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don à Votre Majesté, répondit le comte , mais je connais quelqu’un bien plus entêté que moi. « Le roi demanda le nom de cette personne ; d’Aranda ajouta : « Sa Majesté sacrée don Carlos III , roi d’Espagne et des Indes. » Le roi accueillit la saillie avec un sourire agréable, et le congédia avec son amabilité ordinaire. Il racontait souvent cette anecdote avec plaisir. (')
Quoiqu’il eût annoncé qu’il quittait la présidence du Conseil de Castille, on ne négligea aucune attention pour monter le haut degré de considération où il était parvenu , et on voulut qu’il continuât d’exercer ces fonctions éminentes jusqu’au moment de prendre son audience de congé. Grimaldi essaya de faire accepter la présidence de Castille au comte de Fuentesj mais n’ayant pu réussir dans cette démarche , il persuada au roi de la laisser vacante. Les fonctions de gouverneur de ce conseil furent remplies par l’abbé Figueroa, ecclésiastique âgé, prudent et conciliant, qui s’était distingué par la négociation du concordat de Ferdinand VI avec le Saint-Siège. A sa mort on conféra ce gouvernement au célèbre Campomanes, un des fiscales (procureur du roi),
l’ Aragon ; l'entêtement îles mules de ce pays est passé en proverbe en Espagne.
C) On la tient d’une personne qui l’entendit raconter à d’Aranda lui-même.
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qui avait joui de la confiance du comte d’Aranda et dont les travaux littéraires font époque dans l’histoire civile et politique de l’Espagne. O-Reilly, le protégé de Grimaldi , qui était en même temps très estimé du roi, succéda au comte d’Aranda dans l’emploi de gouverneur militaire de Madrid. (^) *.V. 'v.
Tout en improuvant la témérité et l’imprudence du comte d’Aranda, nous ne pouvons que remarquer avec peine et regret les effets de l’intolérance dont son renvoi fut suivi , et le rétablissement temporaire du pouvoir inquisitorial.
(*) Le comte d’Àranda ne fut ni un homme de génie ni un grand homme; mais il eut une indépendance de caractère, une force de volonté vraiment extraordinaires. C’était là son principal mérite; heureusement pour l’Espagne qu’il appliqua à la réforme des abus ces qualités qui sont précieuses chez un homme d’état. Sa patrie lui dut des améliorations importantes dans le système social ; mais il est de toute justice d’avouer qu’il fut puissamment secondé par des hommes tels que Campomanes et Florida Blanca , sur lesquels roulait l’administration intérieure. Tous deux étaient fiscales du Conseil de Castille , centre d’ou partait à cette époque l’impulsion donnée aux réformes.
On sait que le comte d’Aranda s’était lié d’amitié, pendant son séjour à Paris, avec les auteurs de l’Encyclopédie ; ce fut dans leur commerce qu’il puisa ce vif désir d’innovation dont il était tourmenté. Ses idées étaient saines sur un
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La victime la plus marquante à cette époque tut le célèbre Olavide , dont l’emprisonnement arrêta les progrès de la colonisation de la Sierra- Morena. Cet incident eut lieu par les mêmes causes qui avaient contribué au renvoi de son protecteur, dont il partageait le même esprit de liberté qu’il avait puisé dans les ouvrages des philosophes de l’époque. Il s’indignait également des obstacles qu’opposaient à ses projets bienfaisans les préjugés et les vieilles institutions de l’Espagne. Nous avons dit que la plupart des cogrand nombre d’objets , et empreintes d’une grande exagération sur quelques autres. Dans la foule des idées neuves répandues par les philosophes français du dix-huitième siècle, ce n’était pas une tâche facile de distinguer toujours la vérité entre mille théories plus ou moins paradoxales. L’esprit du comte d’Aranda 11’était pas d’ailleurs de la force de son caractère. Le marquis de Caraccioli , qui l’avait beaucoup connu à Paris, comparait assez ingénieusement son esprit à un puits profond dont l’orifice est ÿ étroit.
Le comte d’Aranda conserva toujours ses relations avec les philosophes français. Lorsqu’après sa présidence du Conseil de Castille, il était ambassadeur à Paris, on rencontrait souvent chez lui d’Alembert , Condorcet, l’abbé Raynal , et tout ce que celte capitale renfermait d’hommes distingués dans les sciences et les lettres. Son extérieur n’avait rien d’imposant et ne prévenait pas beaucoup en safaveur; il pouvait même paraître un peu grotesque. Il remplaça Florida Blanca au ministère des affaires étrangères,
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Ions de la Sierra-Morena étaient protestans : il
s’opposa à tous les efforts que l’on fit pour les
convertir , et les faire assister aux cérémonies de
l’Eglise catl^plique. Comme il avait établi par un arrêté qu’aucun moine ne pourrait approcher de l’établissement, il obtint un ordre pour que les moines d’un couvent qui s’y trouvait fussent tenus de se transporter ailleurs, et il bâtit sa propre maison sur le terrain qu’ils occupaient. Il tournait souvent en ridicule la fainéantise et la licence des moines , et parlait avec une trop grande li-
quand ce dernier fut renvoyé. Son administration servit comme de transition pour préparer celle du jeune duc d’Alcudia, qui, en effet, fut bientôt nommé ministre. Rentré dans 1 # conseil d’état où l’on discutait alors sur la conduite politique qu’il fallait suivre envers la France-, tourmentée par les orages de sa révolution, le Comte fit sentir le danger qu’il y avait à se ; déclarer ouvertement contre ce peuple au milieu d’une aussi grande effervescence ; le duc d’Alcudia était d’un sentiment tout-à-fait opposé. Dans la chaleur de la discussion il laissa échapper quelques propos inconsidérés nu sujet du comte , en donnant à entendre que l’âge avait glacé son ardeur, et l’avait rendu peu propre aux entreprises. D’Aranda rappela au favori sa jeunesse et son inexpérience sur des matières semblables; le comte fut aussitôt envoyé en exil à Grenade, et enfermé dans le château d'Alhambra , où il ne fut pas traité avec les égards que méritait son caractère élevé. On se relâcha plus tard de cette rigueur, et on lui accorda la permission de se rendre dans l’ Aragon où il mournt en 1794.
berté de la dépopulation et d’autres maux occasionnés par le célibat des prêtres.
Son imprudence éveilla la jalousie du clergé espagnol. On surveilla scrupuleusement sa conduite. Ses paroles, ses actions furent remarquées et même exagérées. Une accusation formelle fut portée contre lui, comme coupable d’hérésie, devant le tribunal de l’Inquisition. Le renvoi de son protecteur laissa le champ libre aux machinations de ses ennemis. 11 fut rappelé a Madrid sous prétexte de donner des renseignemens sur rétablissement confié a sa direction. Averti de son danger, il fît inutilement des tentatives pour obtenir la protection du roi et pour apaiser les prétendus gardiens de la foi catholique ; mais après avoir résidé un an dans la capitale, il fut tout à coup arrêté et conduit dans les cachots de l’Inquisition. Ses papiers furent saisis et ses effets séquestrés.
(Novembre 29, 1778. ) Après deux années de réclusion dans un cachot inaccessible, le procès fut enfin terminé , et la sentence annoncée publiquement. Voici la relation du jugement et de la cérémonie telle qu elle se passa : nous la tenons d’un témoin oculaire.
« Les auto-da-fé sont encore célébrés au tribunal de l’Inquisition avec plus ou moins de publicité, selon les impressions que l’on se propose de faire. Un grand nombre de personnes de
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tout ran», civil, militaire et ecclésiastique, furent invitées, ou plu tôt appelées , pour se transporter à l’hôtel de l’Inquisition , à huit heures du matin , le 24 du mois dernier. Elles ignoraient absolument le motif pour lequel on les convoquait. Après avoir attendu un certain temps dans un appartement préparé pour les recevoir , elles furent enfin admises devant le tribunal. On les fit entrer dans une salle longue et obscure dont les croisées étroites touchaient le plafond. On y voyait un crucifix sous un dais noir , une table avec deux chaises pour les inquisiteurs , une robe (ou une étole) pour le prisonnier, une table et deux chaises pour ses gardes, et des bancs pour asseoir les spectateurs. Les familiers de l’Inquisition, le duc d’Abrantès, le comte de Mora et autres grands d’Espagne étaient là comme frères servans ou domestiques , sans chapeaux et sans épées. Bientôt Qlavide parut accompagné par des frères habillés en noir, marchant les yeux baissés, les mains jointes, tenant un cierge vert. Le patient était habillé de la manière suivante. Il avait un habit et une veste de couleur olive, une culotte blanche , et des bas de fil ; ses cheveux étaient attachés par derrière. Il se plaça sur un tabouret préparé pour lui. Alors les secrétaires donnèrent lecture des charges et accusations faites contre lui : elle dura pendant trois
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heures. Les charges consistaient en plus de cent articles; les principales étaient d’avoir possédé des livres défendus, des peintures obscènes, d’avoir eu des lettres de recommandation de Voltaire, de n’avoir point pratiqué quelques actes extérieurs de dévotion , d’avoir proféré des expressions hasardées, de ne faire aucun cas des images : il y avait une foule d’autres détails relatifs à sa manière de vivre , à sa naissance , à son éducation; car toute sa vie y était notée, et la moindre action spécifiée. La lecture finit par celle de l’arrêt qui le déclarait coupable d’hérésie. Il tomba alors en défaillance ; on attendit qu’il eût repris ses sens pour qu’il pût entendre la sentence qu’on allait prononcer contre lui. On va voir combien elle était douce : privation de tous ses emplois , incapacité d’en obtenir d’autres à l’avenir , pas même la moindre faveur du. roi ; confiscation de tous ses biens, bannissement à trente lieues de Madrid , et des résidences royales, de Séville, de sa nouvelle colonie, et de Lima, lieu de sa naissance ; défense de monter à cheval, de porter des habits en or, argent ou soie; huit ans de réclusion et de vie monastique dans un couvent désigné. Par respect pour la croix de Saint-Jacques , ordre dont il portait la décoration , on le dispensa du San-Benito ( sorte de scapulaire) et de la corde de jonc au cou , marques
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flétrissantes que les condamnés comme hérétiques ne devaient jamais quitter.
Après la lecture de la sentence, on le fit approcher de la table des inquisiteurs, où il abjura à genoux ses erreurs , et déclara qu’il croyait tous les articles de la foi catholique, apostolique et romaine. Alors se présentèrent quatre prêtres en surplis tenant des baguettes à la main; ils le frappèrent plusieurs fois sur l’épaule pendant que l’on chantait le psaume miserere. Ensuite Olavide se retira ; les inquisiteurs firent la révérence aux spectateurs, sortirent en silence, la terreur dans l’âme et la discrétion sur les lèvres. »
Quelque rigoureuse que cette punition puisse paraître , elle est encore très douce quand on la compare avec la sévérité déployée autrefois par l’Inquisition pour punir ces sortes d’offenses. Cependant sans l’intervention puissante du monarque, et la clémence du grand-inquisiteur, on aurait vu la répétition de ces scènes d’horreur qui ont rendu ce tribunal l’objet de l’exécration universelle ; car il est bon de dire que le confesseur et plusieurs membres du conseil de l’Inquisition insistèrent sur la nécessité d’un auto-da-fé , où Olavide aurait infailliblement péri dans les flammes. (*)
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(') Le contenu de ce chapitre est tiré de plusieurs docuraens inédits ‘tels que les dépêches du lord Granthani , et autres papier 4 Officiels de Madrid, de Bkccatini passim , «t
f Voici encore quelques détails au sujet du procès d’Olavide : son ennemi le plus acharné fut le P. Romualde, capucin allemand, qui, muni d’une patente de son général, par laquelle il était déclaré préfet des nouvelles missions de la Caroline, affecta une autorité illimitée dans tout ce qui tenait même de loin à la religion. Olavide ne se prêta pas à ses prétentions; mais il l’accueillit avec bonté, et l’admit même dans son intimité.' L’ambition trompée du moine l’irrita; quelques propos échappés à Olavide servirent son ressentiment ; il chercha à lui susciter partout des ennemis : enfin, il le dénonça au Saint-Office.
Parmi les cent soixante-six griefs hérétiques dont il fut chargé, il s’en trouvait un qui l’accusait d’avoir défendu le système de Copernic.
C’était bien maladroit de la part de l’Inquisition de grossir de cette manière la liste des hérésies d’Olavide. Cette particularité serait à peine croyable si M. de Villanueva n’affirmait, dans sa Vie polique , la tenir du P. Magi , qui fut plus tard evéque de Guadix, et qui assista à la cérémonie de l’ auto-darfé.
Lorsqu’on fit lecture à Olavide de la liste des opinions hérétiques dont l’accusait le fiscal ( procureur de l’inquisition) , il l’interrompit pour faire entendre ces paroles : Quoi qu’en dise le
«lu Mercure historique publié n Madrid 1771 , 1772. Bourgoin , Laborde et Townshend passim.
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fiscal y je n’ai jamais perdu la foi. O11 ne lui répondit rien.*
Les soixante personnes qu’on avait invitées à assister à la cérémonie étaient des ducs, des comtes, des marquis, des généraux, des membres de tous les conseils, des chevaliers d’ordres militaires, des hommes élevés à de hautes dignités. La plupart étaient ses amis, qu’on soupçonnait de partager plus ou moins sa maniéré de voir et de penser. L’Inquisition n osant plus allumer les bûchers, se contentait de flétrir par une sentence solennelle un fonctionnaire estime , et d’avertir les nombreux personnages élevés qui pensaient comme lui , des humiliations auxquelles ils devaient s’attendre , s’ils persistaient dans les mêmes sentimens. Quelque pénible que fût cette cérémonie pour tout homme généreux et ami de la vérité, on était pourtant forcé d y reconnaître le progrès des lumières et pour ainsi dire l’aurore de la tolérance; car c’était pour la première fois depuis trois siècles que 1 on n allumait pas le bûcher pour un procès où il s’agissait d’hérésie. C’était déjà un grand triomphe pour la raison et l’humanité que de voir le fanatisme déposer sa vieille atrocité , et se trouver contraint de renoncer aux scènes sanglantes dont il avait jusque-là épouvanté les Espagnols.
Cette cérémonie porta néanmoins l’éflroi dans quelques esprits, et remplit, sous ce rapport, le
but de ceux qui l’avaient ordonnée. Don Philippe Samaniego, secrétaire de* Y interprétation des langues , sachant que l’Inquisition le surveillait comme philosophe moderne , craignit d’éprouver le même sort qu’Olavide, et il prit la détermination de se dénoncer lui-même dans un écrit qu’il remit à un des inquisiteurs. 11 avouait " avoir lu les écrits de Voltaire, Rousseau, Hobbes, Spinosa, Bayle et autres livres dont la lecture était défendue, et que par suite de ces lectures il était tombé dans le pyrrhonisme religieux; que cependant ayant mûrement réfléchi, il s’était aperçu de son erreur, et demandait à être absous ad cautelani des censures qu’il aurait pu encourir. L’Inquisition consentit à sa demande ; mais elle mit une condition à cette faveur : c’était de déclarer avec quelles personnes Samaniego s’était entretenu de ces matières, comme professant ces mêmes principes. Samaniego eut la faiblesse, ou plutôt l’infamie de « dénoncer le duc d’ Almodovar ('), les t comtes
(') Almodovar est l’auteur d’un ouvrage estimé qui porte ce titre : De los Establecimienlos de las naciones europeas en los payses ultramarinos ; Êtablissemens des nations européennes dans les contrées au-delà de l’Atlantique , 3 vol. chez Janet en 1784, 1785 et 1786. Il le publia sous le nom emprunté de Malo de Luque. C’est l’ouvrage de l’abbé Raynal purgé des déclamations philosophiques , et corrigé dans plusieurs inexactitudes qu’il renferme.
Il publia aussi à Madrid , sous le nom dé don Francisco
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d’Aranda , de Montalvo , de Campomanes, de Florida-Blanca , d’O-Reilly, de Lacy, de Ricla, le général Ricardos et une foule d’autres personnages éminens. Cette révélation, quoiqu’elle ne fût autre qu’une accusation vague d'esprit philosophique , qui était très souvent un désir louable • d’extirper des abus de législation nuisibles à la prospérité du pays, suffit néanmoins pour que le Saint-Office commençât à instruire contre ces
Maria de Silva, la Décade épistolaire sur l'état de la littérature en France. Elle est datée de Paris l’an 1780, et pamt à Madrid en 1781 , un vol. in-8.
Il existait alors comme aujourd’hui , en Espagne, deux opinions opposées au sujet de la littérature française. Quelques Espagnols , épris dtf leur littérature nationale, s’imaginent que la belle époque des lettres chez eux , le seizième siècle , dure encore , et ne font pas assez d’attention aux progrès deS autres nations de l’Europe. Pour ces Castillans de la vieille roche ,,rien de ce qui est étranger ne saurait avoir de prix à leurs yeux ; ils persistent toujours dans l’admiration de tout auteur national , quelque empreints de médiocrité que soient ses écrits.
D’antres esprits se sont jetés dans l’extrême opposé, avec une frivolité et une partialité blâmables ; ils courent aveuglément au-devant de toute production d’auteurs étrangers , rie croyant pas qu’il puisse exister dans lehr patrie »
ni lumières ni génie. Ils négligent de connaître les beau- * tés de leur littérature pour admiref des ouvrages étrangers souvent peu dignes de leur attention. Ce fut pour éclairer ses compatriotes sur l’état réel de la littérature en France, que le duc d’Almodavar publia sa Décade épistolaire.
personnages. Bientôt l’Inquisition recula, effrayée du pouvoir et de la considération des hommes environnés de l’estime publique et honorés de la confiance du souverain.
Olavide sortit du couvent où il avait été confiné, sous prétexte d’aller prendre les eaux. Il se sauva en France, où on lui accorda la permission de se rendre à Paris. Le gouvernement français se refusa à l’extradition demandée par le roi d’Espagne, excité par le confesseur Eleta ; mais Olavide conçut des alarmes, et se réfugia en Suisse. Plus tard il vint se fixer à Paris , où , sous le nom de comte de Pilos , il mena une vie heureuse et paisible au sein des arts et de l’amitié. Au bout de dix ans la révolution française, qu’il avait pressentie et sans doute désirée , vint lui offrir sur la fin de sa carrière un spectacle d’un genre tout-à-fait nouveau. Il entendit gronder la foudre autour de lui. Il fut même pendant quelques mois menacé d’en être frappé. En passant dans de justes angoisses le temps de la terreur , il apprit , ainsi que le remarque Bourgoin , ce qu’il ne soupçonnait pas quinze ans auparavant, qu’il y avait sous le ciel quelque chose de plus redoutable que l’Inquisition. Il se retira depuis dans une campagne sur les bords de la Loire.
En 1 798 , Charles IV , après avoir entendu le grand-inquisiteur, le cardinal Lorenzana, lui accorda la permission de rentrer en Espagne. Ce
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qui contribua à le réconcilier avec les inquisiteurs fut la publication d’un ouvrage en langue espagnole, en faveur de la religion, intitulé : El Evangelio en triunfo, ou le Philosophe converti , où, sous la forme d’un roman, on introduit des personnages discutant avec bonne foi des matières religieuses. Quelques esprits difficiles trouvaient • encore trop d’énergie dans la manière de présenter les raisonnemens du Pseudo — Philosophe contre la religion chrétienne , et pas assez de force selon eux dans la défense. Toutefois cet ouvrage eut un prodigieux succès en Espagne. On en fit six ou huit éditions, je crois, avant 1808.
Olavide fut très bien reçu à la cour, qui se trouvait alors à l’Escurial. Don Mariano Luis d’Urquijo était, à cette époque, ministre par intérim des affaires étrangères : cette circonstance ne pouvait que favoriser l’accueil qu’on lui fit; car ce ministre n’était point disposé à souffrir des persécutions en matières religieuses. Olavide avait atteint l’âge de soixante-quatorze ans.
Après avoir ainsi dissipé toutes les préventions possibles contre son orthodoxie , il alla se fixer à Bacza.en Andalousie, où il mena une vie tranquille jusqu’à sa mort arrivée en i8o3.
Les détails que l’on vient de lire sont extraits de Bourgoin, Tableau de r Espagne moderne ;
Llorente, Histoire de F Inquisition d’Espagne ; Villanueva, Pida litteraria : des personnes recommandables nous ont fourni aussi quelques renseignemens. f •
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