on a attribué leur renversement, existaient déjà. Que pouvait faire contre l’ascendant toujours croissant de la raison humaine une société si déconsidérée par ses doctrines? En vérité c’est lui faire trop d’honneur que de supposer qu’elle aurait suffi elle seule pour arrêter ce mouvement lent et graduel, mais constant, qui commença avec l’invention de l’imprimerie , et qui est devenu universel et irrésistible depuis le dernier siècle. Mais finissons l’histoire du renversement des Jésuites en Espagne.
Les hommes d’état qui avaient conçu et réalisé le projet de renverser la société de Jésus, cherchèrent, après l’expulsion de ses membres, à s’entourer des lumières et des conseils des prélats dont la coopération leur était si nécessaire dans les démêlés auxquels il fallut s’attendre avec la cour de Rome : ils avaient également en vue d’autoriser par ce moyen la mesure qu’ils venaient de prendre, et d’autres encore qu’ils préparaient. Lorsque le public verrait une sorte de concile composé de cinq évêques, coopérer aux vues du gouvernement, il devait être démontré pour lui