CHAPITRE LXIX
Reprise des hostilités avec le Portugal, à l’occasion des établissement de l’Amérique du sud. — Prise de l’île Sainte-Catherine « et de la colonie de Sacramento. — Mort de Joseph I", roi de Portugal. — Pombal quitte le ministère. — Arrangement avec le • , Portugal par l’intervention de la reine-mère- — Traités de .limites, de commerce et d’amitié. — Remarque deflôrida-Blanca ! .* «ur les avantages de cet arrangement. t » • > • *
’ Florida-Blanca débuta par une mesure qui fit 4 bien augurer de son administratÎQn. A peine l’Espagne avait -elle terminé son entreprise * contre les Etats Barbaresques , et conclu un acqm^mqjlefnent avec l’empereur dé * Maroc ,
* qu’elle tourna de nouveau ses regards vti£ le Portugal. Les événemens, précédens avaient assez fait voir qu’aucun traité entre les deux puissances ne pourrait être durable, tant quçjeurs ^ établissemens sur le Rio de la Plata fourniraient par leur proximité un foyer inextinguible dé jalousie commerciale et politique. L’arrangement *, forcé qu’on venait demonclure n’était qu’un armistice , ou plutôt* un motif de plus pou£ faire ' éclater cette incitation Réciproque qui, couvait’
ÎP
■ . oogle
CHAP. LXIX. I775-I778. l 63
depuis si long-temps. L’Espagne chercha à chasser de la rive du Rio de la Plata la colonie de Sacramento qui l’importunait, en occupant le district intermédiaire , tandis que les Portugais travaillaient de leur côté a étendre leurs limites, afin de se procurer un port avantageux et de continuer leur commerce interlope avec Buénos-Ayres. Ces prétentions opposées engageaient sans cesse les deux gouvernemcns dans des querelles qui pouvaient' être regardées comme des hostilités réelles.
On vit a la fin le ministre portugais Pombal . se préparer ouvertement pour reconquérir et défendre le territoire' qui faisait le sujet de la contestation. 11 augmenta insensiblement les forçai portugaises de terre et de mer dans le Nouveau-Monde , et fit en même temps des préparatifs de guerre pour résister à une agression de ’ P art de l’Espagne. A l’exemple des Espagnols, qui avaient jadis ouvert la Campagne sans aucune déclaration de guerre, une escadre portugaise, ayant à bord neuf régimens et un train formidable d’artillerie, fit voile de Rio-Grande, s’empara des forts de Santa Tecla, Santa-Theresa et Monte-Video, et défit une division de Buéuos- Ayres , en lui causant une perte de 5oo hommes.
Les progrès de ces arméniens n’échappèrent pas à la vigilance de la cour d’Espagne. On envoya des troupes vers la frontière du Portugal,
■'$ Die
ou destina des renforts de troupes pour l’Amérique, on fit savoir à la France que le cas était arrivé de donner l’assistance stipulée par les traités. Le' Portugal fit de son côté un semblable appel à l’ Angleterre , et il se tint un grand nombre de conférences sous la double médiation de la France et de la Grande-Bretagne. On arracha des promesses de redressement de griefs; mais comme le ministre portugais ne se montrait pas disposé à abandonner ses projets ou à donner satisfaction pour l’agression qu il venait de faire, l’Espagne profita des embarras que l’Angleterre éprouvait en Amérique pour soutenir ses droits par la force des armes.
, (Novembre 1776.) Pendant que l’on s’occupait à discuter cette affaire, une expédition de 1 2 vaisseaux de guerre, commandée par le marquis de Casa-Tilly, ayant à bord 9000 hommes de troupes de débarquement aux ordres de don Pedro Cevallos, fit voile de Cadix et se dirigea vers les établissemens portugais dans le Nouveau- . Mondé. Le principal point d’attaque était l’île de Sainte-Catherine, sur la côte du Brésil. Outre sa proximité de Rio-Janeiro, elle offrait une grande importance comme centre d’une pêcherie considérable. Ses cotes étaient de difficile abord ; la forteresse de Santa-Cruz défendait l’entrée du port; dans l'intérieur il y avait deux petits forts, dont les fortifications se liaient en-
CUAP. I.XIX. I775-I7.78. 1,65
semble ; tout le pays était coupé par des ravins et des défilés, en sorte qu’avec une petite force, habilement postée , on pouvait facilement arrêter les progrès d’une armée entière. Les troupes réglées de l’ile montaient à quatre mille hommes , sans compter la milice locale et d’autres renforts qu’on pouvait faire venir du continent voisin. 11 y avait en outre une station de douze vaisseaux de guerre pour garder la côte et assurer la communication avec le continent d’Amérique.
Cependant les Portugais ne tirèrent pas de tous ces avantages pour leur défense lê parti qu’ils auraient pu. Leur escadre se retira précipitamment à l’approche de la première .frégate espagnole détachée pour reconnaître l’île. Santa- Cruz fut abandonné sans brûler une amorce. Les deux forts intérieurs se rendirent sur-le-champ. Le gouverneur, don Antonio Mendoza, avec la partie des troupes la plus considérable , se réfugia dans l’intérieur du pays poursuivi par les Espagnols. Engagé dans un désert, sans moyens de subsistance , ne pouvant pénétrer jusqu’aux établissemens voisins , craignant à tout momeuf d’être attaqué par les sauvages , il demanda à capituler. Toute sa force, qui consistait en quatre bataillons de troupes régulières, deux cents canonniers et un régiment de milice , ,se rendit prisonnière de guerre. ,
l66 .. CHARLES Iîi.
Les Espagnols , après avoir pourvu à la défense de l’ile qu’ils venaient de conquérir, prirent leur direction vers le Rio de la Plata. Après quelques délais, occasionnés par des disputes qui eurent lieu entre le général et l’amiral, ils occupèrent sans résistance la colonie de Sacramento, objet de leurs longues contestations, ainsi que l’île adjacente de Saint-Gabriel, et tous les établissemens portugais situés dans cette partie de l’Amérique. (*)
' (*) Voici des détails authentiques sur ces événemcns que M. Ponce de Léon , uu des officiers espagnols qui firent partie de cette expédition , a eu la complaisance de me communiquer :
Le nombre des troupes embarquées à Cadix était de dix à douze mille hommes; l’escadre se composait de six vaisseaux de ligne et de plusieurs frégates avec d’autres bâtimens inférieurs , sous les ordres du lieutenant-général de marine le marquis de Casa-Tilly ; le commandement de l’armée et de l’éscadre Réunies avait été conféré au lieutenant-général don Pedro Cevallos, à qui l’on donna le titre de vice-roi supérieur, et sous les ordres duquel on plaça les vice-rois du Pérou et de Santa-Fé pour tout ce qui avait rapport à l’attaque des possessions portugaises, tant par terre que par mer.
La navigation fut longue à cause des calmes plats qu’on éprouva , et qui dispersèrent une grande partie du convoi : à la fin, après avoir croisé quelques jours devant l’ilot désert de l’Ascension , on put réunir neuf mille hommes pour le débarquement. Le vice-roi commandant était autorisé par ses instructions à se porter sur Rio-Janeiro, le Rio- Grande Je San Pedro ou l’ile Sainte-Catherine , à son choix.
cnAP. Badx. — 1776-1778. .167
(4 février 1777.) Tandis que ces événernens se passaient en Amérique , la mort de Joseph , roi ■ de Portugal , et l’éloignement du ministre Pom-
Dans le conseil de guerre qu’il convoqua , après avoir déclaré t|ue la diminution dgs troupes et d’une partie du matériel rendaient le succès contre Rio-Janeiro peu probable , il soumit à sa délibération la question de savoir si l'attaque contre l’ile de Sainte— Catherine serait préférable à celle contre le Rio de San Pedro.
Les opinions furent très partagées; le général commandant l’escadre fut d’avis de se diriger sur Monte-Video pour se ravitailler, ce dont on avait grand besoin après une aussi longue navigation. Dans cette divergence d’opinions des membres du conseil , le Vice-roi prit le parti de le dissoudre ; et en vertu de ses pouvoirs il ordonna d’attaquer l’ile de Sainte-Catherine. * »
En s’approchant de l’ile , on aperçut l’escadre portugaise qui avait quitté la -baie de Sainte-Catherine , et cherchait à éviter l’engagement avec l’escadre espagnole, à laquelle elle était inférieure en nombre , comme sous le rapport de la portée des batteriesdesbâtimens. L’escadre espagnole opéra tranquillement le débarquement ; et après avoir occupé le fort Saint-Joseph qui commandé l’entrée du port', lé vice- roi fit sommer le général portugais dé se rendre à discrétion et de remettre l’Jle , ai'tisi que les fort* qui en dépendaient sur la Jerre ferme. A la 'second? sommation le général ennemi rendit la batterie de Santa-Cruz? composée de cinquante pièce* de grosse artillerie sur la côte en face du fort Saint- Joseph , et qui commande de ce côté-là l’entrée de la baie.
Pendant que l’on était occupé à mettre l’ile en état de défense , on apprit l’arrivée du rèite du convoi à Montevideo. Un seul vaisseau de ligne, le San-Agustin , qui était
r68 chari.es m.
bal , qui en fut la conséquence, mirent'un terme aux> hostilités et amenèrent un changement complet dans la conduite et dans les rapports de ces , deux puissances. On convint immédiatement d’un
parti avec des vivres pour l’escadre espagnole, avait été pris par l’escadre portugaise. Cette circonstance ainsi que fapproclie de l’iiiver, firent arrêter le départ de l’expédition pour Monte-Video, après avoir fait les dispositions convenables pour mettre l’ile à l’abri de toute attaque. ..«
Lorsque l’armée eut été réorganisée avec de nouvelles * troupes,’ et avec les milices du pays, on attaqua la colonie de Sacramento. qui se rendit à discrétion.
Le vice-roi donna aussitôt l’ordre de démolir les fortifications et de construire avec leurs matériaux un môle dans
le territoire de Buénos-Ayres sur la bande opposée en face tle la colonie détruite. Le gouvernement n’approuva pas cette disposition du vice roi; et, soit méfiance de la part de Charles III, qui ne voulait pas que scs généraux se mêlassent d’affaires purement politiques, soit à cause de la mésintelligence de Cevallos avec le général commandant de l’escadre, le vice-roi fut disgracié.
Après avoir ordonné les mesures convenables poiïr la démolition des forts de la colonie , le vice-roi se dirigea avec son armée sur Rio-Grandc, et mit son quartier-général à Santa-Tliercsa ; ce fut là où il apprit la signature de la paix qui laissait à l’Espagne la possession de la colonie de Sacramento avec lesforts de Santâ-Theresa et de Santa-Tecla , reconnaissant les anciennes limites des possessions espagnoles sur la droite de la rivière de San-Pedro dans la direction au uord-est , jusqu’à Rio-Negro , et jusqu’aux établissemens et villages des Missions sur la frontière du Paraguay.
Djgitized by Coa^lV
CIIAP. LXIX. 1775-1778.
armistice, et le roi d’Espagne entra dans une négociation avec le Portugal sous les auspices les plus favorables.
Malgré les doubles mariages qui avaient eu lieu entre les deux maisons royales, Elisabeth Farnèse avait eu besoin de toute son adresse pour contenir la rivalité nationale pendant le règne de Philippe. I/influence' de la reine Barbe avait aussi contribué à calmer cette animosité du temps de Ferdinand; mais le système politique et les grandes vues de Pombal ne pouvaient que la faire * revivre dans toute sa force. La reine de Portugal n’exerçait, en sa qualité de princesse espagnole, aucune, influence politique, parce qu’on craignait qu’elle ne se proposât de réunir les deux nations. Il paraît que ce fut dans le double but de son élévation personnelle et du bonheur du Portugal , que Pombal conçut le projet d’annuler le décret rendu par les Cortès de Lamego, qui établissait la succession des femmes à la couronne, et de transférer celle-ci au successeur mâle immédiat , qui était Joseph , prince du Brésil, petit- fils du souverain régnant.
Il parvint à obtenir le consentement du roi : il prépara même l’acte de renonciation qui devait être ratifié et signé par la princesse. Le secrétai re-d’élat auquel Pombal se trouva dans la nécessité de confier ce secret, révéla le projet à
î^o CHARLES III.
la reine- mère. Elle avertit sa Hile de n'y point consentir, et en même temps elle en fit part à . son frèré le roi d’Espagne. En conséquence, lorsque Joseph présenta l’acte de renonciation à la princessé, pour qu’elle y apposât sa signature, •
elle demanda un délai sous prétexte de consulter sa mère. Le roi, s’apercevant que le secret était connu , se retira avec des marques de mortification et d’humeur. Par ce délai on gagna du temps , pour que la réponse pût arriver d’Espa- • gne; et Charles ayant déclaré sa résolution de % défendre les droits de sa nièce par la force , le roi et son ministre ajournèrent ou plutôt aban- < donnèrent tout-à-fait leur-projet. Ainsi, à la mort de son père, la princesse succéda sans opposition. *
La nouvelle reine avait de la reconnaissance pour Charles de l’appui qu’il lui avait prêté : le renvoi de Pombal aplanit les voies pour le retour de la bonne intelligenca entre les deux cours. Dans y cet état de choses, 'la* négociation commencée prit une direction nouvelle. La cour de Portugal s’aperçut de sa faiblesse et- de l’impossibilité où elle se trouvait de recevoir aucune assistance de la part de l’ Angleterre. Charles était enchanté <te gagner le territoire qui avait été l’objet d’une contestation aussi longue que violente. Un traité de limites fut en conséquence conclu et signé à Saint-lldephonse, le i er octo-
bre 1777, par le comte de Florida-Blanca et le plénipotentiaire portugais. (')
Ce traité réglait définitivement les trois sujets depuis si long-temps disputés. Quant au premier, le Portugal cédait la colonie de Sacramento, et avec elle la navigation du Rio de la Plata et des rivières Paraguay et Parana jusqu’au confluent du Peperiguazu avec l’Uraguay.
Le second point était l’arrangement relatif aux limites entre le Brésil et le Paraguay, surtout du du côté de Rio-Grande et de la côte de la mer , où les deux nations avaient eu constamment des prétentions opposées. Pour bien déterminer ces limites, l’Espagne céda une portion de territoire sur la Laguna-Grande et Mai r in , auquel elle avait prétendu jusqu’alors.
Le troisième point était la fixation des limites entre le Brésil et le Pérou. De ce côté l’Espagne, en compensation pour Sacramento, cédait une vaste région , peu connue, qui formait la plus grande partie du pays des Amazones, et un dis- • trict au sud-est du Pérou.
Par suite de cet arrangement, l’Espagne rendait File de Sainte-Catherine , et le Portugal abandonnait ses prétentions sur les iles Philippi-
(') Silva, Historia de Portugal tome III, page 98. Beccatini , Storia di Carolo ///, page 289. Voyage dèChdtelet en Portugal , avec les remarques ajoutées par Bourgoin, chapitre xvn. f v ' " " .
ft
nés , qu’il avait réclamées en vertu de la fameuse démarcation d’Alexandre VI.
Le roi d’Espagne profita de l’ascendant qu’il avait sur sa sœur pour resserrer les liens d’amitié avec le Portugal , en ralliant ce royaume aux intérêts de la maison de Bourbon. En conséquence , sous prétexte de lever quelques obstacles qui s’opposaient à l’exécution du traite' précédent, il attira sa sœur dans sa cour, et par son intervention il forma une convention de famille, stipulant l’union commerciale et politique avec le Portugal , selon les vœux exprimés dans la déclaration de guerre de 1762 , que , pour la paix ainsi quq pour la guerre, l’Espagne et le Portugal devaient être considérés comme appartenant au même souverain. Cette alliance fut ratifiée dans un traité conclu au Pardo, le 24 mars 1778. Le traité de 1668 et autres plus anciens encore furent renouvelés, en rappelant qu’ils avaient autrefois servi de base à l’étroite union qui avait subsisté entre les deux nations pendant les règnes de Charles 1 er et de Philippe III. L’un des deux royaumes ne pouvait entrer dans aucune guerre ou alliance, ni dans toute autre démarche quelconque, au préjudice de l’autre. Ils se garantissaient réciproquement les territoires respectifs , tant en Europe quô dans l’Amérique du sud, d’après les limites tracées dans le traité préliminaire dé 1777. Si l’tine des deux puissances se
trouvait engagée dans une guerre , la neutralité la plus rigoureuse devait être observée par l’autre, sous la réserve toutefois que, dans le cas d’invasion , la défense réciproque , promise par les deux couronnes, devait s’entendre sans manquer à leurs engagemens envers d’autres puissances.
Quant au commerce, le traité de 1G68 entre g l’Espagne et le Portugal, et celui de 1667 entre l’Espagne et la Grande-Bretagne furent pris pour base de leurs rapports mutuels, en établissant de plus l’égalité avec les nations les plus favorisées, et le renouvellement de ces privilèges, dont les sujets des deux nations avaient joui pendant le règne de don Sébastien , roi de Portugal. Les deux gouvernemens devaient former en conséquence un nouveau tarif des droits , conformément aux changemens survenus depuis l’époque de ces traités, spécifier et borner leurs prohibitions aux articles indispensables; ils auraient à faire une récapitulation de leurs privilèges réciproques du temps du roi don Sébastien, pour qu’elle fût insérée- dans le traité comme en faisant une partie essentielle.
11 fut encore convenu, à ce sujet, que pour, compenser les cessions faites par l’Espagne , aussi- ® bienque poilr faciliter aux sujets des deux nations la traite des nègres, sans dépendre des qftmpagnies étrangères, le Portugal céderait, à
l’Espagne les îles d’Aimobcu et de Fernando- Pô, sur la côte d’Afrique. (')
On fit les arrangemens d’usage relatifs à la protection à accorder réciproquement aux vaisseaux des deux nations, dans le cas où il serait besoin de faire l’extradition mutuelle des criminels , parmi lesquels on comptait les assassins , les faux-monnoyeurs et les déserteurs : d’autres articles , qui roulaient sur des intérêts temporaires ou locaux , furent aussi insérés dans le * traité. ( J )
Florida-Blanca regardait avec raison les traités avec le Portugal comme une des plus importantes et des plus ^tables opérations de son ministère. Dans le Cotnpte rendu de son administration ( 3 ), présenté au roi d’Espagne, il raconte flVfcc une, satisfaction toute particulière les difficultés qu’iF eut le bonheur de surmonter, et les avantages qui furent le résultat de cet arrangement.
Après avoir, parcouru rapidement l’histoire
(') Après que le privilège de Y Asiento eut été retiré à la . compagnie anglaise de la mer du Sud, l’Espagne faisait l’approvisionnement "des nègres, pour ses . colonies par l’entremise des nègocians particuliers.
(*) Traités de Saint-IldephonseetduPardo,^dans la collection de iVTarten : tome I. * .
( 3 ) C’est Y Apologie de son administration présentée par ; Florida-Blanca à Charles III , en octobre 1788, et plûîflard à son successeur Charles IV ; traduite de l’original espagnol. f 'ojrez a la fin des Mémoires. *1
Digitàed by"Gu®g[i
chap. Sn£ — 1775-1770! ^ rÿE
des disputes qui avaient précédé, et les arran- , gemens imparfaits conclus avec le Portugal, il t 1 fait cette remarque : « 11 m’était réservé de mettre • • Votre Majesté à même d’atteindre seule ce but. Ce fut un des plus heureux événemens de mon ministère , que d’avoif été à la fois le témoin et l’instrument de cette acquisition par laquelle on ôtait tout refuge à la contrebande des étrangers dans le centre du pays arrosé par le fleuve de la Plata , et de priver ainsi nos ennemis des moyens de troubler la paix de nos provinces par des insurrections , en s’appropriant les richesses de notre Amérique méridionale. Ces puissantes considérations déterminèrent le cabinet du dernier règne à céder le territoire de l’ibicui , compreliant plus de cinq cents lieues dans le Paraguay, seulement pour acquérir la colonie de Sacramento. Le traité de iy 5 o avait été conclu par le meme principe; mais Votre Majesté se trouva dans la nécessité de l’annuler par suite des intrigues des Jésuites, et de la répugnance de la cour de Portugal à abandonner les cessions faites à cette couronne.
u Par le dernier traité de 1777, et par la convention définitive dont il fut suivi, Votre Majesté a réussi à acquérir l’Ibicui et les places cédées dans le Paraguay , en étendant vos États jusqu’à la Éagujja Mairin ; tandis que par le traité de 1760 ils avaient pour limite Los-Cas-
176 * (iHAnLua 111.
tillosAiJrandes : Votre Majesté a ainsi acquis du côté de Maranon et de Rio-Negro tout H; territoire dont on avait besoin , et elle a aussi fix^les limites convenables pour la sûreté de ses pOS^essions.^*>
(( Cgux qui ne connaissent pas assez les intérêts véritables dé la monarchie espagnole, et qui ne rêvent que des acquisitions, sans s’informer si elles sont ou, non d’une* utilité réelle, ont'cén- , suré les conditions de nos derniers traiteS| ils* nous reprochent d’avoir abandonné la ville ‘de- Rio-Grhndc ^vec Laguna de los Patos et rendu ; l’ilç de Sainte-Catherine , que nous avions conquise. En nous adressant ces reproches , ils' ne considèrent pas que nou§ n’afVions prçjs droit, (le „ conserver Rio-Grande, en opposition au traité de^| Paris, et que le général don PedroÆevallôs luimême, qui s’en était empare, représentait sa^K possession comme entièrement inutile pour nousT*C Ils ne réftilêhissent point que l’ilëme Sainte-Ca- . therine, sans avoir un territoire contigu dans le Brésïf, nous aurait occàsionné une grande dépense sans aucun profit se trouvant exposée à des agressions , et devant nous être enlevéaéàc la première guerre; que la pèche de la baleine que ion y fait, peut se faire avec bien plus d’ avantagé- sur nos propres côtes de Buéips-Ayres et tout le long de la côte de la me* du Sud jusqu’au détroit de Magellm^, où pourtant nous néglt-
Vt
chap. lxix. — 1 775 — i yy8. ijn
- geons des profits bien autrement considérables. t + Enfin, ils devraient penser qu’étendre nos possessions dans le Oresd, ainsi que quelques uns le souhaitent, en vertu d’un titre, tel que la fameuse division faite par Alexandre VI , était un projet d'une exécution impossible, et, de plus, contraire aux engagemens antérieurs. Nous aurions encore dù céder , d’après ce principe , aux Portugais les îles Philippines, qui leur appartiennent en vertu de la démarcation faite par ce & pontife.
« L’utilité de ces contrées ne se bornait pas à ces seuls avantages et acquisitions. Sa Majesté obtint aussi la cession des îles Annobon et Fernando-Pô, avec la faculté de faire le commerce * des nègres directement avec la côte d’Afrique.
Ceux qui savent la nécessité où nous sommes de 1 1 nous servir des nègres dans nos vastes possessions des deux Amériques, les sommes immenses que nous avons payées jusqu’ici aux Portugais, aux Français et aux Anglais, des mains desquels nous les 1 ecevions , et aussi -bien celles' que nous payons maintenant aux derniers, sentiront aisément les avantages que nous devrons retirer de cette (acuité. Le bon ou le mauvais usage que 1 on a pu faire jusqu’ici de ces avantages, ne me , regarde nullement, n’ayant point été chargé de l’exécution du traité.
« A cela il faut ajouter que par ce traité nous v. 1 j 2
I y8 ' CHARLES m.
avons obtenu de la cour de Portugal l'offre de nous garantir la sûreté du Pérou et des autres provinces de l’Amérique du sud, non seulement contre les ennemis extérieurs, mais mêmecontre des commotions intérieures. 11 semble que nous ayons eu le pressentiment de la guerre imminente avec l' Angleterre , qui éclata en effet en 1779, puisque dans cette lutte , lorsque la cour de Londres voulut préparer une expédition contre le Pérou , les bons et puissans offices du ministère portugais empêchèrent cette tentative , afin de 11e se pas trouver compromis lui-même par les engagemens de la garantie. On sentira aisément quels résultats funestes aurait eu pour nous une expédition anglaise contre ces provinces pendant la fameuse rébellion de Tupac Amaro et de ses partisans. La main de la Providence avait évidemment tracé le traifé de Lisbonne, pour la protection de Sa Majesté et de cette monarchie , en préservant ainsi leurs vastes possessions..
« L’amitié et la bonne intelligence établies par le traité avec le Portugal furent très profitables pour nous dans la guei’re coutre l’Angleterre. Pour la première fois, nos ennemis ne se servaient point contre nous de la faculté de fréquenter les ports et les côtes du Portugal,' tandis que nous y trouvions un asyle et des facilités pour plusieurs objets importans. Le pavillon portugais nous rendit aussi le service précieux
. Digiti^c
de conduire une grande partie de nos trésors - Amérique sans aucun danger, surtout une somme de plus de trois millions de piastres, que le vaisseau le B tien- Consejo avait laissée dans de de Fayal, èt qui fut embarquée à bord d’un vaisseau de ligne portugais, envoyé exprès par la prévoyance de cette cour, afin d éviter quelle ne tombât entre les mains des corsaires. » (')
On ne saurait taxer d’exagération ces assertions de Florida-Blanca, car les effets du traité ne furent' pas moins rapides que remarquables dans les annales du commerce de l’Espagne. En détruisant la contrebande que ion faisait au nom du Portugal, le commerce de Bue'nos-Ayres reçut une nouvelle impulsion; et l’importance de cette colonie, comme position militaire et commerciale à la fois, fut élevée au plus haut degré dans cette partie de l’Amérique du sud. Afin . d’obtenir tous les avantages possibles du traité, la province du Paraguay fut aussitôt après érigée •
* cn vice-royauté, dont la capitale fut Buénos-
Ayres; toutes les restrictions que son commerce * éprouvait auparavant furent levées. Un exemple suffira pour démontrer la situation où l’on était 4 i, avant le tra,tc : les exportations de Buénos- Ayres n’excédaient pas annuellement deux mil-
(‘) Compte rendu do l’administration do Florida-Blanca.
Jpp.
. .vox<ud-i>iunca.
lions de piastres; elles montèrent après le traite jusqu’à cinq millions; et Ton peut affirmer sans hésitation que le§ importations furent augmentées dans une proportion encore plus élevée. (*) *
p) Voyages de M, le baron de Humboldt. » * *