‹ L'Espagne Sous le Rois de la Maison de BourbonChapitre 30 sur 47 · PP · texte numérisé non relu

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Préparatifs de guerre faits par l’Espagne avant la déclaration des hostilités. — Alliances contractées dans le but de diminuer l’influence de l'Angleterre. — Traité avec Maroc. — Jonction des escadres de France et d’Espagne; leur apparition dans le canal , et leur retour sur leurs propres côtes. — Brouillerie momentanée entre la France et l’Espagne. — Blocus de Gibraltar. — Expédition de Uodney pour secourir cette place. — Perte d’un convoi espagnol. — Défaite de l’escadre aux ordres de don Juan de Langara Prise des flottes britanniques des Indes Orientales et Occidentales. — Expédition de l'amiral Solano aux Indes Occidentales. — Soumission de la Floride Occidentale. — Attaque des établisse mens anglais dans la baie de Honduras.

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S’il fallait encore des preuves que l’Espagne avait résolu de provoquer les hostilités, et qu’elle n’était pas de bonne foi pendant les négociations précédentes , on en trouverait de bien concluantes dans ses préparatifs faits de longue main, et dans ses arrangemens, tant publics que secrets, avec toute puissance ennemie déclarée de l’Angleterre, ou disposée à le devenir et à prendre part à la nouvelle lutte, fi’ est dans cette vue que Florida-Blanca continua la négociation que le ministère précédentavait commencée, de concert avec

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la France, avec Hyder Aly , contre la puissance anglaise dans l’Orient. Il se lia intimement aussi avec la Prusse, qui, depuis la paix de Paris, nourrissait une grande inimitié contre l’Anglegleterre. Il chercha à calmer le ressentiment passager que la conduite de la France avait excité dans la cour de Vienne, pendant la dispute sur la succession bavaroise ; il parvint également à faire taire la vieille haine de la Prusse contre l’Autriche, et, par sa coopération, fît tourner la plus grande partie du corps germanique contre l’ennemi héréditaire de la maison de Bourbon.

Les négociations du ministère espagnol s’étendirent jusqu’à Pétersbourg; il sut acquérir assez d’influence à la cour ou dans le cabinet russe pour affaiblir cette partialité , résultat de l’union longue et intime qui subsistait entre la Russie et l’Angleterre ('). Les représentations réunies de la France et de l’Espagne engagèrent l’impératrice, non seulement à abandonner l’idée d’aider l’Angleterre avec son escadre , en unissant ses armes à celles de la Prusse contre l’Autriche, mais à se laisser entraîner jusqu’à devenir médiatrice pour la paix de Teschez ( i3 mai 1779), en prévenant par là la continuation de la guerre

(' ) Florida-Blanca, dans son Compte rendu, n° 5 , avoue ces desseins hostiles contre l’Angleterre, et ne fait point un mystère de ce que la négociation avait donné la facilité à l’Espagne de faire scs préparatifs.

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CIIAP. LXXI. 1779-1781. 201

en Allemagne, ce qui aurait forcé les troupes françaises de se concentrer sur leurs propres frontières , au lieu d’être employées dans des opérations lointaines. (’)

Florida - Blanca favorisa en même temps les manœuvres de la France, tendant à maintenir la rivalité commerciale de la Hollande; et il leurra la cupidité de ce peuple , qui traitait avec la perspective de succéder aux privilèges commerciaux dont l’Angleterre avait joui jusqu’alors en Espagne.

Mais ses principaux efforts eurent pour objet les Etats barbaresques , dont l’amitié et l’assistance pouvaient contribuer essentiellement à l’attaque projetée contre Gibraltar, qui avait toujours été le point de mire de l’Espagne dans ses querelles avec l’Angleterre. Le mauvais succès de l’expédition contre Alger avait convaincu le'ministre que des hostilités ouvertes ne pourraient aboutir qu’à de nouveaux malheurs, et qn’on n’obtiendrait aucun résultat par ce moyen. 11 eut en conséquence recours à de nouvelles négociations, et se décida à entrer, pour la première * fois , dans un traité solennel avec des gens qui, jusqu’alors, avaient été considérés comme des ennemis irréconciliables, tant sous le rapport de la religion que sous celui de la politique.

L’empereur de Maroc se détermina d’envoyer

(■) Histoire de la maison d‘ Autriche..

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un ambassadeur à Madrid, sous prétexte de donner publiquement une satisfaction pour son attaque de Melilla ; cette ambassade était accompagnée de présens, qui sont dans ce pays-là les moyens en usage pour solliciter. Par l’entremise de cet agent, on conclut un traité qui éloignait le prince mauresque de l’Angleterre : il déposa même une partie de son trésor, comme gage de sa sincérité, ouvrit ses ports aux vaisseaux espagnols, et favorisa les projets de la cour dans ses opérations subséquentes. Outre ces avantages directs, l’amitié des Barbaresques donnait aux Espagnols la facilité de diminuer la force de leurs garnisons sur la cote d’Afrique, même sous le rapport de l’artillerie et des magasins. Voici l’observation que fit au roi Florida-Blanca, au sujet de ce traité : <( Votre Majesté sent mieux que tout autre combien notre embarras aurait été grand, si , en négligeant de former à propos cette alliance, l’Angleterre eût excité les Maures à ** attaquer Ceu ta ou Melilla, ou bien à traverser * .

toutes nos mesures pour former le blocus de Gi- # ! braltar, et pour l’approvisionnement de notre *

camp, par le moyen des croisières des pirates ’rjj « *•' du détroit. . g ' • $? ? • " ’

On doit compter au nombre des mesures qui '*>* # se rattachaient d’une manière directe aux vues * de l’Espagne l’alliance avec le Portugal, qui garantissait la sécurité des colonies de l’Amérique

du sud, et faisait d’un cabinet ennemi, un allié puissant, dont les Etats pouvaient seuls rendre une agression possible contre sa frontière.

Dans l’intérieur de l’Espagne, la politique avait été dirigée par le même esprit qui avait présidé à toutes les mesures prises à l’extérieur pour augmenter l’influence et le pouvoir de la couronne. On ne négligea aucun préparatif pour faire une guerre prompte et vigoureuse. L’amitié contractée avec le Portugal facilita l’arrivée des secours qui provenaient du Nouveau-Monde : on s’arrangea de manière à faire entrer des fonds dans le trésor, et les nouvelles taxes qui avaient été projetées en 1770, pour le cas où la guerre viendrait à éclater, furent mises à exécution. L’armée était plus nombreuse et mieux disciplinée et équipée qu'à aucune autre époque depuis la guerre de la succession. La partie disponible de l’escadre, sans compter les vaisseaux destinés pour le service et la protection des colonies, était composée de plus de quarante vaisseaux de ligne.

L’Espagne, munie de tels avantages, au-dedans et au-dehors, soutenue par de puissantes alliances, et possédant tout ce qui était nécessaire pour l’attaque et la défense, se flattait hautement que le moment était arrivé d’obtenir un ample dédommagement pour ses pertes et mortifications passées. Elle comptait pouvoir accabler

CHARLES lit.

une nation qui devait, selon elle, succomber sous les attaques reitérées de ses nombreux ennemis. On s’imaginait que la marine anglaise, jadis l’effroi de l’Europe , pourrait à peine' se mesurer désormais avec les escadres françaises. On tirait, avec un air de triomphe, l’induction que quarante vaisseaux de ligne de plus devaient rendre à la France, sans opposition, l’empire de la mer, et qu’on parviendrait, sinon à conquérir, du moins à humilier un pays qui avait été jusqu’alors le principal obstacle opposé à l’ambition de la maison de Bourbon , et dont le pouvoir et la prospérité avaient été tour à tour un sujet de crainte et un objet d’envie.

Pour mieux assurer cette supériorité de forces et prévenir les efforts que pourrait tenter l’Angleterre, l’entreprenant Florida-Blanca fut d’avis de mettre en mer pendant qu’on s’occupait de la négociation , projet qui aurait pu amener les résultats les plus décisifs; mais cette proposition ne cadrait pas avec la sollicitude du gouvernement , qui ne voulait pas compromettre la sûreté du commerce national; en outre elle était contraire aux scrupules de Charles, qui voulait éviter jusqu’à l’apparence même d’une agression. Il fut donc convenu que les escadres françaises et espagnoles seraient réunies, aussitôt que l’Espagne déclarerait être d’accord sur tous les points avec le cabinet de France.

Cil AP. LXXI. 1779-1781.

L’armée française qu’on rassembla sur la cote s’élevait à cinquante mille hommes. On prépara les vaisseaux de transport et tout ce qui était nécessaire pour effectuer un débarquement. La France, au moyen de ses intrigues, trouva dans le sein même de l’Angleterre des traîtres prêts à seconder ses desseins, au moment où les escadres combinées se préparaient à avancer, et à protéger le passage de l’armement au travers du canal. D’Orvilliers appareilla de Brest, le 3 juin, avec trente vaisseaux de ligne, avant même que leur équipement fût tout-à-fait. terminé, et que l’escadre anglaise fût en état de prendre sa station. 11 fil voile vers la côte d’Espagne. Arrivé devant le Ferrol , où une division de huit vaisseaux devait le rejoindre, il fit les signaux convenus; mais l’amiral espagnol , don Louis d'Arce, refusa d’obéir sous prétexte que le vent était contraire. 11 excusa plus tard sa lenteur et son refus , en élevant une dispute relative au rang et à la préséance(’). L’amiral français se dirigeant alors sur Cadix, il y fut rejoint par la grande expédition de trente vaisseaux de ligne, et par la division du Ferrol a son retour. Alors la force totale de soixante-huit vaisseaux de ligne, sans compter les frégates et autres bâtimens inférieurs , fit voile vers le canal.

Jamais, depuis le temps de la fameuse Ar-*

Compte rendu de Florida-Blanca.

mada, les îles britanniques n’avaient été menacées par une expédition aussi formidable, et elles s’étaient rarement vues si peu préparées à soutenir une guerre maritime. Le gouvernement anglais, endormi dans une profonde sécurité par les perfides protestations de l’Espagne, se reposait avec confiance sur l’intérêt évident de cette puissance à ne point favoriser la révolte des colonies; il n’avait fait aucun préparatif pour une défense proportionnée à la grandeur du danger qui le menaçait. L’escadre commandée par l’amiral Hardy, n’excédait pas trente-huit vaisseaux; et les efiorts qu’on fit pour lever des forces mili-r taires, et pour prendre les autres précautions contre un débarquement, ne servirent qu’à augmenter l’alarme universelle. Une terreur panique se répandit tout le long des côtes méridionales, au point qu’une foule de personnes cherchaient un refuge dans l’intérieur de l’île.

Mais la division , qui ne manque jamais de se mettre entre les Français et les Espagnols, lorsqu’ils font conjointement la guerre ( du moins l’histoire en offre la preuve), contribua à faire échouer un projet si bien combiné. Les escadres de France et d’Espagne , quoique couvrant une grande étendue de mer, ne rencontrèrent point, celle de l’amiral Hardy : elles arrivèrent à l’entrée du canal vers les derniers jours de juin. Mais tandis que les Espagnols étaient d’avis d’opé-

rer le débarquement sur-le-champ, les Français * persistèrent dans leur dessein , de de'truire auparavant l’escadre anglaise, qui, selon eux, devait être écrasée par l’immense supériorité de leurs forces. 11 arriva donc qu’après avoir croisé avec ostentation devant Plimouth, ils se dirigèrent de nouveau devant l’embouchure du canal.

Ayant passé la plus grande partie du mois devant les iles Sorlingues , ils finirent par essuyer la mortification de voir l’amiral anglais gagner l’entrée du détroit, malgré tous les efforts qu’ils eussent pu faire. Ils le suivirent au-delà de Plimouth; mais ils n’osèrent pas courir la chance d’un engagement partiel, dans la partie la plus resserrée du canal , où ils ne pouvaient profiter de la supériorité du nombre.

La perte d’un temps précieux décida delà destinée de l’expédition. Aussitôt que la première alarme eut averti la nation anglaise du danger qui la menaçait , des préparatifs de guerre se firent sur tous les points avec une activité inexprimable. Le pays, naguère si mal préparé pour sa défense, fut en un clin-d’œil en état de provoquer lui-même l’attaque au lieu de la craindre. Au contraire les escadres combinées, décimées par les maladies, suite forcée d’un équipement incomplet, surtout par les fatigues des plus pénibles opérations, perdant tout espoir de succès , effrayées de l’approche des tempêtes de

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• l’équinoxe, furent forcées de rentrer à Brest dans un état d’affaiblissement total. Si l’on excepte une insulte fâcheuse, mais sans aucun résultat, faite par les cours de Bourbon au pavillon britannique, insulte que l’on n’avait point éprouvée depuis que l’amiral hollandais Ruyter entra dans le poi’t de Ghatham, elles, n’obtinrent aucune autre compensation de leurs grands efforts maritimes, et ne remportèrent d’autre avantage de leur grande supériorité que la prise de 1 Ardent, vaisseau de soixante-quatre canons, qui tomba en leur pouvoir parce que son équipage croyait se trouver au milieu de l’escadre anglaise. L’Espagne ne recueillit d’autre fruit des magnifiques promesses de son allié, que la sévère et mortifiante leçon d’avoir échoué devant des forces inférieures. Les fatigues et les maladies enlevèrent à peu près trois mille hommes aux Espagnols.

La perte des Français fut encore plus considérable; et cet immense armement fut pendant plusieurs mois trop affaibli pour pouvoir reprendre la mer. (‘)

Cet échec amena une mésintelligence sérieuse entre les deux cours alliées. Elle s’accrut par le refus de la France de contribuer à la prise de Gibraltar et de Minorque, à la reprise des Florides, et à l’invasion de la Jamaïque.

(‘) Compte rendu de l'administration de Florida-Blanca. ttecciTim , page 3o4- Rapports officiels.

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Au milieu de ces opérations, Gibraltar avait été investi par terre et bloqué par mer. La détresse à laquelle était réduite la garnison faisait espérer h la cour d’Espagne la prochaine reddition de cette place. Elle connaissait l’énergie de la marine anglaise; l’armement qu’on équipait sous les ordres de l’amiral Ilodnêy , pour délivrer ce poste important, lui causait tant de crainte qu’elle termina avec la France un arrangement pourrendre vaine cette tentative. Les deux cours déployèrent une activité extraordinaire pour mettre leurs escadres délabrées en état de tenir la mer. Le comte d’Aranda lui-même, qui était alors ambassadeur d’Espagne à Paris , se rendit à Brest pour presser les préparatifs. Un plan fut tracé pour distribuer les forces maritimes dans des parages où l’on croyait pouvoir couper la roùte à l’escadre anglaise.

Elle devait être attaquée devant Brest par une escadre combinée de quarante vaisseaux. En supposant même^ qu’elle fût assez heureuse pour échapper à ce danger, on avait pris les mesures nécessaires pour réunir une escadre de quinze vaisseaux , tii'és des ports de Galice , auxquels se joignaient d’autres vaisseaux employés pour le blocus de Gibraltar, dans le but de l’attaquer lorsqu’elle entrerait dans la Méditerranée. (')

Un singulier concoure d’événemens extraor-

('} Com/>te rendu de l'administration de ï'Iorida-Bianca.

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3ï0 W . 1 CHARLES III.

dinaires que la prudence humaine ne pouvait prévoir, mais surtout la promptitude et la 'grande habileté de l'amiral anglais, firent échouer ces projets ambitieux. Florida-Blanca avait calculé qu’après avoir pourvu à la défense du canal, la cour d’Angleterre n’oserait détacher qu’une douzaine de vaisseaux tout au plus pour des opérations éloignées. Cette conjecture acquit une ^ > plus grande force par des ordres expédiés de l’amirauté d’Angleterre, dont Almodovar^ parvint, par ses espions, à obtenir des copies qu’il envoya en Espagne. Mais aussitôt que les prépa- • ratifs furent terminés, Rodney partit avec vingt vaisseaux et passa devant Bre$t, avant que l’ escadre combinée ne fùt~prête à se mettre en mer. » A

La fortune se plut à couronner ses efforts : à peine était-il arrivé sur les côtes d'Espagne qu’il aperçut un convoi de quinze voiles, escorté par • un vaisseau de soixante-quatre et quatre frégates, qui avaient été équipés par la compagnie de Caracas, pour transporter une grande quantité de munitions et de vivres de San Sébastian à Cadix.

Pas un seul de ces vaisseaux n’échappa; les munitions furent envoyées en Angleterre , et les pro- \ visions contribuèrent à augmenter celles destinées * pour la garnison de Gibraltar qui en manquait. ■*, Cette prise fut le prélude d’autres succès plus signalés. Dans ce moment critique, les vents de l’équinoxe empêchèrent la jonction des deux es-

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cadres espagnoles dans le détroit. Celle du blocus, commandée par don Juan de Langara, gagna le large dans la Me'diterranée. Celle de Galice, sous les ordres de don Luis de Cordova , après avoir , beaucoup souffert dans la traversée, se réfugia à v Cadix. Langara, qui s’était refait à Cartliagène, put reprendre sastation. Mais on apprit alors que,

loindenavoirqu’undétacbement, l’amiral anglais

s’était mis en mer avec presque toutes les forces g de l’escadre du canal. Les ordres envoyés h Cadix iy arrivèrent trop tard pour prévenir le départ * de Langara ('), qui, après avoir été forcé de gagner le large par un grand coup de vent, se trouva en présence de l’escadre de Rodney, vers le cap de Saint- Vincent. ?Surpris et confus de l’apparition subite de forcés aussi supérieures, ilchercha !* <on salut dans la fuite ; mais ni le temps orageux , ni les rochers de la côte, ni l’approche de la nuit ^ ne purent déconcerter l’habileté et le courage de l’amiral anglais. Une prompte manœuvre de sa part sépara Je ses ports l’amiral espagnol, à qui il * ne resta d’autre parti à prendre que de soutenir l’honneur de son pavillon par une brillante, mais inutile défense ( 16 janvier 1780 ). L’engagement commença à quatre’ heures du soir et dura pendant huit heures, au milieu d’une tempête horrible, et malgré l’obscurité d’une nuit profonde. Le vaisseau espagnol de soixante-quatorze «

(*) Compte rendu de Florida-Blanra.

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Santo-Domingo sauta en l’air dès le commencement de l’action, six autres vaisseaux amenèrent successivement leur pavillon , deux furent jetés à la côte , quatre seulement purent échapper. Tous les capitaines soutinrent avec courage l’honneur du pavillon national, mais rien ne fut comparable à la défense du commandant en chef. Quoique couvert de blessures, ayant perdu tous ses mâts, il soutint le feu contre quatre vaisseaux ennemis, depuis le commencement jusqu a la fin de l’action; et il n’amena son pavillon que lorsque le vaisseau qu il montait était sur le point de couler bas. (‘)

Après cedésastre, la marine espagnole ne futplus en état de se relever pendant la durée delà guerre/ L’amiral Rodney resta un mois dans le port de Gibraltar; six vaisseaux, partis de Brest sous les ordres de l’amiral Gaston, n’osèrent l’attaquer dans son mouillage, ni s’opposer à sa sortie. La délivrance de Gibraltar et de Minorque fit échouer totalement les espérances et les projets de l’Espagne. L’amiral victorieux mit à la voile avec une partie de son escadre pour aller cueillir de nouveaux lauriers dans les Indes-Occidentales.

Les Espagnols, qui naguère étaient assaillans, se virent réduits à la nécessité de se défendre. On ne négligea aucune mesure pour mettre les colonies à couvert d’une attaque de la part des An-

(') Beccatiki , page dia. Documens officiels.

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glais. L’amiral Solano, à la tète d’une escadre de douze vaisseaux de ligne et de soixante-trois bâtimens de transport, ayant à bord des troupes et des munitions, fut envoyé à la poursuite de Rodney : il devait rejoindre les forces françaises dans les Indes-Occidentales. En Europe , les échecs éprouvés par les cours d’Espagne et de France opérèrent un démembrement momentané de leurs forces. Le roi Charles, contrarié de la nonréussite de la première expédition contre l’Angleterre, refusa de coopérer à l’essai d’une seconde, et donna ordre à son escadre de ne pas quitter les côtes de la Péninsule.

Cependant le ministi’è espagnol ne s’endormait pas ; il saisit l’occasion favorable de prendre sa revanche contre les Anglais, en obtenant un avantage qui diminuât l’impression des désastres précédens. Averti par ses émissaires en Angleteri’e que les deux flottes réunies , portant des approvisionnemens et des marchandises aux deux Indes, étaient sur le point de se mettre en mer avec une faible escorte , Florida-Blanca conçut le projet de s’en emparer au moment où elles se sépareraient à la hauteur des Açores. Il obtint, à cet effet, une permission du roi, qui ne l’accorda qu’à regret, et écrivit de sa propre main les ordres nécessaires pour l’amiral Cordova, croisant alors avec Gaston dans le détroit. La fortune couronna son opération du plus brillant^ succès. v 4 "- , yW i ïw i. • '"T \

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