CHAPITRE ADDITIONNEL
qu’il n’y avait aucun danger pour la religion, ni pour l’Eglise catholique. Aussitôt après l’expulsion des Jésuites, il fut formé un conseil extraordinaire dont les membres étaient Rodriguez de Arellano, archevêque de Burgos, Buruaga, archevêque de Saragosse , Plana y Castellô , évêque de Tarazona, Tormo, deOrihuela, et Molina, évêque d’Albarracin. Le style des lettres et des communications avec Rome à ce sujet, que nous avons déjà rapportées, porte le cachet de la coopération de ces prélats.
Il restait pourtant encore aux expulsés de zélés protecteurs, parmi lesquels le plus puissant était l’Inquisition. Don Manuel Quintanoy Bonifaz était alors grand - inquisiteur. Le Saint- Office instruisit secrètement contre Roda, et les comtes d’ Aranda et de Campomanes. On intenta aussi des procès aux évêques du conseil extraordinaire. On n’accusait ni les uns ni les autres des mesures prises contre les Jésuites : les charges alléguées contre eux étaient relatives à leur esprit anti-religieux et philosophique en général. Pleureusement pour les prévenus, l’Inquisition elle-même se sentait menacée , et il y avait à cause de cela de l’hésitation dans ses fureurs et dans ses démarches. On ne pouvait d’ailleurs accuser les ministres du roi pour avoir combattu des projets contraires au pouvoir de la couronne, et avoir cherché à dégager la religion de l'alliage v. * -5
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CIUIU.es III.
impur des maximes ultramontaines : on ne pouvait pas leur reprocher cette conduite, sans se déclarer l’ennemi de la couronne, et des libertés de l’Eglise nationale. Ainsi l’instruction contre les ministres n’eut aucune suite. Quant aux évêques, on ne put non plus trouver qu’ils eussent avancé aucune proposition spéciale contraire au dogme ; tout se bornait à des propos vagues et généraux qui , réunis eu corps de doctrine, étaient présentés comme le langage d’un esprit philosophique voisin de l’impiété et favorable aux ennemis de l’Eglise.
Plus tard, les évêques du conseil extraordinaire firent leur paix avec l’inquisition : ils émirent l’opinion de réformer quelques propositions du Juicio impartial contra, el monitorio de P aima, qu’ils regardaient comme très hasardéessur les droits de l’Eglise. Ils parvinrent à faire ordonner la saisie de tous les exemplaires de la première édition, et l’on corrigea plusieurs assertions dans la seconde. Ils se ménagèrent par là la faveur du P. Osma, que Roda était parvenu à faire entier dans ses vues pour la suppression des Jésuites, mais qui était inaccessible sur d’autres matières. 11 était surtout le protecteur zélé de l’Inquisition, qui aurait bien certainement été renversée par Roda, comme les Jésuites, si ce moine ignorant, mais puissant auprès du roi, „ n’y eût opposé l’obstacle de sa protection spe-
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chapjtbe additionnel.
ciale. On doit cependant savoir gré à Roda, et aux hommes éclaires qui 1 aidaient dans ses desseins, du bien qu’ils firent p ; ,r quelques bonnes mesures, et aussi de celui qu’ils désiraient de faire par beaucoup d’autres très importantes, et que des obstacles insurmontables paralysèrent. Charles III aurait aisément consenti à l’abolition de 1 Inquisition , pour laquelle il n’avait aucun penchant. On prétend même qu’il le déclara ainsi à Roda, ajoutant qu’il avait régné à Naples où 1 Inquisition n existait pas, sans que pourtant la religion en souffrit; mais que l’opinion générale du peuple en Espagne, et le respect qu’il avait pour le tribunal de la foi , rendaient cette affaire extrêmement difficile. Nous ferons voir plus tard que sous son règne on mit des bornes au pouvoir de l'Inquisition.