‹ L'Espagne Sous le Rois de la Maison de BourbonChapitre 31 sur 47 · J»' -TC · texte numérisé non relu

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CHAULES III.

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Les Anglais, qui étaient loin de soupçonner si près d’eux l’escadre des Bourbons, furent stupéfaits et consternés de son apparition subite. Le . convoi tomba tout entier au pouvoir des Espagnols; un vaisseau de guerre et une frégate qui servaient d’escorte parvinrent à s’échapper, non sans beaucoup de peine.

Jamais une prise aussi riche n’était entrée dans le port de Cadix. Une nation accoutumée à ne craindre que des résultats toujours funestes dans ses guerres avec l’Angleterre, toujours dans la cruelle alternative de la ruine de sa marine, de l’agression contre ses colonies , ou de la perte de ses trésors, se voyait avec une surprise égale à sa joie, maîtresse d’une flotte anglaise d’environ soixante voiles, d’un convoi de prisonniers qui comptaient dans leur nombre des personnes de tout rang et de tout état, de mille huit cents soldats des compagnies royales des Indes-Orientales et Occidentales, et enfin d’un biitin en munitions et en marchandises de la valeur d’un million de piastres (*). L’importance de cette prise inattendue devenait encore plus grande par la détresse et l’embarras qu’une perte semblable^ devait causer aux établissemens anglais auxquels elle était destinée. (’)

O Florida-BIauca estime la valeur de eette prise à cent quarante millions de réaux. »

(‘) Compte rendu de l'administration de Florida-lilanca.

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Pendant ces opérations , le gouvernement espagnol ne restait pas inactif dans le Nouveau- Monde. Au moment où les Américains, de concertavec les Français, occupaient toutes les forces de la Grande-Bretagne, on conçut l’idée d’attaquer la Jamaïque et les autres îles sous le vent : Solano devait être employé à cette expédition. 11 arriva sans accident dans les Indes-Occidentales , ayant trompé la vigilance de Rodney , qui cherchait à s’opposer à son passage ; et il opéra sa jonction avec l’amiral français, de Guichen, près de la Dominique. Leurs escadres réunies formaient une force de trente-cinq vaisseaux ,* et leur expédition , tant militaire que maritime , paraissait plus que suffisante pour contrebalancer toutes les forces anglaises dans ces contrées ; car l’escadre britannique n’était que de vingt voiles , et les colonies n’avaient que de faibles garnisons. Il faut ajouter aussi que la peste du convoi important des Açores les privait de munitions et d’objets nécessaires pour la défense. Mais nulle prévoyance humaine ne put faire éviter à leurs ennemis les désastres qui accompagnent ordinairement les opérations militaires dans les climats meurtriers ; l’entassement des troupes à bord des bâtimens de transport, la longueur de la traversée , le changement de température, et surtout le manque de précautions, produisirent une maladie contagieuse qui , après avoir

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ravagé l’expédition espagnole, porta son influence funeste sur Eesçadre française. Cette mortalité cilroyable découragea les soldats, et épuisa en même temps les moyens nécessaires pour tenter l’entreprise projetée. Pour comble de malheur, on vit éclater dans cette position fâcheuse les mêmes querelles et l’ancienne animosité qui avaient divisé les deux nations. Les deux escadres se séparèrent après avoir tenté quelques efforts infructueux pour arrêter les progrès de la contagion (le 5 juillet). De Guichen revint en Europe avec le convoi ; Solano se dirigea vers la Tiavane , pour favoriser les opérations militaires que l’on préparait alors coutre la Floride.

Les Espagnols lurent plus heureux sur le continent d’Amérique que sur les mers de l’Europe. Après avoir terminé les préparatifs nécessaires, don Bernardo Galvez , gouverneur de la Louisiane, commença les hostilités aussitôt que la cour d’Espagne annonça qu’elle faisait cause commune avec la France. 11 fit avec deux mille hommes une irruption dans la Floride occidentale, qui, pour toute défense, avait mille huit cents hommes , dont la majeure partie était à Pensacola, et le reste disséminé dans différentes garnisons. Après avoir reconnu formellement l’indépendance de l’Amérique (le 19 avril), il mit ses troupes en mouvement, remonta le Missis-

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sipi, et s’empara, après un siège de neuf jours,

* d’un fort situe à l’embouchure de i’Ibbeville, qui

It ^ * était défendu par cinq cents hommes ( 7 sep-

tembre 1779). Ensuite il continua de remonter *• * . la rivière jusqu’aux Natchez, occupa les forts et * Jr les établissemens qui formaient la barrière de cette province à l’ouest, et pénétra dans un pays fertile qui n’avait pas moins de douze cents milles d’étendue.

Il attendit le retour de la belle saison pour reprendre les opérations militaires, et concerta avec le gouverneur de la Havane un plan pour s’emparer de Pensacola et du reste de la province. Dans ce dessein, il embarqua ses troupes à la Nouvelle-Orléans, et se dirigea, sous l’escorte de quelques frégates et autres bàtimens légers, vers la baie de Mobile, où de nouvelles forces arrivant de la Havane devaient le rejoindre. Après un mois d’une lutte continuelle et pénible contre les coups de vent et les tempêtes, assez ordinaires dans ce climat, plusieurs de ses vaisseaux furent fortement endom- * magés, huit cents de ses hommes furent jetés sur les plages, sans armes, sans vètemens et sans

aucune espece de ressources. Les espagnols sup-

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naufragés, et prépara tout pour exécuter la tentative désespérée de prendre Mobile d-assaut. Au même moment, il eut le bonheur de voir arriver une partie des secours qu’il attendait de la Havane; il espéra que le reste ne tarderait pas.

Il embarque ses troupes , et après mille nouveaux obstacles qu’il fallut vaincre , il prend terre à trois lieues du fort ( 14 ‘mars 1780), défendu par deux cent quatre-vingt-quatre hommes , y compris les habitans. Bientôt les approches sont pratiquées; trois jours après, une batterie commence le feu avec un tel effet, qu’avant la nuit les assiégés demandent à capituler. La garnison se rendit prisonnière de guerre; et tel fut le bonheur qui accompagna cette prompte expédition , que les troupes sortaient de la place au moment même où le général Campbell, commandant militaire de la province , se présentait sous les murs J de la forteresse, avec onze cents hommes, destinés à la secourir; mais il n’était plus temps.

Le fort fut occupé sur-le-çhamp, et les dispositions si bien prises pour sa défense , que le commandant anglais n’osa pas risquer l’attaque. Le reste de la saison se passa dans des engagemens partiels : l’intervalle jusqu’au printemps suivant fut consacré aux préparatifs nécessaires à la soumission de Pensacola. Galvez reparut à la Havane pour hâter les dispositions, et reprit le cours de ses travaux à la tête d’une

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y CHAP. LXXr. — 1779-1781. 219

expédition nouvelle , de huit mille hommes , qu’il mit en mer dans le commencement de 1781 . 11 fut encore cette fois assailli par des ouragans qui lui firent perdre quatre de ses principaux bâtimens, avec deux mille hommes. Ce contretemps le força de rentrer à la Havane; mais 1 ’arrivée de l’escadre de Solano lui donna la facilité de se réparer et de reprendre l’exécution de son projet. Il remit donc de nouveau à la voile , avec une force de cinq mille hommes , sous l’escorte de cinq vaisseaux de ligne; le reste de l’escadre le suivit au nombre de quinze autres vaisseaux. Aucune force maritime ne pouvant s’opposer à son débarquement , il l’effectua sans difficulté, et commença l’attaque par terre et par mer à la fois. La garnison lui opposa d’abord une très vive résistance , quoiqu’elle ne fût formée que d’un mélange singulier d’étrangers , de nègres, d’indiens, et qu’elle n’eût que très peu de troupes régulières; mais aucune défense ne pouvait contre-balancer la supériorité marquée du nombre et l’avantage de la position des assiégeans. Les tranchées furent ouvertes lentement, mais avec régulai'ité. Les batteries dirigèrent leur feu contre les ouvrages extérieurs qui couvraient la ville. Un obus éclata dans le magasin de la batterie ennemie principale; les assiégeans profitèrent de la confusion qui en l’ésulta, et s’établirent sur ses- murs et sur les ouvrages

qui en dépendaient. Cet accident décida de la destinée du siège. Placé dans cette position , le feu même de la mousqueterie balayait toutes les fortifications de la place. Le gouverneur, qui ne pouvait plus maintenir ses troupes dans leurs postes, obtint une capitulation honorable. La garnison , composée de huit cents hommes , sortit avec les honneurs de la guerre; elle fut traitée avec les égards dus à sa bravoure par un vainqueur généreux. La réduction de Pensacola compléta la soumission de toute la province. (•)

Au moment où Galvez attaquait les forts sur le Mississipi , le gouverneur de Yucatan commençait les hostilités contre les colons anglais dans la baie de Plonduras. Il dévasta Saint-Georges , le premier de leurs établissemens ; mais ces colons courageux et entreprenans parvinrent à arrêter les progrès des Espagnols , jusqu’à ce que l’arrivée inattendue d’une petite escadre , et des secours apportés de la Jamaïque , leur fournit les moyens de prendre leur revanche et de venger l’agression. Une division de vaisseaux régi. rtros , richement chargée, s’étant réfugiée dans le mouillage défendu par le fort de San-Fernaudo de Omoa, ils conçurent le projet hardi d’attaquer cette forteresse, dont la construction avait été faite avec soin et d’après toutes les règles de l’art.

(’) Becxatini. Rapports officiels.

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CHAP. LXXT. 1779-1781. 221

Privée d’artillerie pour battre les murailles, cette petite force de cinq cents hommes, colons , matelots et soldats , escaladèrent la forteresse défendue par un nombre d’hommes presque égal , et enlevèrent les fortifications avec un courage extraordinaire. Pendant la confusion de l’assaut, cent hommes de la garnison parvinrent à se sauver ; mais quatre cents , à peu près , furent faits prisonniers. Le trésor, cause de l’attaque, fut mis en sûreté; on trouva a bord des vaisseaux qui étaient à l’ancre dans le port, plus de trois millions de piastres, y compris une quantité considérable de mercure destiné à l’exploitation des mines , que les vainqueurs refusèrent de laisser, malgré les fortes sommes qu’on leur en offrait s’ils consentaient à ne point l’emporter.

( 24 octobre 1779. ) Ce succès amena une convention entre les officiers anglais et espagnols pour délivrer les colons prisonniers. Une garnison anglaise resta dans le fort ; mais l’insalubrité de la position le fît bientôt évacuer : on rendit l’artillerie inutile au service, et les fortifications furent rasées de fond en comble. (')

(') Annual register 177g, 1781. Adoi.phus, tome III, page ig 3 . Bf.ccatini, pages 307, 3 og. Rapports officiels. Beatson , tome VI , page t 63 .

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avoir pour résultat d’affaiblir la confiance mutuelle entre la France et l’Espagne. En conséquence , on persuada à M. Hussey de retôurner à Madrid sous prétexte de ses affaires personnelles, mais sans l’autoriser toutefois, en aucune manière, à faire une promesse quelconque relativement à Gibraltar. Avec le consentement* exprès du' roi d’Angleterre, il était porteur de la lettre que George Germaine lui avait écrite, afin qu’il pût accréditer sa mission : elle était conçue en ces termes : v ' - ..

(( Ayant appris votre intention de vous rendre à Madrid , où vous devez avoir , à raison de vos connaissances, de fréquentes occasions de vous entretenir avec des personnes de haut rang et qui exercent des fonctions publiques, je suis très persuadé que vous ne manquerez pas de profiter de toutes les circonstances qui pourront se présenter pour cultiver les dispositions du ministère espagnol vers le renouvellement de cette bonne harmonie entre les deux nations, qui, à leur grand préjudice, a été dernièrement interrompue. Comme j’ai sujet de croire que les dispositions du ministre espagnol sont telles eu ellèt que je viens de le dire , il est sage et conforme à une saine politique de songer à ce que, dans les explications que vous pourrez avoir avec les hommes chargés des affaires de ce pays-là , vous * ne vous avanciez pas trop, et que vous vous

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