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CHAP. I.XXir. 1779 - 1781 . 225
borniez seulement à ce qui pourra confirmer l’Espagne dans l’intention qu’elle paraît avoir de faire un accommodement avec la Grande-Bretagne ; la confiance qu’inspire la droiture de votre conduite est telle que je vous assure, tant de la part de lord Norlh que de la mienne, que vos représentations seront accueillies avec la considération la plus amicale ; et s’il arrivait que , donnant un libre essor à vos penchans, vous fussiez un jour autorisé à nous faire quelques ouvertures de la part de l’Espagne, relatives à une pacification qui intéresse si essentiellement les deux royaumes, je peux vous donner la pleine assurance qu’elles seront discutées ici avec toute la sincérité et la bonne foi possibles. »
C’est d’après le rapport rempli d’intérêt, fait par M. de Cumberland, que nous allons mettre sous les yeux de nos lecteurs le cours progressif de cette négociation à laquelle nous ajouterons seulement quelques remarques qui serviront à la faire encore mieux connaître. (*)
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{') Mémorandum très curieux écrit par M. de Cumberland , que j’ai trouvé parmi les papiers de sir Porten. Comme sa relation fait inünimcnt d’honneur à sa capacité et à sa discrétion , et que d’ailleurs sa mort arrivée depuis peu m’affranchit de la contrainte qne j’aurais éprouvée sans cela pour le rendre public, cette pièce servira d 'addition importante au compte qu’il a rendu , dans ses Mémoires , de la négociation dont il s’agit. *
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« M. Hussey partit de Londres le 5 décembre i 77 9 : il arriva à Madrid le 29. Son caractère, ainsi que sa position a la cour , lui facilitèrent tout de suite un entretien avec Florida-Blanca , à qui il montra la lettre de lord George Germaine, en ajoutant pour sa part en même temps les protestations convenables, afin de faire mieux sentir la nature de son message et la disposition bienveillante de sa cour. Il trouva le ministre prévenu par des impressions fâcheuses qu’ Almodovar avait pu lui donner; mais il chercha à les dissiper soit par des raisonnemcns , soit par des détails venus à sa connaissance par les instructions de lord George , et par les conversations qu’il avait eues avec lui avant son départ de Londres. Au bout de quelques entretiens, ces mauvaises impressions furent graduellement affaiblies. Seulement on lui objecta que les ouvertures indiscrètes et mal digérées au sujet de la cession de Gibraltar avaient été faites par le commodore Johnstone, et qu’un courrier qui se trouvait à Lisbonne les avait, à la vérité, apportées de sa part, que tout portait à croire que le but secret de cette demande paraissait être d’exciter des méfiances et des soupçons entre les cours de Madrid et de Versailles.
« Malgré cette observation, M.
loyalement pour remplir l’objet de et il profita d’une conversation qu
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Florida-Blanca pour le sonder sur l’engagement suppose de l’Espagne avec la France de ne point faire la paix sans sa participation et sa concur-^ rence. Le ministre se laissa prendre au piège. Pique au vif de cette insinuation , il courut à son cabinet, revint avec ses papiers, et les mit entre les mains deM. Hussey, en déclarant sur l'honneur que ces documens renfermaient tout ce qui avait été stipulé entre les deux cours alliées, et qu’il n’y en avait aucun qui liât l’Espagne de la manière indiquée. Elle était libre de faire la paix avec l’Angleterre, mais le ministre n’était pas bien sur de la sincérité du cabinet anglais; il ajouta avec emphase que Gibraltar devait être la condition indispensable de la négociation. On parla ensuite des compensations, quoique d’une manière peu précise à la vérité : il fut question des sommes considérables pour les munitions et F artillerie de la place, des privilèges pour le commerce, de l’accommodement relatif S l’Amérique, et des cessions réciproques de territoire. Enfin le comte de Florida-Blanca écrivit de sa propre main une lettre adressée â M. Hussey , à qui il la remit, renfermant les mêmes dispositions générales en faveur de la paix, que celles de lord George Germaine. On donna en même temps à M. Plussey des instructions particulières pour qu’il pût y conformer son rapport aux ministres anglais, et il quitta Madrid avec promesse
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d’envoyer une réponse , ou d’y revenir avant la fin de février. Sa Majesté Catholique approuvait beaucoup toutes ces démarches : elle donna sa bénédiction à M. Hussey au moment de sou départ, en lui recommandant de revenir bientôt avec le gage de la paix. ’ ..
( i78o.)'« M. Hussey quitta Madrid le 9 janvier 1780, et arriva le 29 à Londres. Je le vis le soir même de son arrivée, et je reçus de lui les plus sincères et les plus favorables communications sur les diverses circonstances de son voyage à Madrid, ainsi que les détails les plus minutieux relativement à l’état de la cour, à l’esprit national, et à leur disposition vis-à-vis de la France. Aucune preuve de sa bonne foi 11e fut oubliée. 11 aurait fallu que j’eusse fermé les yeux à la lumière pour ne point me rendre à l’évidence de témoignages de candeur si peu équivoques. Il fit part avec la même sincérité à lord George Germaine du sujet de ses nombreux entretiens avec le ministre espagnol, et lui exposa les instructions quiluiavaientété communiquées.
La négociation occupa alors le cabinet, qui ., consacra quatre conseils successifs à la discuter.
11 parait que le résultat de la délibération fut de rédiger un certain nombre de conditions qui devaient servir de base à l’accommodement proposé.
a L’importance deGibraltar, y observait-on , est
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si grande, et l’amour-propre national est si intéressé à la conservation de cette place d’une nature extraordinaire, qu’il serait impossible à quelque ministère que ce fût de la rendre sans stipuler avant tout un équivalent. Ceci me conduit tout naturellement au but principal de cette affaire; or, ce but , le voici : comme il est très avantageux de décider l’Espagne à signer la paix séparément, Gibraltar pourrait; être restitué aux conditions suivantes :
« i°. L’Espagne cédera et garantira à l’Angleterre l’ile de Porto-Ricco.
v 2 °. Elle cédera et garantira aussi à lu Grande- Bretagne la forteresse d’Omoa et son territoire. (Pour la rédaction de cet article, il faudra consulter les personnes qui connaissent ce pays, et la nature du commerce que nous y faisons. ) .
« 3°. Elle cédera et garantira également à la Grande-Bretagne, un port et une étendue de terrain convenable pour bâtir une forteresse dans la baie d’Oran.
« 4°. Non seulement elle achètera au prix de leur valeur réelle tous les effets militaires et l’artillerie qui resteront à Gibraltar, mais elle remettra avant de prendre possession de la place une somme de deux millions sterling ( dix millions de piastres), pour compensation de ce qui a été dépensé dans les fortifications depuis que l’Angleterre la possède.
« 5°. Elle fera une paix séparée avec la Grande- Bretagne; renoncera à ses engagemens avec la France dans tout ce qui pourrait l’obliger à prendre part dans la présente guerre , ou dans toute autre contre l’Angleterre ; confirmera le traité de Paris dans toutes ses dispositions, à l’exception des modifications occasionnées par les articles précédens.
« 6°. Elle s’engagera, dans les termes les plus précis et les plus solennels, a ne point donner des secours aux colonies anglaises de l’Amérique, à ne recevoir aucun de leurs ministres ou agens, et à ne point permettre l’arrivée de leurs vaisseaux dans aucun port de la domination du roi d’Espagne. Elle promettra d’aider la Grande-Bretagne à soumettre ses colonies; et si cette clause ne peut pas être obtenue, nous insisterons du moins pour que l’Espagne s’engage d’une manière explicite à n’accorder aucun asyle dans ses Etats aux sujets du roi regardés comme rebelles, et pour qu’elle les force de partir une semaine après que la demande en aura été faite par les ministres du roi, au nom de Sa Majesté. Cette stipulation sera réciproque, et le roi s’engagera à agir de meme à l’égard des sujets rebelles de la couronne d’Espagne. On conviendra d’un armistice aussitôt après que les articles ci-dessus seront signés et ratifiés; mais la cession de Gibraltar de notre part , et celle de Porto-Ricco de la part de l’Es-
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pagne n'auront lieu qu’après que la rébellion d’Amérique sera terminée. (*)
« Enfin, continue M. de Cumberland, il fut décidé que les secrétaires d’état réunis communiqueraient à M. Hussey le résultat de ces délibérations, et l’opinion du gouvernement britannique, relativement à l’accommodement projeté avec l’Espagne. Ea chose eut lieu chez le comte d’Hillsborough devant lord Stormont (*). Il y fut dit à M. Hussey : « Qu’il pouvait affirmer sans hésitation que le roi et ses ministres étaient dans les meilleures dispositions au sujet de la paix eide la bonne intelligence avec l’Espagne ; que la guerre dans laquelle l’Angleterre se trouvait engagée avait eu lieu sans qu’elle eût été précédée par aucune provocation de sa part; enfin, que la conclusion de la paix se trouvait entre les mains de l’Espagne , si elle voulait s’en tenir aux bases du traité de Paris. Dans le cas où elle eût pu désirer un plus intime rapport et une union plus efficace avec ce pays, au moyen de concessions réciproques de territoires, l’Angleterre serait toujours disposée à écouter ses propositions. » A l’égard de Gibraltar, 011 ne laissa échapper aucune syllabe qui eût pu bercer les espérances
C) Il faut avouer que si Fort jugeait politique de céder Gibraltar, ou ne négligeait pas de demander des compensations.
(*) Secrétaire du département du nord.
de l'Espagne sur cet article, qui faisait 1 objet principal de ses désirs. Tout au contraire , lord Stormont, non sans une certaine véhémence de paroles et de gestes, dit à M. Hussey : « Que si l’Espagne lui mettait devant les yeux la carte de ses États pour qu’il fit choix d’un équivalent de Gibraltar, et qu’elle lui fixât le terme de trois semaines pour se décider, il ne pourrait, dans ce délai , trouver parmi toutes les possessions du roi d’Espagne rien qui pût compenser la cession de cette place. » Les secrétaires d état assurèrent aussi à M. Hussey que, quant à l’intrigue du commodore Johnstone et aux ouvertures qu’il avait faites concernant Gibraltar , lord North et les membres du conseil réunis, et en particulier, déclaraient qu’il n’avait reçu aucune autoi'isation pour cette affaire ni pour aucune autre qui eût rapport à des négociations ; qu’il n’avait d’autre qualité que celle de capitaine commandant une croisière, et que ses opérations ne pouvaient être attribuées qu’à son caractère porté naturellement à l’amour des projets, et en aucune manière à des pouvoirs dont il eût été revêtu. On engagea, à cet égard, M. Hussey à donner celte assurance au ministre espagnol, et à témoigner en même temps, de la part de lord North en particulier, sa surprise de ce que le comte de Florida-Blanca avait pu ajouter foi à une proposition si hors de propos et si mal
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