‹ L'Espagne Sous le Rois de la Maison de BourbonChapitre 21 sur 47 · CHAPITRE ADDITIONNEL · texte numérisé non relu

CHAPITRE ADDITIONNEL

bureau de pénitence pour le cas de for intérieur et de conscience).

5°. Qu'à l’avenir le grand-inquisiteur ne pourrait publier des édits que lorsqu'ils lui auraient été envoyés par le roi.

4°. Que préalablement à la condamnation des livres par l’inquisition, on entendrait la défense des parties intéressées, qui seraient citées à cet ef- ' fét conformément à la règle prescrite à llnquisition de Rome par le pape Benoît XIV , dans la * constitution apostolique sollicita et provicia.

. Cette ordonnance frappait à la fois la cour de Rome et l’Inquisition : elle établissait en outre, selon les règles de la justice, qu’avant de condamner les livres, on entendît leurs auteurs pour leur justification; car ils doivent savoir mieux que qui que ce soit, disait-on , le sens qu’ils veulent attacher à leurs expressions. C’est, par là qu’ils pourront dissiper les persécutions contre leur doctrine, suscitées trop souvent par la seule ignorance des qualificateurs, sans le moindre fondement.

Quelque raisonnable que fut cette ordonnance, accueillie par les acclamations de tout ce que l’Europe contenait d’hommes éclairés, on la retira postérieurement. Il faut croire que le véritable motif de ce pas rétrograde était l ascen- ‘ dant du confesseur Eleta sur l’esprit du roi en matières ecclésiastiques; car ce moine ignorant

* * Digitiz

soutenait de tout son pouvoir, connue nous l’avons déjà dit, l’Inquisition et les prétentions de la cour de Rome. Charles III se trouvait placé entre des ministres éclairés et son confesseur. Les premiers, touten travaillant ouvertement à affranchir le gouvernement des embarras qui entravaient à chaque pas l’action de l’autorité publique, songeaient à renverser les institutions funestes; l’autre, poussé par les partisans de ces mêmes institutions, effrayait la conscience de son pénitent du danger spécieux de diminuer la splendeur de la religion en Espagne. ,

Malgré ces entraves , lorsque les ministres eurent repris plus tard le dessus et que l’exécution du décret fut ordonnée une seconde fois, Campomanes, magistrat jaloux de la dignité de la couronne, autant que ministre intègre et éclairé, donna pour motif d’avoir retiré l’ordonnance, qu’elle accordait au grand-inquisiteur plus de facultés qu’il n’en devait avoir relativement aux' brefs qui contiennent des condamnations d’ouvrages; car 1 ' exequatur, comme la suspension desdits brefs, n’étaient point dans les attributions de l’Inquisition , et appartenaient au Conseil de Castille , seul dépositaire chargé de maintenir cette prérogative royale. « Si cette ordonnance . a été retirée, disait Campomanes, on n’a eu en vue que de l’expliquer selon la pensée véritable du roi : le gouvernement doit à son honneur et

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à sa considération de fixer les limites de ces facultés, pour tenir ensuite la main à leur exécution , et accompagner la pragmatique et l’ordonnance des explications convenables. Les évêques, ajoutait-il, sont très intéressés en cela pour leurs droits; car, faute de cette déclaration , un prêtre de Majorque a eu l’audace en 1 766, en s’appuyant sur des lettres de la chancellerie romaine, d’excommunier l’évêque de Majorque, prélat respectable à tant de titres. Il a fait afficher publiquement ces lettres à Minorque, au grand scandale et au mépris de l’autorité elle-même, il est donc de l’intérêt des évêques eux-mêmes qu’aueun bref de Rome ne soit admis dans le royaume, pour qu’ils puissent être maintenus dans le libre exercice de leurs fonctions. »

Campomanes cherchait, comme on voit, à persuader aux évêques que les mesures du gouvernement leur étaient favorables. Il était d’autant plus nécessaire de porter à ce sujet la convie-' tion dans leurs esprits, qu’une opposition violente et irréfléchie éclata tout à coup contre les vues du gouvernement, de la part d’un prélat jouissant d’une grande considération par sa naissance et ses vertus.

L’évêque de Cuença, don Isidore Carvajal , 11e vit dans les sages réformes que le ministère ordonnait pour affermir le pouvoir de la couronne, -et déraciner les abus introduits par l’au-

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torilé spirituelle, ne vit, disons-nous, qu’un plan arrête de renverser les autels, et de détruire l’autorité de l’Eglise. Dans une lettre qu’il adressa au confesseur, il disait que l’Espagne, non seulement courait, mais qu elle volait à sa perte; que l’on disait à haute voix à la cour que le royaume était perdu , à cause de la persécution que l’on faisait souffrir à l’Église; que pour ne point attirer sur sa tète cette malédiction, F œ mihi quia tacui , et par l’intérêt qu’il portait au monarque , il lui avait adressé diverses représentations dans plusieurs occasions ; mais que par malheur elles n’avaient pas tiré le pieux monarque de son sommeil. 1 /évêque entrait ensuite dans deS détails sur les griefs que l’autorité ecclésiastique avait à exposer contre ce qu’il voulait bien appeler les envahissemens du ministère. Le tableau qu’il traçait des maux de l’Eglise aurait pu convenir au règne de l’empereur Julien. Le confesseur ayant montré au roi cette lettre du prélat, dont il partageait sans doute les doléances et les craintes, le roi s’en alarma : il chargea le P. Ëleta d’ écrire à Carvajal de s’expliquer avec plus de clarté et de précision , et de dire en quoi consistait la persécution de l’Église; quels étaient les outrages, les offenses, les pillages qui avaient été faits ou exercés contre ses biens, ses ministres et ses immunités sacrées; de quels autres moyens on s’était servi pour éclairer Sa Majesté

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