‹ L'Espagne Sous le Rois de la Maison de BourbonChapitre 29 sur 47 · MMÉiKÉÉ · texte numérisé non relu

MMÉiKÉÉ

ig4 CHARLES III.

se montra disposée à accorder une amnistie générale aux colonies révoltées : elle promit de traiter avec elles comme avec des peuples confédérés pour la restauration du gouvernement légal et pour le redressement de leurs griefs.

En prenant le rôle d’arbitre, le roi d’Espagne fit bientôt voir sa partialité en faveur de la France; il se conduisit d’une manière opposée à ses protestations, en rejetant les modifications offertes par l’Angleterre, et en présentant un projet de pacification qui renfermait plus ou moins explicitement le principe fondamental d’indépendance posé par la France. On rédigea donc, d’apres ces suggestions, trois propositions différentes.

i°. Une trêve de vingt-cinq ans entre l’Angleterre et ses colonies, pendant laquelle la paix serait négociée , et les points en question , entre l’Angleterre et la France, réglés. 2 °. Une trêve avec la France , en y comprenant les colonies. 3°. Une trêve indéfinie avec les colonies et la France , à condition pourtant de réunir , en se prévenant un an d’avance , un congrès à Madrid , composé des plénipotentiaires des trois parties, dans lequel le plénipotentiaire de l’Espagne serait le quatrième. La convention devait être signée par les agens américains à Paris , et revêtue de l’approbation de leurs commettans , que la France prenait sur elle d’obtenir. En at-

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tendant, les colonies devaient jouir de la liberté de commerce et de l’indépendance de fait; l’Angleterre retirerait tout-à-fait ou réduirait au moins ses forces; ses communications avec les pays insurgés seraient réglées.

« Par un tel projetde paix, disaientlesministrcs anglais , on avait décidé tout ce qui était en quèstion : toutes les conditions rejetées s’y trouvaient insérées. » Ainsi l'Angleterre refusa d’y consentir , en déclarant que si on la forçait d’accepter des conditions semblables , il serait plus conforme à l’honneur et à la dignité de la nation de les accorder directement aux Américains eux-mêmes, plutôt que par l'intervention de la France. On accompagna ce refus du plus vif témoignage de respect et de considération pour la personne et pour le caractère du monarque» espagnol.

0' Mais avant que cette réponse définitive ne fût arrivée à Madrid, Charles avait déjà pris * son parti. Après avoir passé tout le temps de la • négociation à terminer ses préparatifs militaires et maritimes, il jeta le masque tout à coup , retira avec dépit sa médiation , et ordonna à sou ambassadeur de quitter la cour d’Angleterre sans le cérémonial d’usage, qui consiste à prendre congé.

Pour mieux déguiser sa défection, une lettre violente futécrite au secrétaire d’état, lord Wey

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moùth, par son ambassadeur Almodovar, dans laquelle, sans la moindre apparence de vérité , il accusait l’Angleterre de méditer une attaque contre Cadix , et un débarquement dans les îles Philippines. Cette lettre violente fut suivie d’une déclaration de guerre, contenue dans un manifeste très étendu et travaillé avec soin. C’est une des pièces les plus étranges qu’on puisse trouver dans la correspondance diplomatique : elle contient une longue et fastidieuse énumération des outrages que l’Espagne avait essuyés de la part de la Grande-Bretagne; tels que violation de territoire , insulte au pavillon espagnol , prises faites contre le droit des nations, sentences partiales des cours britanniques de l’amirauté, empiétemens et dévastations dans la baie de Honduras et sur la frontière de la Louisiane : ces griefs étaient énumérés avec une précision arithmétique véritablement plaisante. Les outrages commis contre des vaisseaux espagnols, y compris des paquebots, y sont portés à douze; les insultes à la marine espagnole, à quatre-vingtsix ; les invasions, de territoire , à onze ; et le nombre total des griefs, depuis 1776 jusqu’à 1-79, sans compter plusieurs autres petites offenses, se monte à plus de cent. On ajoutait à cette énumération un rapport non moins faux que partial de la dernière négociation , accompagné de plaintes sur le manque d’égards qu’on

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chap. lxx. — 1776 - 1779 .

avait montré pour la personne du roi d’Espagne, en rejetant sa médiation. Enfin, on reprochait au gouvernement anglais d’offrir aux Améri- ^ cains , soit secrètement, soit en public, des conditions bien autrement importantes que celles proposées en vain par l’Espagne, et de vouloir tromper les colonies par la forme d’un traité , afin de tourner leurs forces réunies contre la maison de Bourbon

Il a été avancé, par des personnes qui étaient a même de pouvoir juger sur cette matière , qu’avant la résolution prise par Charles, et lorsqu’il témoignait du mécontentement contre la France de ce qu elle avait reconnu l’indépendance des colonies, il eût été aisé , à la faveur de quelque concession importante, d’obtenir du moins sa neutralité. Ce qui pourrait appuyer cette opinion , c’est que son ambassadeur à 4^ Londres fit quelques insinuations relativement à l'offre de Gibraltar, faite par M. Pilt, et qu’il demanda un extrait de la dépêche mémorable faite a ce sujet; mais on ne saurait déterminer si cette insinuation fut sincère, ou bien si elle doit être considérée comme une de ces ruses diplomatiques si souvent employées. Il est surtout fort douteux que l’espèce de neutralité que l’Espagne aurait pu adopter alors n’eût point été trop chèrement payée au prix d’un aussi grand sacrifice. (*).

*(*) ^ oyez le Chapitre additionnel , article Foliliq ne ex-

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L’habileté reconnue de lordGrantham , chargé de conduire en même temps la négociation à Madrid , ne put surmonter l’influence de l’ambassadeur de France ni déconcerter ses manœuvres et celles de ses partisans; elle fut également impuissante pour faire changer la résolution prise d’avance par Florida -Blanca, de s’unir avec la France pour faire la guerre à l’Angleterre: il ne resta donc d’autre parti à prendre , au gouvernement britannique, que de justifier sa conduite aux yeux de l’Europe. 11 est assez remarquable que, soit dans les déclarations faites à ce sujet, soit dans la correspondance entre les deux cours, il existe plusieurs des griefs accumulés dans le manifeste espagnol, dont il ne fut nullement question, et que d’autres furent si légèrement traités, qu’il ne reste aucun doute sur le peu d’importance qu’on y attachait. (‘)

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têricure ; voyez aussi le Compte rendu de l'administration de Florida-Blanca , à la fin du volume.

(•) Correspondance entre lord Weymouth et lord Gran- ' tham , dans les Papiers de Grantham. Compterendu de l’administration de Florida-Blanca , n° 5 . Histoire de George 1 H,par Adolphus, vol. III, pages 16a et 17a, où l’on trouve un excellent rapport sur cette négociation, rédigé d’après les documens les plus authentiques. Collections de feuilles politiques tant anglaises qu’étrangères.

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