‹ L'Espagne Sous le Rois de la Maison de BourbonChapitre 26 sur 47 · CHAPITRE LXYIli · texte numérisé non relu

CHAPITRE LXYIli

Expédition malheureuse contre Alger. — Disputes arec l’Angleterre et le Portugal. — Causes de la démission de Grimaldi et de la nomination de Florida filanca.

Pendant que Charles III se livrait avec ardeur aux soins du gouvernement intérièur de son royaume, et qu’il s’efforcait, mais en vain , de replacer l’Espagne naguère occupé en signaler son administration par quelque exploit brillant, méditait une expédition qui pût flatter l’amour-propre des Espagnols, sans exciter les craintes ni l’opposition des puissances maritimes.

On avait déjà mis en délibération dans le* conseil du roi d’Espagne s’il ne serait pas convenable, attendu -la grande dépense occasionnée par la conservation des forteresses et des positions sur la côte de Barbarie, de les abandonner toutes, à l’exception d’Oran et de Ceuta , lorsque dans l’intervalle une tentative insignifiante de l’empereur de Maroc contre Melilla et le Penon de Velez ,

excita le ressentiment national. Cette agression

daps le haut rang qu’elle avait lOTrope, Grimaldi, jaloux de

• décida le cabinet de Madrid à prendre des niesur .s pour exterminer, ou du moins pour porter l’épouvante dans ce repaire de pirates. Une expédition considérable fut préparée contre Alger dans le double but de venger les injures faites aux armes espagnoles et de soumettre la place, qui formait le centre des États barbaresques , et offrait par sa position des facilités pour l’attaquer avec succès. Après beaucoup de délais, suite naturelle, soit de la lenteur du gouvernement espagnol, soit de l’incertitude qui accompagne souvent les opérations maritimes, des armemens furent préparés dans divers ports : ils consistaient en quarante -six vaisseaux et vingt-deux mille hommes qui se trouvèrent enfin réunis à Carthagène sous les ordres du c<ffite d’O-Reilly.

L’expédition fit voile de ce port vers la fin du mois de juin l'j’jS, et mouilla dans la baie d’Alger le i' r juillet, en se berçant des plus vives espérances d’un brillant succès. Mais de nouvelles lenteurs contribuèrent non-seulement à refroidir l’ardeurdes troupes, mais elles donnèrent auxMaures le temps de préparer leurs moyens de défense. La première division de huit mille hommes ne fut mise à terre que le 7 juillet, sur la rive entre la rivière d’ A rraz et Alger. Trompés par une retraite feintp des Maures, les Espagnols s’avancèrent inconsidérément vers la ville. Là, se trouvant engagés tout à coup au milieu des ravins et des retran-

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chemens , ils furent assaillis par un grand nombre 0 d’infidèles, le désordre se mit dans leurs rangs; ils rétrogradèrent vers la plage. Sur ces entrefaites la seconde division, qui avait été débarquée avec une partie de l’artillerie et des munitions, entraînée par les fugitifs, partagea les dangers et les malheur» de la première. Dans cette affreuse situation , l’armée entière aurait été taillée en pièces, si le général n’eût pas ordonné de faire à la hâte un retranchement derrière lequel les troupes purent se mettre à l’abri de la poursuite de l’ennemi. Mais cette ressource ne pouvait qu’être momentanée; car les soldats, harassés de fatigue et souffrant de la chaleur, en cherchant à se reposer sur le sable brûlant pendant quelques minutes, • se trouvaient exposés au feu meurtrier des carabines mauresques, dont la portée était plus forte que celle des fusils espagnols. Des batteries pla- ^

cées par l’ennemi complétèrent le désastre et les pertes de cette fatale journée, qui rappelle la terrible défaite de l’armée chrétienne sous Charles 1'^ l’empereur Charles-Quint ). Il ne restait donc d’autre espoir que celui de la retraite. Aussitôt que l’obscurité de la nuit permit de cacher le mouvement des troupes, elles se retirèrent en 4 silence pour regagner leurs bàlimens. Heureusement que l’ennemi n’eut pas l’habileté nécessaire pour les inquiéter dans cette opération dangereuse. A trois heures du matin la dernière

division était déjà embarquée , après avoir abandonné seize pièces d’artillerie , plusieurs caisses de munitions et les tentes. L’armée eut quinze cents hommes tués , et les bâtimens en emportèrent environ trois mille blessés dangereusement.

Dans le dessein de venger l’honneur national, et pour compenser le malheur que les armes espagnoles venaient d’éprouver, O-Reilly voulait bombarder la ville; mais les provisions de l’armée avaient été débarquées, et celles qui étaient à bord pouvaient à peine suffire à la subsistance des troupes pendant la traversée. Eu conséquence une partie des bâtimens de guerre resta dans la baie d’Alger pour tenir en respect les croisières ennemies , et cette malheureuse escadre reparut sur la côte d’Espagne, apportant elle-même la première nouvelle de son affreux désastre. (')

Lorsqu’on apprit ce revers à Madrid et dans les provinces, l’indignation fut générale. Il y eut des émeutes dans plusieurs villes du royaume. O-Reilly n’échappa qu’avec peine à la fureur de la populace. Il fallut faire venir des troupes avec de l’artillerie pour maintenir, dans la capitale, le respect dû à la résidence royale. Pour apaiser le peuple, le roi retira au général mal-

(■) Documens officiels tirés du Mercure historique de juillet 1 7^5 ; Correspondance de lord Grantham; Journal de l’expédition, dans le voyage de Swinburne. (*)

(*) Voyez la note à la fin de ce chapitre.

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heureux les rênes du gouvernement. Il lui conféra le commandement militaire de l’Andalousie, ce qui, dans les circonstances, pouvait être regardé comme une sorte d’exil honorable.

Le mauvais succès de cette entreprise afl’ecla profondément Grimaldi. Il voyait le chagrin mal dissimulé du roi, le déshonneur des armes espagnoles, la persécution non méritée de son ami O-Reilly^ et les manœuvres secrètes du comte de Ricla, ministre de la guerre. Il entendait de tous cotés les murmures de la nation, qui accusait de ce malheur son administration tout entière. La difficulté et le danger de sa position, qu’il ne se dissimulait pas depuis longtemps, pesaient sur son esprit et troublaient son sommeil. 11 avait appris, par ce qui était arrivé à Alberoni et à Riperda, le sort qui était réservé à des étrangers appelés à gouverner une nation fïère et mécontente. 11 avait vu, dans la catastrophe dont Squilace fut menacé, un exemple encore plus terrible de la haine du peuple contre les ministres qui n’étaient point espagnols. Dans les premiers momens d’alarme et d’agitation, il parut résigné, ainsi qu’il s’était montré dans la disgrâce de Squilace. Il n’avait cédé qu’à regret aux instances du roi, pour qu’il restât à la tête des affaires ; mais l’état compliqué où se trouvaient les relations avec les puissances étrangères, et la fâcheuse position dans laquelle il se trouvait lui-

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même , le déterminèrent en6n à quitter un théâtre qui „e convenait plus ni à sa santé m a son âge. q Son embarras principal au-deltors vena.t du changement qui s’était opéré tout nouvellement dans la cour de France, et de la perte de cette influence à laquelle il devait son elevaUon et sa faveur auprès du roi. U s'était flatte de lespo.r qu’à l’avènement de Louis XVI , le crédit d une princesse autrichienne ferait rentrer dans le pouvoirson am.et son protecteur, le ducde Cho.seul ,

l’ au teur de l’ alliance autrichienne ; mais il fut cruel

lement trompé dans ses espérances. l ie nouveau monarque, quoique personnellement tresattac ie kla reine, était imbu des anciennes maximes poli tiques des Bourbons, et non moins jaloux que l’avaient été ses ancêtres d’empêcher la prépondérance de la cour de Vienne. 11 en résulta que dans le choix de ses ministres, d chercha des pei sonnes qui professaient des principes anti-autrichiens. Maurepas, homme d’etat sexagen.nre, u rappelé du long exil qu’il avait su n, et cvin son mentor politique. C’est par sa recommandation que le ministère des affaires étrangères fut confié au comte de Vergennes, ennemi particulier de Choiseul.

On croit cependant que si le poste impo tant de l’ambassade de Paris eût ete rempila cette époque par un ami et un confident de Onmaldi , son habileté aurait pu maintenir une plus

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grande cordialité entre les deux gouvernemens . que celle qui avait subsisté du temps de d’Ai- ♦ guillon. Mais le seul canal de communication était le comte d Aranda, quij au lieu de seconder les vues de Grimaldi et d’appuyer son influence, décriait toutes ses mesures, et se plaisait a rappeler sans cesse la haine qu’il s’était attirée par la funeste expédition d’Alger.

IN on seulement il y avait absence totale d’affection entre les deux cours de Versailles et de Madrid , mais la conduite du cabinet français , et la situation du gouvernement, devinrent une nouvelle source de vexations pour le ministre espagnol. Louis XVI avait assurément les plus droites intentions, et ses vues étaient des plus louables; mais ce monarque manquait d’expérience, et il ne pouvait avoir le jugement qui en est la suite. Avec un vrai désir de reformer des abus , il ne pouvait avoir ni les talens ni l’énergie nécessaires pour opérer un changement impoi tant et durable dans la constitution du pays. Prêt a ressaisir l’influence politique de ses prédécesseurs, mais retenu par le désordre où il avait tiouvé ses finances, il était le jouet des divers partis, dupe des charlatans et des hommes à projets, et maîtrisé tour a tour par son attachement pour la reine, et par sa déférence pour ses conseillers. Enfin son administration offrait la même ! incertitude et la même faiblesse au-dehors avec

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de plus grandes hésitations au-dedans , que celles qui avaient signalé la politique trop insouciante

de Louis XV.

L’aspect de l’horizon politique, à cette époque, faisait présager des mésintelligences avec l’Angleterre et le Portugal à la fois. A l’égard de la première, les anciennes disputes qui prenaient leur source dans la jalousie des avantages commerciaux et politiques, subsistaient dans toute leur force. L’arrivée fortuite d’un vaisseau anglais à Crab, dans les Indes-Occidentales, Ilot qui méritait à peine d’attirer les regards dès géographes , serait devenue l’occasion d’une guerre, ou tout au moins d’une longue négociation, si la modération du gouvernement anglais et les craintes de Grimaldi n’eussent pas hâté la conclusion d’un accommodement, qui toutefois ne calma point les senlimens hostiles des deux nations.

Une dispute d’une nature différente s’était élevée entre l’Espagne et le Portugal , par suite dé l’éternelle question relative à la délimitation contestée entre leurs colonies de l’Amérique du sud. Les instigations secrètes des ministres espagnols de la guerre et de la marine, avaient porté le gouverneur de Buénos-Ayres à étendre ses éta- Blissemens sur le territoire réclamé par le Portugal, jusque dans le Riô-Grande de San-Pedro, et à attaquer même les plantations portugaises

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les plus avancées. Cette agression donna lieu à des représailles de la part du gouvernement du Brésil : elle blessa aussi très vivement le ministre portugais, le marquis de Pombal, qui, à son mépris personnel pour Grimaldi , joignait sa vieille haine contre l’Espagne, et cherchait à étendre la domination portugaise dans le Nouveau-Monde. Cette querelle parut se rattacher aux troubles qui avaient éclaté dans l’Amérique anglaise; car tandis que la cour de France favorisait l’esprit de rébellion des colons de la Nouvelle - Angleterre , elle engageait l’Espagne à augmenter les embarras de la Grande-Bretagne par ses attaques contre le Portugal.

Quoique Grimaldi fût toujours traité par son maître avec la même confiance et la même considération qu’il avait coutume de témoigner à ceux qui l’avaient servi long-temps, ce ministre ne réussissait pas toujours à vaincre son caractère opiniâtre, ni à surmonter l’attachement obstiné qu’il avait à ses maximes favorites. Il était forcé de traiter avec les plus grands ménagemens la susceptibilité de ce monarque, dans tout ce qui touchait à la dignité de sa couronne et au bonheur de son peuple. Plus d’une fois il eut 1 imprudence de s’ouvrir ,ù l’ambassadeur d’Angleterre sur le càractère entêté et inflexible du roi , alléguant qu'il n’y. avait point d'argument ni de

remontrance qui pût Ip tirer de ses préjugés, ni

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le déterminer à changer ses résolutions une fois prises, quelque erronées qu’elles pussent être. « Tel est, disait-il avec un chagrin mêlé de dépit, Y homme dont je suis chargé de diriger les conseils. « .

Ces embarras accablèrent l’esprit timide de Grimaldi, qui s’affaiblissait de jour en jour à mesure qu’il avançait en âge. Des infirmités prématurées contribuaient à augmenter ses irrésolutions. Il consentit pendant quelques mois à faire encore le sacrifice de rester à la tête de l’administration, pour se conformer au désir exprimé par son souverain ; mais il faisait souvent , dans cet intervalle, les plus vives instances pour être débarrassé de son pénible emploi.

Son irrésolution devint à son comble : à pçine osait-il prendre la mesure la plus insignifiante* à moins qu’elle n’eût reçu d’avance l’approbation de ses collègues. Les mêmes motifs le décidèrent à arracher au roi son consentement pour que le prince des Asturies assistât au conseil du %abinet, dans l’espoir de diminuer ainsi, la haine du peuple contre lui et sa propre responsabilité. Cependant pette mesure même contribua à sa mortification. Le prince , influencé par les amis d’Aranda , qui formaient un coçps nombreux , sops le nom de parti aragonais, se* montra fortement opposé v au ministre" dans foutes les délibérations privées du cabinet. L’âme de cette

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opposition était le comte d’Aranda lui-même, dont l’influence s’était accrue par l’entrée au ministère de la guerre de son parent, le comte de Ricla, à la mort de don Gregorio Muïïiain. Enfin Grimaldi reçut un coup terrible par la désertion de son ami, le comte de Fuentes, qui avait été offensé de la permission accordée, à son insu, à son fils le prince de Pignatelli, pour suivre la funeste expédition de la côte d’Afrique. A sa mort , sa nombreuse famille et ses adhérens grossirent le parti aragonais et la cour du prince. (*)

(*) Le comte de Fuentes était en effet dans le parti aragonais avec Azara, le comte d’Aranda, et le duc de Villa- Hermosa; mais ce parti n’avait point encore la force qu’il eut par là suite. Son ascendant fut très marqué , lorsque don Juan de Pignatelli , fils cadet du comte de Fuentes , officier

des gardes du corps , parvint à obtenir la faveur de la princesse des Asturies ; faveur qui fut à la vérité de courte durée ,

car le confesseur de Charles III , le père Osma , décida ce

monarque à éloigner de la cour le jeune Pignatelli.

Quant au motif assigné par l’auteur des mémoires du refroidissement entre Grimaldi et le comte de Fuentes , savoir la permission ^ccordée, à son insu , à un autre de ses * fils , de suivre la funeste expédition de la côte d’Afrique , nous devons le croire peu fondé. Il est même fort «

douteux que le comte de Fuentes ait été en opposition personnelle avec Grimaldi : c’était avec le général comte d’O-Reilly que la famille de Fuentes *était brouillée; le marquis de Mora-, son fils aîné, quitta le service par suite » d’un démêlé avec le général. * -

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Dans cette situation, sans confidens, traverse sans cesse dans ses mesures par ses collègues , ayant perdu son ancien crédit à Versailles , embarrassé au-dehors , contrarié sans cesse dans le conseil du cabinet , Grimaldi parvint enfin à surmonter la répugnance du roi pour sa démission. Il conserva néanmoins assez de crédit pour tromper les espérances qu’avait le comte d’Aranda d’arriver au ministère ; car le roi qui craignait le caractère violent de cet ex-ministre , et s’offensait de l’intervention du prince, laissa à Grimaldi le choix de son successeur. Sur la proposition que fit le premier commis de son ministère, del Campo, il recommanda pour le remplacer don Joseph Monino, qui venait d’être nommé comte de Florida-Blanca, et qui remplissait le rôle d’ambassadeur d’Espagne à Rome. La nomination fut agréée, au grand déplaisir des nombreux opposans de Grimaldi , et il fut désigné lui -même pour l’ambassade que Florida-Blanca laissait vacante. Malgré l’impatience qu’il avait de se retirer, il conserva le porte-feuille jusqu’à l’arrivée du .nouveau ministre. Après l’avoir mis auicourant des affaires de son département, et l’avoir accompagné, lorsqu’il se présenta pour la première fois dans le conseil du cabinet, il prit congé d’une cour où il avait joué un rôle important pendant dix-sept ans. Ses adieux furent courts et touchans. Le roi «

l’assura de la continuation de son estime, et lui témoigna son intention de le consulter dans les occasions importantes. Il quitta le lendemain la capitale, et après avoir passe quelques jours dans le sein de sa famille il se présenta à Rome.

Après son départ, le roi récompensa son mérite et ses services en lui accordant, pour lui et pour ses héritiers , le titre de duc et le rang de grand d’Espagne. U11 mot suflit pour peindre l’administration de Grimaldi. Quoique en hutte à une espèce de haine et de jalousie nationale , à cause de sa qualité d’étranger, il était aimé et estimé de la partie éclairée des Espagnols , par sa douceur et son urbanité, ainsi que par la protection spéciale qu’il accordait à la littérature et aux arts; enfin, on rendait justice au zèle qu’il montra toujours pour la prospérité de la nation.

Le nonVeau ministre don Joseph Monino reçut le jour à Hellin, gros bourg dans le royaume de Murcie. Son père y était huissier de la chambre épiscopale. Yoqé à l’étude de la jurisprudence, il devint avocat consultant, et obtint la protection de la puissante famille d’Osuna, à t laquelle il fut recommandé par le père Patrice %

Curtis, qui était attaché à cette maison en qualité d’aumônier etd’instituteur, tout à la fois. Monino dut à cette protection d’être nommé un des fiscales ( procureurs du roi) au Conseil de Cas- «

CHARLKS III.

tille, où il se lit remarquer pendant l’administration du comte d’Aranda. Son caractère conciliant, son adresse, la connaissance qu’il avait acquise des matières ecclésiastiques , et en général ses talens supérieurs le firent nommer à l’ambassade de Rome , poste de la plus haute importance. Il justifia les espérances de ses protecteurs , en s’attirant une grande; considération à la cour du pape, où il contribua beaucoup à la nomination de Pie VI , en opposition aux intrigues du parti des Jésuites. Il ménagea la réconciliation qui eut lieu entre le Saint-Siège et les cours des Bourbons, après la querelle occasionnée par l’excommunication lancée contre Parme. Il obtint ensuite l’abolition formelle de la société des Jésuites, et termina diverses négociations relatives aux intérêts de la maison de Bourbon en général , et à ceux de l’Espagne en particulier.

La nouvelle de son élévation ne surprit pas moins Florida-Blanca lui-même , que ceux qui avaient aspiré avec tant d’ardeur à saisir les rênes du gouvernement. Comme il n’était lié avec aucun parti , et que le roi le connaissait à peine , il entra dans son ministère avec une méfiance et une réserve faciles à concevoir dans sa nouvelle position ; mais il ne fut pas long-temps sans reprendre de l’assurance et de l’aplomb. U sut bientôt gagner les bonnes grâces du roi; et il

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montra une telle fermeté de caractère, jointe à une si haute capacité pour les affaires, qu’il justifia pleinement la recommandation de son prédécesseur. (*)

(’) Nous tenons les détails que l’on vient de lire sur la démission de Grimaldi , et sur la nomination de Florida- Blanca , de personnes dont le témoignage mérite la plus entière confiance. Nous avons puisé aussi quelques particularités dans les dépêches intéressantes de lord Grantham , et dans des pièces officielles de Madrid , de Londres et de Paris. D’autres détails ont été tirés des Mémoires de Cumberland et du Voyage de Townshenden Espagne.

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