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Commencement et progrès de la neutralité année. — Démarchas
des cours de Madrid et de Versailles pour mettre l’impératrice
îteltussie dans leurs intérêts. ' — Rapport de Florida-Blanca • • • * 1
concernant cette négociation. — Déclaration de la Russie et convention des puissances maritimes neutres. — Guerre entre l’Angleterre et? la Hollande. — Attaque et prise de Minorque par les Espagnols.
Au moment même où l’Espagne conduisait cette négociation secrète avec l’Angleterre, elle traitait non moins mystérieusement avec la Rus- • sie, pour la formation d’une alliance tendant à détruire le pouvoir maritime de la Grande-Bretagne. Cette alliance reçut le nom de neutralité armée. Le cabinet espagnol s’en attribuait le principal mérite, et il est certain qu’il y avaitbeaiicoup contribué. On trouvait très naturel que la supériorité maritime de l’Angleterre et les pertes que la marine française éprouvait toujours dans les commencemens des guerres soutenues contre celte puissance , inspirassent à la France le désir de ravir à sa rivale le trident de Neptune, qu’un poète ingénieux a nommé .depuis le sceptre du
monde. Elle avait, par ce motif, cherché à introduire le principe , que l’on pourrait se servir de bâtimens neutres, soit pour le cabotage, soit pour tout autre, à l’exception pourtant de certains articles, tels que les munitions de guerre et quelques autres objets regardés comme contrebande, d’après l’opinion générale. Elle fut en cela appuyée assez fortement par les nations jalouses de la prospérité de l’Angleterre, ou prêfcs à se partager les dépouilles de son commerce lucratif. Mais la crainte de la puissance anglaise , ou quelques intérêts du moment, avaient empêché jusqu’alors les nations de l’Europe d’adopter cette espèce de nouveau code maritime. Pendant le règne de Ferdinand VI , on avait, à cet égard , sondé les dispositions de l’Espagne; mais la démarche n’avait pu réussir avec un prince dont les vues étaient entièrement pacifiques. La guerre* qui éclata dans le commencement du règne de Charles III avait été de trop courte durée pour mettre cette mesure à exécution.
La conjoncture présente paraissait favorable pour atteindre le but dont il s’agit. Les escadres réunies des deux souverains alliés étaient supérieures en nombre à celles d’Angleterre ; la crainte qu’avait imprimée sa puissance maritime s’était tout-à-fait évanouie. La circonstance qui hâta surtout l’exécution de ce dessein, était l’influence que la maison de Bourbon venait d’ac-
Diqifo
quérir sur les nations maritimes du Word. Les conseils des cabinets de Suède et de Hollande étaient gouvernes par la France. Le Danemarck était tout-à-fait soumis à la Russie, près de laquelle les deux cours des Bourbons faisaient tout pour acquérir de la prépondérance.
Nous allons laisser parler Florida-Blanca , qui raconte lui-même la part que l’Espagne prit dans ce traité mémorable.
« Sire, afin d oter à nos ennemis les moyens de conclure des alliances maritimes qui pourraient nous être préjudiciables dans le cas d’une rupture, je cultivai, par ordre de Votre Majesté, une correspondance amicale avec la Russie, quoiqu’elle nous eût inspiré une sorte de froideur et de défiance, par suite de ses prétentions relatives à l’étiquette et au titre de couronne impériale. , sans compter d’autres formalités réclamées par cette cour.
<t La France partageait notre manière de voir, et non seulement nous empêchâmes la Russie de s’unir avec la Grande-Bretagne pendant la guerre, mais nous parvînmes à obtenir qu elle nous envoyât exprès deux de ses frégates, chargées d’effets maritimes, précisément au moment où la guerre ne permettait pas de les transporter pour équiper notre escadre.
« Nous réussîmes à persuader aussi à [ impératrice de Russie de se mettre à la tête de presque
2 4 8 CHARLES Hl»
toutes les nations neutres, pour soutenir l’honneur de leur pavillon , confédération qu’on a appelée la neutralité année. Par là l’Angleterre a été pi ivée des ressources qu elle eût pu tirer des puissances maritimes, sans excepter même la Hollande, son ancienne alliée. Permettez-moi, Sire, de raconter ici en passant à Votre Majesté la manière dont on s y prit pour frapper ce grand coup. On a voulu faire honneur de ce succès à la Russie, qui en effet prêta alors son appui; mais le projet naquit dans le cabinet diplomatique de Votre Majesté, et fut réalisé d’après les maximes politiques qu’il avait adoptées.
« Le principe reconnu par toutes les nations, que le pavillon des États amis ou neutres met les marchandises et effets appartenant à l’ennemi à couvert de toute confiscation, n’avait jamais été observé par la marine anglaise, qui n’avait d’autres règles de conduite à cet égard que les principes hautains de sa puissance sur mer, ou les lois particulières de l’amirauté.
<f Lorsque \ otre Majesté publia les nouvelles ordonnances pour ses croisières, elle établit que les vaisseaux portant des effets appartenant à l’ennemi , avec pavillon neutre ou ami , seraient arletes et conduits dans nos ports, pour leur appliquer la même loi que les Anglais observaient à 1 égard de ceux qui portaient des effets appartenant aux Espagnols ou a nos alliés. , En vertu
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de cette disposition , nous comptions arriver à un de ces deux résultats, savoir , forcer les Anglais de changer de conduite envers des pavillons neutres, ou nous dédommager, au moyen de représailles , des pertes que nous avons souffertes, en causant en même temps plus de maux au commerce anglais et à la puissance de nos ennemis.
« L’exécution de cet article , et la facilité que nous avions pendant le blocus de Gibraltar, d’arrêter tous les bâtimens qui avaient des propriétés anglaises à leur bord , au passage du détroit , excita une clameur universelle parmi les puissances maritimes neutres. Je lus obsédé par les ministres de Suède, de Danemarck, de Hollande, de Russie, de Prusse, de Venise, Gênes et autres , pour mettre un terme aux dommages que leur commerce éprouvait par la détention d’un aussi grand nombre de vaisseaux.
« Nous répondîmes constamment à leurs réclamations que si les puissances neutres voulaient 'défendre leur pavillon contre les Anglais, lorsqu’il .couvrait des marchandises espagnoles, nous respecterions à notre tour ce même pavillon , quoiqu’il servît à protéger le transport des marchandises anglaises ; mais que nous ne consentirions jamais à voir les neutres se soumettre à la violation des droits de la part des Anglais, et que si les puissances neutres pouvaient tolérer que la
ï5o CHARLKS III.
marine anglaise arrêtât et confisquât nos et Vêts , sous pavillon ami ou neutre, elles n’étaient nullement fondées à espérer que l’Espagne souffrit patiemment cette injustice.
« Tout étant disposé pour faire sentir la conduite blâmable de l’Angleterre et pour engager les puissances neutres à soutenir leurs pavillons, la Russie nous fit part d’une idée que nous nous empressâmes de saisir adroitement. Le chancelier de l’empire chercha à nous persuader qu’il serait très utile pour assurer la tranquillité et entretenir la bonne intelligence des nations commerçantes, de former un code général maritime qui renfermerait tout ce qui était important sur cette matière; qu’on éviterait les doutes et les controverses en le faisant adopter par ces mêmes nations : « L’impératrice, ajoutait-il, emploierait volontiers son crédit, et son autorité même au maintien et à l’exécution de ce code.
« Je sentis sur-le-champ que la Russie voulait avoir la gloire de donner des lois maritimes à la partie commerçante de l’Europe. Je répondis qu’un code ne pourrait qu’éprouver de grandes difficultés avant qu’on en vît adopter les bases; mais qu’il existait une chose bien plus facile à faire , qui était de persuader les puissances maritimes neutres de la nécessité de soutenir leur pavillon contre ceux qui voudraient l’insulter, en établissant des règles fixes à cet effet, basées
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sur les traités; j’ajoutai que si la Russie voulait prendre l’initiative dans cette affaire, et inviter les puissances neutres, qui voyaient insulter leur pavillon , à les soutenir, et à défendre par conséquent les propriétés de leurs sujets, en veillant à leur prospérité commerciale pendant la guerre , une sorte de code maritime devait nécessairement sortir de l’accord mutuel de ces puissances mêmes. L’impératrice , en se plaçant à la tête de cette confédération, ou, si on aimait mieux, de cette neutralité, aurait l’honneur d’être par cela seul la protectrice des droits des nations maritimes de l’Europe.
« Le feu roi de Prusse, qui avait à cœur de mettre un terme aux excès de ^amirauté anglaise, appuya cette idée, qui fut, comme on peut croire, bien accueillie par le ministère russe, surtout lorsque je lui assurai que l’Espagne et la France se conformeraient à ces principes, alors même que l’Angletei’re refuserait de les reconnaître. La Czarine proclama alors la fameuse neutralité armée , qui prit son origine , ainsi que je viens de le prouver, dans le cabinet de Votre Majesté. » (')
Cependant il ne fut pas possible d’atteindre ce but important sans une discussion très opiniâtre dans le cabinet de Saint-Pétersbourg.
(') ? °y ez I* Compte rendu de l’administration de Florida-Blanca.
L’Angleterre ne fut point en reste de représentations; elle suscita des cabales, carfessa la passion favorite de Catherine, qui brûlait d’acquérir du pouvoir maritime. On la leurrait de la cession de Minorque , île si importante pour son projet chéri de s’emparer un jour des Dardanelles. Les cours des Bourbons , de leur côté , ne négligèrent aucune démarche pour faire pencher la balance en leur faveur; leurs vues furent secondées puissamment par le chancelier Panin , ainsi que par une foule d’ agens inférieurs tant du cabinet russe que de la maison de l’impératrice.
La longue expérience des affaires, la conviction où elle était des avantages commerciaux attachés à l’union avec l’ Angleterre, la méfiance qu elle avait de la bonne foi de la France la tinrent long-temps dans l’indécision; elle flottait au milieu de ces partis divers. Tout en s’occupant avec une grande activité à faire équiper son escadre , elle se montrait disposée à s’unir avec 1 Angleterre. Cependant, deux événemens contribuèrent à fixer enfin sa résolution. Le premier fat la détention dé plusieurs vaisseaux hollan- * escortés par l’amiral Beyland, qu’une escadre anglaise força d’amener son pavillon , et de laisser visiter son convoi. Cette mesure tranchante essa au vif toutes les puissances maritimes, surtout 1 impératrice dont les sujets étaient intéres- ^ dans les vaisseaux arrêtés. Le second événe-
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ment était l’opposition de l’escadre espagnole , au passage par le détroit de Gibraltar, de quelques vaisseaux russes, quoiqu’ils ne fussent pas chargés d’objets défendus. (')
■On s’empressa de profiter de ce premier mouvement de ressentiment que l’impératrice éprouva dans cette circonstance. Elle publia aussitôt la fameuse déclaration qui donna naissance à la neutralité armée ; le manifeste renfermait trois principes, qu elle engageait les autres puissances à respecter, et à maintenir comme bases des lois maritimes, en faisant toutefois les protestations les plus solennelles d’impartialité à l’égard des nations belligérantes. i°. Les bàtimens neutres pouvaient naviguer librement sur les côtes des nations qui étaient en guerre, et arriver sans opposition dans leurs ports; 2°. il leur était permis de transportèr toutes sortes d’effets, excepté ceux spécifiés comme étant de contrebande dans les articles 10 et 1 1 du traité de commerce avec la Grande-Bretagne ; 5°. la seule exception à ces règles générales regardait le blocus des ports, en déclarant toutefois que le pouvoir des nations belligérantes devait, dans ce cas, être interprété de cette manière, que le port se trouvât "bloqué si complètement par les vaisseaux de guerre que l’on n’y pût aborder qu’en courant des dangers. Elle terminait par annoncer l’armement de
(') Compte rendu de l'administration de Florida-Hlanca.
son escadre et sa résolution de soutenir l’honneur de son pavillon, et de défendre le commerce de ses sujets.'
Le roi d’Espagne, en vertu de sa promesse anticipée, et de sa haine contre l’Angleterre, fut le premier souverain de l’Europe qui acquiesça au nouveau code. Après avoir détaillé les dommages éprouvés par les neutres dans leur commerce, il vanta la justice et la modération du manifeste russe, et s’appuya sur les principes qu’il renfermait pour justifier sa propre conduite. Il finissait ainsi sa déclaration :
« Cependant le Roi , non content de ces preuves de sa justification, aura la gloire aujourd’hui d’être le premier à donner l’exemple, en respectant le pavillon neutre de toutes les cours qui consentiront à les protéger contre les insultes des corsaires anglais. On verra en attendait quelle sera la conduite de la marine anglaise, et si leurs vaisseaux de guerre et leurs corsaires seront contenus dans certaines limites. Pour convaincre les puissances neutres de son vif désir d’observer, maintenant qu’elle est en guerre, les mêmes règles qu’elle suivit à l’époque où elle était neutre , Sa Majesté adhère sur tous les points au contenu de la déclaration de la Russie ; bien entendu , cependant, qu’à l’égard du blocus de Gibraltar, le danger d’y entrer continuera d’exister toujours conformément à l’article 4 de ladite déclaration.
Les puissances neutres peuvent éviter ce danger en se conformant aux règles établies par la déclaration de Sa Majesté , du i 5 mars dernier, laquelle fut communiquée par son ministre à la cour de Russie. (') »
La France suivit l’exemple de l’Espagne , en déclarant, le 23 avril 1780, que les principes établis dans le manifeste russe étaient conformes à ceux prescrits à la marine française, que Louis XVI n’avait pas hésité de soutenir par la force des armes.
Le roi d’Angleterre interpréta à sa manière la déclaration russe ; il justifia sa conduite envers les neutres, sans abandonner les principes qui forment la base de sa puissance maritime. Il témoigna cependant son désir de prévenir la violation du droit des gens , et de rendre justice à ceux qui se borneraient à un commerce rigoureusement neutre.
Le Danemarck renchérissait encore sur les termes de la déclaration russe ($ juillet). La Suède , à l’instigation de la France , demanda certaines explications, qui donnèrent lieu à une proposition de la part de la cour de Saint-Pétersbourg : elle avait pour but de refondre tous les manifestes respectifs en une convention générale pour la défense du nouveau système.
En conséquence , un traité fut conclu entre les
(') Aranjuez, 18 avril 1780.
trois puissances du Nord, le 5 juillet 1781 , par lequel elles s’engageaient à défendre avec toutes leurs forces les principes émis dans la déclaration russe. La Hollande adhéra plus tard à ce traité (le i 3 juillet 1782). Le Portugal lui-même suivit cet exemple , se trouvant trop intimement uni avec l’Espagne pour se rappeler ses obligations envers l’Angleterre.
Quoique les deux cours de Madrid et de Versailles eussent ainsi réussi à organiser la neutralité armée , et à placer à sa tète l’impératrice de Russie, cette mesure ne produisit pas les grands avantages ni le résultat décisif qu’on en attendait.
Malgré la convention établie pour soutenir cette mesure, le projet échoua par les intérêts divergensdes puissances du Nord. L’impératrice de Russie en particulier avait à peine signé cette convention qu’elle s’aperçut aussitôt de la fausse politique dans laquelle un moment de ressentiment l’avait entraînée ; elle vit avec regret qu’elle avait sacrifié la prospérité commerciale de ses sujets aux desseins ambitieux de la France et de l’Espagne. Son admiration pour le roi de Prusse se refroidit; et quoique trop fière pour donner un témoignage public de son changement de système, elle traitait avec mépris son propre projet en l’appelant plaisamment la nullité année; elle ne prit donc aucune mesure pour le mettre à exécution.
Cependant le roi de Prusse, qui n’écoutait que
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sa vieille haine contre l’Angleterre , parvint à obtenir, à force de démarchés importunes, la permission d’être compris dans cette célèbre confédération. L’empereur Joseph suivit son exemple à la mort de Marie-Thérèse ; mais l’adhésion de deux puissances sans marine ne fît que grossir le nombre des alliés sans aucun autre résultat, et sans ajouter plus de force à une alliance déjà peu considérée par l’impératrice elle-même à qui elle avait dû son origine. (•)
La conduite des Hollandais lors de la formation de la neutralité armée , l’encouragement secret qu’ils lui donnèrent, et enfin les secours qu ils envoyèrent aux colonies insurgées, sans compter leur attachement aux cours des Bourbons, excitèrent l'indignation de l’Angleterre. Cette puissance, quoique partout assaillie par une nuée d’ennemis, préféra des hostilités ouvertes à une neutralité perfide, et par une déclaration de guerre, elle ajouta la Hollande au nombre de ses ennemis.
• La rupture fut suivie d’une prompte et heureuse attaque contre les établissemens hollandais *. dans les Indes-Occidentales, qui pouvaient être
(’) Cette relation sur l'origine et les progrès de la neutralité armée est tirée de la Correspo ndpnce de lord Malmesbury et du Compte rendu de l'administration de I'iorida- Blanca , ainsi que des Document officiels , publiés à ce sujet. Voyez aussi V Histoire de la maison d’ Autriche.
tr
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regardés comme les entrepôts de 1 Amérique ^ aussi-bien que de la France et de l’Espagne. Dç pareilles agressions furent préparées contre leurs colonies d’Afrique et des Indes-Orientales. L’engagement partiel qui eut lieu dans le canal , à la hauteur de Dogger, quoiqu’il ne fût suivi d aucun résultat, suffit pour éloigner la l'épublique de l’idée de se mesurer encore contre l’Angleterre.
Un des événemens les plus importans , et qui se rattachent à la neutralité armée , fut la prise de Minorque,
Pendant la campagne de 1 78 1 , et une partie de l’été 4 de cette même année , l’Espagne se borna au rôle de spectatrice, sans prendre de part active dans la lutte qui eut lieu entre ses alliés et l’Angleterre. Entièrement occupée de la défense de ses colonies, et d’y étouffer les émeutes qui les agitaient, tout ce qu’elle fit en Europe se borna à unir son escadre à celle de la I rance, et à une
expédition dans le canal d’ Angleterre , plu tôt pour
faire une espèce de fanfaronade que dans l’intention réelle d’aucune agression sérieuse.
Vers le milieu de 1781 elle prit tout à coup une attitude offensive, et fit des préparatifs pour reconquérir Minorque. Les contestations qui venaient d’avoir lieu à Saint-Pétersbourg pour décider la cour de Russie (novembre 1780) avait attiré toute son attention sur cette île impor-
tante.
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L’Angleterre, délaissée et abattue, avait essayé plusieurs fois de se concilier l'affection des grandes puissances de l’Europe , ou au moins d’obtenir leur médiation. Elle s’adressa à la cour de \ ienne , et non seulement elle parvint à décider l’impératrice à ne point soutenir ses colonies insurgées", mais elle l’empêcha d’entrer dans la neutralité armée, et elle obtint l’assurance de sa part de contre-balancer l’influence prussienne à Saint-Pétersbourg. On s’attendait à voir revivre l’ancienne rivalité nationale entre ces deux cabinets, et bien qu’on ne comptât pas sur une - assistance efficace de la part de l’Autriche, on cherchait néanmoins à obtenir sa puissante médiation pour avoir des conditions' de paix plus favorables. La mort de l’impératrice renversa ces espérances; son successeur Joseph ayant laissé voir d’abord de l’éloignement pour la cour de Versailles, ne lui fut que plus attaché par la suite. Il oublia le principe qui avait dicté sa fameuse réponse à ceux qui se pressaient de reconnaître l’indépendance de l’Amérique : Je suis royaliste de profession. 11 offrit, à la vérité, une médiation illusoire à l’Angleterre ; mais il témoigna un attachement non équivoque aux puissances neutres, et son désir d’adhérer à la neutralité armée; enfin, il montra la plus vive satisfaction des succès obtenus par les cours des Bourbons. (')
(') Maison d’ Autriche y vol. II, chap. xliv-xlvi.
L’Angleterre n’était pourtant pas humiliée au point d’accepter une médiation offerte sous des auspices si peu favorables ; elle fit de nouveaux efforts pour gagner l’amitié de l’impératrice Catherine, et flatta son amour-propre en sollicitant sa médiation pour rétablir la paix de l’Europe.
Dans le cours de cette négociation , la tète romanesque de Polémkin (*) conçut un projet qui ne pouvait que déterminer l’impératrice à prendre un parti définitif, puisqu'il flattait sa passion favorite d’augmenter son pouvoir commercial et maritime; il ne s’agissait de rien moins que de céder Minorque à- la Russie pour prix d’une paix obtenue par sa médiation. Le gouvernement anglais adopta le projet, et pour récompenser Potemkin de son intervention, on devait lui accorder une valeur fie deux millions sterling enmunitions et en artillerie.
Les conditions demandées étaient la paix sur les bases de celle de Paris. Les parties respectives devaient se replacer dans l’état où elles se' trouvaient à cette époque , au moyen soit de la restitution des conquêtes faites de part et d autre, soit
( 1 ) Pour pouvoir se faire une idée exacte du caractère et . de l’influence de cet liomme singulier, ypyei Histoire de la maison d’Autriche , vol. Il, page 55 1 . l'oyagc en Suède, en Russie , en Pologne et Danemarck , vol. Il, pages 363 , 367 (en anglais ).
<1 échanges d une valeur égale. Les Français ces seraient de donner des secours de toute espèce aux Américains, auxquels nulle puissance étrangèie ne pourrait offrir sa médiation. La cession de Minorque n aurait lieu que dans le cas où on obtiendrait ces conditions ; le traité relatif à cette cession serait signé le même jour que les préliminaires; enfin les deux puissances s’uniraient par une étroite alliance. Les vaisseaux de guerre ou les batimens marchands des Anglais seraient admis dans les ports de 1 île de Minorque sur le même pied que» lorsqu elle était sous la domination de l’Angleterre, et en attendant la prise de possession de File, l’escadre russe de la Méditerranée devait contribuer à sa défense. (•)
O 11 ne saurait dire d une manière positive si ce projet avorta par suite des prétentions hautaines du gouvernement, ou bien, ce qui parait plus probable, s’il ne fut qu’une de ces conceptions romanesques pour lesquelles le génie de Potemkin était si fécond dans ses momens d’enthou- » siasme, et que la réflexion lui fit abandonner plus tard, ni enfin si ce furent d’autres offres plus séduisantes, faites à ce favori de la part du cabinet de Versailles, par le canal de l’Empereur e't celui du roi de Prusse, dont l’un lui laissait entrevoir le duché de Courlande,'et l’autre lui faisait espérer le trône de Pologne. ,
{■') Ile la Correspondance de lor<l Mklmesbury; . )
Le projet, quoique secret, ne put pas échapper à la vigilance du ministre espagnol; il devint un motif urgent, pour lui de décider sur-le-champ l’attaque de Minorque. Le roi d’Espagne, bien décidé à ne point perdre inutilement ses marins sur les côtes d’Angleterre, ne voulut pas non plus coopérer avec les Français à aucune expédition éloignée, si elle était destinée aux Indes-Occidentales; aussi le comte de Florida-Blanca obtint-il aisément son consentement pour tenter la prise de Minorque, qui était le rendez-vous d’une foule de pirates , et qui , après l’établissement du blocus de Gibraltar, était le principal, ou plutôt le seul refuge des vaisseaux anglais dans la Méditerranée.
On prit les plus grandes précautions pour mieux donner le chabge : au lieu.de faire les préparatifs pour l’expédition , comme cela était naturel, sur la côte deda Catalogne et de Murcie, on les fit à Cadix , circonstance propre à faire croire qu’elle était destinée ou contre Gibraltar, ou pour les Indes-Occidentales,
D’un autre côté, comme une communication explicite faite à la côur de Versailles aurait occasionné dés délais , *ou fait ébruiter le projet, le plus grand secret fut gardé jusqu’à ce que tout fut prêt. On se servit en même temps du marquis de Sollerich pour gagner les principaux habitans de Minorqife. On se flattait qu’avec- leur assis-
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lance, cl par les précautions prises pour .l'équipement de l’expédition , les troupes anglaises seraient enlevées par surprise.
Les escadres réunies de France et d'Espagne, au nombre de cinquante-deux voiles, partirent de Cadix avec l’expédition ( 22 juillet). Pendant que l’escadre cinglait vers l’Océan , les vaisseaux de transport ayant à bord huit mille hommes de troupes aux ordres du duc de Crillon , prirent leur direction vers le détroit, escortés par deuxvaisseaux de ligne , plusieurs frégates et autres bàtimeus de guerre. Cette expédition arrivée secrètement sur la côte de Minorque, débarqua sans opposition. Un détachement commandé par le marquis d’ Aviles prit possession de Citadella ; un autre , sous les ordres du marquis de Penafiel, occupa le fort de Fornella (19 août). Le corps principal prit position dans le voisinage de Porl- Mahon, s’empara de l’arsenal et des magasins maritimes; il força le gouverneur anglais, le général Murray, à retirer ses troupes dans le fort de Saint-Philippe. L’attaque fut tellement prompte et si bien combinée, que, d’après la relation de Florida-Blanca ( l ), il n y eut que le retard occasionné par l’incertitude du vent qui sauva la place d’une surprise. Les intelligences que 1 on s’était ménagées de longue main avec les habitans aplanirent les obstacles qui auraient pu venir de
Ç) Compterendu, 11 0 H. »
CHAULES HJ.
leur part, et Grillon s’assura de leur secours et de leur coopération, en proclamant au nom du Roi Catholique le rétablissement des habitans de l’ile dans tous leurs privilèges.
La nature de l’expédition et la manière dont elle avait été équipée trop précipitamment, furent cause que l’on manquait des choses nécessaires pour faire le siège; et les Espagnols ayant échoué dans leur tentative pour surprendre Saint-Philippe, se voyaient réduits à l’opération simple d’un blocus.
Dans l’espoir d’abréger les difficultés d’un siège pénible, Crillon reçut l’ordre de la cour de Madrid de sonder la fidélité du général Murray, en lui proposant de livrer la place moyennant la récompense énorme de cinq cent mille piastres, avec promesse d’occuper un poste convenable dans l’armée espagnole ou française, à son choix. Cette lâche proposition, qui attentait à l'honneur d’un officier anglais , aussi distingué par son rang que par sa loyauté, fut repoussée avec l’indignation qu elle méritait.
« Lorsque votre brave aïeul, répondit le général Murray, reçut l’ordre de sou souverain d’assassiner le duc de Çuise, il fît la même réponse que vous auriez faite, si le roi d’Espagne vous avait chargé d’assassiner un homme dont la naissance est aussi illuslre que la vôtre, on que celle du duc de (iuise. Je ne puis avoir avec vous
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d’autre communication que- les armes à la main. Si vous avez quelques sentimens d’humanité, envoyez, je vous prie, des habillemens pour les malheureux prisonniers qui sont en mon pouvoir ; faitcs-les déposer à la distance convenable, on ira les chercher; car je ne permettrai désormais d’autre rapport avec vous que par les armes et de la manière la plus stricte et la plus opiniâtre. »
Grillon répondit en homme d’honneur à ce noble reproche ; il se servit d’un langage plus digne de lui que l’offre avilissante d’une récompense pécuniaire qu’on l’avait chargé de proposer.
« Votre lettre (écrivait-il le 16 octobre) met chacun de nous à sa place. Elle me confirme dans l’estime que j’ai toujours eue pour vous; j’accepte avec plaisir votre proposition. »
Quoique la cour de Versailles éprouvât réellement ou en apparence quelque ressentiment du secret observé jusque-là au sujet de l’expédition , elle s’apaisa bientôt, et entra de bon cœur dans l’entreprise. Un renfort de quatre mille hommes fut envoyé de Toulon. L’armée assiégeante reçut tout ce qui était, nécessaire pour entreprendre ses opérations, et le siège commença dans toutes les règles. A la pointe du jour , le 6 janvier, jour de la naissance du dauphin, cent cinquante pièces de grosse artillerie commencèrent un feu eflroya-
ble contre les fortifications. La place se détendit avec un grand courage, et pendant quelque temps la brillante résistance de la garnison, avec un nombre d’hommes suffisant à peine pour garder une si grande étendue de fortifications, balança l’immense supériorité et la position avantageuse des assiégeans; mais dans une défense aussi vigoureuse que difficile, sa force dut rapidement diminuer par les ravages du scorbut causé par l’air malsain des casemates, et par le manque total des alimens végétaux pendant un blocus long et rigoureux. Le hasard contribua à augmenter encore la détresse de cette brave garnison. Un obus, lancé des batteries des assiégeans, mit le feu au magasin principal où se trouvait lj pharmacie; la défense fut prolongée jusqu’au moment où la force de la garnison ne^e trouva plus suffisante pour fournir les postes ordinaires ; le gouverneur fut réduit à la nécessité de demander une capitulation.
Crillon traita les soldats anglais avec la générosité que méritait leur bravoure et leur fermeté. Malgré les ordres particuliers du roi d’Espagne , qui voulait que la garnison fût traitée comme prisonnière de guerre , il adoucit cette condition rigoureuse en lui accordant les honneurs de la guerre; il échangea un nombre égal de prisonniers de ses propres troupes, faits pendant le siège, et permit à ce qui restait de la garnison de
retourner en Angleterre, sous la condition de ne plus servir jusqu’à ce qu’un échange eût lieu. Crillon eut aussi toutes sortes de déférences pour les autres demandes du général anglais, en faveur de ses soldats ; et lorsque ceux-ci quittèrent les forteresses pour déposer les armes, ils éprouvèrent , de la part des troupes françaises et espagnoles , l’accueil amical et généreux que les vrais braves ne refusent jamais à leurs ennemis.
(16 février.) Voici comment s’exprime le général Murray, dans son rapport aussi curieux que pathétique de la reddition de Saint-Philippe : « On n'a peut-être jamais vu une scène plus noble et plus tragique en même temps que la marche de la garnison du fort Saint-Philippe à travers les armées française et espagnole ; elle ne se composait que de six cents vieux soldats brisés par l’àge et la fatigue, deux cents matelots, cent vingt canoniers, vingt Corses et vingt-cinq Grecs, Turcs, Maures, Juifs, etc. Les deux armées étaient rangées sur deux lignes vis-à-vis l’une de l’autre , formant une double haie au milieu de laquelle nous passions. Elles montaient à quatorze mille hommes, qui s’étendaient depuis le glacis jusqu’à Georges-Town , où nos bataillons déposèrent leurs armes, déclarant qu’ils ne les rendaient qu’à Dieu seul , et avec la consolation de savoir que les vainqueurs n’avaient pas lieu de s’enorgueillir de la prise d’un hôpital.
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« Nos soldats étaient tellement défigurés et méconnaissables , que plusieurs soldats espagnols et français ont versé des larmes , assure-t-on, en les voyant passer; le duc de Crillon et le baron de Falkenhayn l’attestent; mais quoique je ne m en sois pas aperçu, cette pitié me semble naturelle : pour ma part, je n ai eu d’autre inquiétude, dans cette circonstance, que celle que me donnait la funeste maladie qui nous menaçait tous d’une mort inévitable.
« Dieu soit loué ! mes craintes ne sont plus si grandes ; l’humanité du duc de Crillon, dont le cœur a été vivement louché des malheurs d’hommes si braves, a surpassé mes espérances et mes vœux, en ordonnant tout ce qui peut contribuer a notre rétablissement. Les chirurgiens français et espagnols nous donnent leurs secours dans nos hôpitaux; nous avons de ^grandes obligations au baron de Falkenhayn, qui commande les troupes françaises. Nous sommes infiniment obligés aussi au duc de Crillon ; aucun de nous ne pourra jamais oublier ces deux généraux. J ose espérer que ce dernier, jeune homme plein de bravoure et de loyauté, ne commandera jamais des armées contre mon souverain ; car la bonté et la magnanimité de son cœur égalent la supériorité de ses talens militaires. » (*) (*)
(’) Compte rcmlu de l'administration de Florida-Blanea Relations officielles tranraiseset espagnoles. Animal registet
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et Gentleman îMngazine for 1781 et 1782. Lettres et capitulation du général Mnrray. Beccatini, page 323 . Journaux politiques de Hambourg , 1782 , page 244 -
(*) Voici quelques détails qui nous ont été communiques par M. le général Ofanil, sur l’expédition contre Mahon, de laquelle il faisait partie.
Le.secrer de l’expédition fut tel que le gouverneur de Minorque n’apprit le danger dont il était menacé , que le jour même où le convoi passant devant le port de Mahon , ,
l’amiral hissa le pavillon espagnol , et , selon les usages de la marine, fit tirer un coup de canon : quoique le débarquement ne fût exécuté qu’à une lieue plus haut à l’est de Mahon , la garnison n’eut que le temps nécessaire pour se réfugier dans la forteresse.
C’est saris doute a un excès de confiance des Anglais , que l’on doit attribuer le manque de vivres frais en quantité suffisante, ce qui occasionna par la suite le scorbut dont la garnison fut attaquée. Il faut ajouter, que les troupes furent trop tôt renfermées dans les casemates , bien ayant que nous n’eussions dressé toutes nos batteries de siège.
Dans la construction rapide de ces batteries, le général ^ en chef se servit d’un moyen propre à exciter l’émulation et le courage des troupes; ce fut de donner à chaque batterie le nom de la brigade chargée exclusivement de la construire.
Quant aux habitans de l’iie de Minorque, nous ne les trouvâmes .ni favorables ni contraires; ils ne furent par conséquent d'aucun secours : les troupes firent elles seules tous les préparatifs du siège, travaillant avec une ardeur extraordinaire, et ne couchant sous leurs tentes que de trois jours l’un.
Projet d’une attaque générale contre les colonies anglaises des Indes-Orientales et Occidentales. — Armement d’une expédition contre la Jamaïque. L’escadre française sous les ordres de Grasse , battue par Rodney. — L’expédition projetée n’a pas lieu. — Prise des îles de Bahama par les Espagnols. — Siège de Gibraltar. — Attaque de la place au moyeu des batteries flottantes. — I.a place secourue par lord Howe.
Enhardi par la prise de Minorque , Charles se livra tout entier à son dessein de recouvrer, par la force des armes , les possessions que l’Angleterre avait conquises sur l’Espagne. Il continua donc de presser le siège de Gibraltar, et méditait en même temps la réduction de la Jamaïque, possédée depuis long-temps, il est vrai, par ^ l’ Angleterre, mais qu’on n’avait jamais cessé de regarder comme appartenant à l’ancien patrimoine de la couronne d’Espagne. La France, qui ne discontinuait pas d’aider de tout son pouvoir . l’émancipation des colonies anglaises , promit à l’Espagnesa franche coopération pour lui faire recouvrer cette lie. Le projet était d’unir les forces espagnoles et françaises , pour soumettre les lies
des Indes-Occidentales , tandis que la France profiterait des secours des Hollandais pour attaquer les établissemens britanniques dans l’Inde-Orientale, et soutiendrait Hyder-Ali qui ravageait Carnate à cette époque.
Pour arriver à cet important résultat, les deux cours alliées ne négligèrent aucun des préparatifs convenables. Une escadre de onze vaisseaux de ligne et vingt mille espagnols , sous les ordres de Galvez, le vainqueur de la Floride, furent réunis à Saint-Domingue. Le comte de Grasse revint d’Amérique à la Martinique, pour y attendre l’expédition qui se préparait en Europe; la force totale, lorsqu’elle fut rassemblée, fut jugée suffisante pour pouvoir soumettre les colonies anglaises, épuisées par de fréquens désastres, et affligées surtout par les ravages effroyables des éle'mens. La prise de la Dominique, de Saint- Vincent et de la Grenade avait déjà aplani le chemin ; on était sur la chaîne entière des Antilles , et l’entreprise devait se terminer par la soumission de la Jamaïque. On se ménageait des intelligences avec les nègres, mécontens ou révoltés, de l’intérieur de l’ile, qui n’attendaient que le premier signal pour se livrer partout au pillage et ravager la colonie.
Le gouvernement anglais vit l’orage qui se for- ’ niait; il adopta sur-le-champ des mesures poulie conjurer. L’amiral Hood, avec dix vaisseaux.
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27 2 erçARLrs Ilfl.
suivit de Grasse, depuis l’Amérique , et joignit l’escadre stationnée à la Barbade. Rodney, qui était retourné en Europe, se préparait à- conduire un nouveau renfort de troupes aux Indes- Occidentales; en même temps, l'amiral Kempenfeldt croisait devant Brest, pour intercepter les expéditions françaises à leur passage.
Enfin, l’expédition sortit du port de Brest; elle était composée de dix -neuf vaisseaux de ligne et d’un grand nombre de bâtimens de transport, qui conduisaient neuf mille hommes avec tout l’attirail nécessaire à l’entreprise projetée. Une partie de ces vaisseaux, sous le commandement de Vaudreuil, devait escorter les forces destinées pour les Indes-Occidentales; l’autre se dirigeait vers l’est ; et le reste, aux ordres de Guichen , après avoir accompagné le convoi à l’endroit accoutumé de séparation, devait revenir sur ses pas et contribuer au blocus de Gibraltar.
Kempenfeldt rencontra ce grand armement au moment où le convoi venait d’être séparé de l’escadre par un coup de vent. Malgré des forces très inférieures , il prit vingt bâtimens de transport; le reste fut sauvé parles savantes manœuvres de l’amiral français. En dépit de cette attaque , et malgré les avaries causées par les tempêtes, l’expédition continua sa route poursuivre sa destination ; on se sépara au point convenu , et les forces commandées par Vaudreuil , prirent
leur direction vers les Indes-Occidentales, théâtre principal des hostilités.
Les opérations y avaient commencé avant qu’il arrivât (10 mai 1781). Tabago fut ajouté aux conquêtes des Français (12 février 1782); Bouillé et de Grasse s’emparèrent des établissemens hollandais à la vue de l’escadre anglaise. Saint-Christophe, Nevis, et Montferrat, étant tombés en leur pouvoir, ils concentrèrent leurs forces à la Martinique, où ils furent rejoints par Vaudreuil (février), en attendant la grande attaque qui devait se faire contre la Jamaïque. L’expédition se montait alors à trente-six vaisseaux de ligne, avec un convoi de cent cinquante bâtira ens de transport.
Rodney arriva dans l’intervalle; il s’unit avec Hood; et l’escadre anglaise, de trente-six vaisseaux, prit sa station à Sainte-Lucie (avril), pour surveiller les mouvemens de l’ennemi. A peine les deux amiraux anglais s’étaient-ils rejoints, que l’expédition française était déjà en mouvement pour se réunir aux Espagnols à Saint-Domingue. S’ils avaient pu réussir à opérer cette jonction, aucune puissance humaine n’eût empêché l’expulsion complète des Anglais des Indes-Occidentales. De Grasse avait l’ordre d’atteindre ce grand but et d’y sacriGer toute autre considération.
Le mouvement des Français ne put échapper à l’œil vigilant de l’amiral Rodney; peu v. 18
2^4 CHÀRLES III.
d’heures après ils étaient déjà poursuivis par l’escadre anglaise. Quelques vaisseaux, meilleurs voiliers, s’étaient beaucoup avancés dans la poursuite; un engagement partiel eut lieu devant l’ile Saint-Domingue (g et io avril), pendant que le convoi continuait sa route sous l’escorte de deux vaisseaux de ligne et de plusieurs frégates.
Quelques vaisseaux des deux escadres éprouvèrent des dommages dans cette rencontre; mais, le jour suivant, les Français continuèrent à gagner de vitesse les Anglais. Le Caton était resté en arrière; le Zélé avait souffert des avaries considérables, en se heurtant contre la Ville * de Paris ; alors de Grasse dimjpua de voiles , pour sauver ces deux vaisseaux dépourvus de leurs agrès. Ce retard offrit à l’amiral anglais le moment favorable d’en venir à un engagement ( 12 avril 1782).
De Grasse s’était affaibli par le détachement destiné à protéger son convoi; et son escadre se trouva, sinon en force, du moins en nombre, iu-^ férieure à l’escadre anglaise. Pendant qu’il s’occupait à former la ligne de bataille, espérant d’éviter par là un engagement décisif d’après le mode ordinaire d’attaque, il fut déconcerté par une manœuvre nouvelle et hardie, dont l’emploi fait époque dans les annales de la tactique maritime. Sa ligne fut coupée; sa division du
centre fut mise par là entre deux feux et écrasée
par des forces supérieures. Le plus grand courage 11e put suffire pour éyitér la défaite; elle fut complète. Après une défense désespérée de onze heures, dans laquelle l’amiral français se distingua d’une manière femarquâble, cinq vaisseaux furent pris f 'bti coulés bas ; l’action se termina par la prise de de Crasse lui-même, dont le vaisseau-amiral jwa ' Fille de Paris , était le plus fort qui fût sorti deg chantiers de France, et le premier de sa portée qui eûLjamais amené son pavillon : la nuit seule put "sauver le reste de l’escadre. Cinq vaissèaux se réfugièrent à Saint-Eüstache. Vaudreuil se porta, vers Saint- Domingue, avec un corps principal de dix-neuf vaisseaux; son apparition produisit une épouvante générale, précisaient au moment où l’on s’attendait à le recevoir comme le . messager de la victoire. Les pertes de ce combat furent augmentées parla prise du Caton ex du Jason, qui eut lieu au moment ou, après avoir relâché à la Guadeloupe , ils cherchaient à rejoindre l’escadre.
Vaudreuil fut peu après renforcé par cinq vaissèaux arrivant de Saint-Eustache; mais l’échec fatal que les commandans des escadres des Bourbons venaient d’éprouver, les mit dans l’impossibilité de reprendre leurs projets de conquête. L’escadre espagnole et les troupes de cette nation retournèrent à la Havane; et une partie des vaisseaux français fut détachée pour escorter et
CHARLES m.
protéger les bàlimens de commerce de l’Europe. Vaiidreuil, après avoir croisé quelque temps sur les côtes de l’Amérique anglaise , retourna dans les Indes-Occidentales, pour protéger les colonies françaises.
Les efforts des cours de Versailles et de Madrid, aprè§ des préparatifs aussi immenses qui devaient décider du sort de la guerre, se bornaient actuellement à des conquêtes de très peu d’intérêt pour elles, et de peu de préjudice pour l’Angleterre. La Peyrouse fut détaché par Vaudreuil, avec une petite escadre, pour détruire les établissemens anglais dans la baie d’Hudson; les Espagnols s’emparèrent, sans difficulté et sans pertes, des lies de Bahama. (')
Le trait caractéristique de cette guerre mémorable fut le siège dé Gibraltar, qui, pendant une période de quatre ans , attira les regards de l’Europe (*). Malgré les avantages que la courd’Espagne-retirait de ses alliances , et la grande supériorité des escadres combinées , trois années d’expérience suffisaient pour prouver que la conquête de
(') Bfxcatitïi, page 3afi; continuation de Hénault pour 1781, 178a. Fantin des Odoards, Histoire de France, 1781, 1783 . AdolphuS, vol. III , chap. xlvii. Documens officiels anglais et étrangers.
(*) Le véritable siège de Gibraltar ne commença qu’à l’époque des batteries flottantes : jusqu’alors il ne fut qu’un hloqueo fogucado , selon l'expression des Espagnols, ou tout au plus un blocus avec quelques batteries, éloignées
cette place était, sinon impossible, du moins très incertaine. Par le manque d’approvisionnemens réguliers, la garnison s’était, il est vrai, trouvée de temps à autre réduite a une grande détresse; mais l’habileté et la promptitude des amiraux anglais, au moyen des secours arrivés en différentes occasions, avaient neutralisé les avantages de la force et de la position. La place était mieux approvisionnée et dans un meilleur état de défense qu’au commencement du blocus. On regardait avec raison les fortifications comme inex-
de la place de plus de sept cents toises , et qui par conséquent n’étaient que fort peu incommodes.
Sans doute ce blocus, soutenu parla supériorité de nos forces maritimes , aurait pu amener un heureux résultat ; les efforts extraordinaires que fit le gouvernement anglais pour ravitailler la place , le prouvent assez ; il y eut même une époque où l’ou se trouva, à Gibraltar, dans la nécessité de détruire les carcasses de plusieurs bâtimens pour avoir du bois à brûler; les hôpitaux manquaient d’objets les plus essentiels. Le gouverneur regarda comme mesure fort, utile celle de prohiber la consommation de la poudre à cheveux.
û la rigueur, le siège de la place ne dura que quatre mois , temps qui fut employé à disposer convenablement les prames, et à avancer les travaux de terre, dont la seconde parallèle, en face de l’ancienne ligne de Saint-Roch
( l’auteur dit par erreur la quatrième ), fut levée dans une
nuit à la distance de cinq cents toises , et non de mille , comme l’a avancé l’auteur des Mémoires. {Communiqué par M. le lieutenant- général Of avril , qui prit part aux opérations du siège .
, ' 278 , CHARLES Iir.
pugnables. La garnison était composée de sept
♦ mille vieux soldats habitués au service, tous dévoués à la cause nationale, tlepuis le courageux
‘ j et habile, gouverneur jusqu’au dernier des soldats, et ptèts à répandre leur saüg pour la défense d ! une place de laquelle l’honneur de la Grande-Bretagne et le succès /<qle la guerre sens- f blaient déperçlre à la fois.
iLa cour“d’E^pagné', *contrariéo 4 par des échecs souvent répétés, abandonna son premier sys- , tème , et fitjtous les préparatifs nécessaires pour prendre cette.- place , en l’assiégçant dans les règles. L’arpiéc,cantonnée dans les ligné? dé*Saint- Rocb* /ut considérablement augmentée. On appela au ..service les- plus habiles ingénieurs, d’immenses préparatifs de top te espèce furent ' réunie pour l’attaque. O11 ouvrit lès tranchées Ç *»* les approches contre les fortifications furent faites ' avec tonte l'activité que pouvaient permettre la . nature de la position et»un terrain sablonneux. « ^ Mais, quoique les nssiégeans eussent réussi à établir des batteries d’une force extraordinaire,
* .leurs moyens d’attaque étaient encore bien audessous de ceux des ‘assiégés ; placés sur une laa-"gue de terre ba^te et étroite, au- pied d’un rocher d’une hauteur démesurée, quittait (îefendu
pat une artillerie formidable, il leur était ifnpos- •> sible d’en éteindre, le feu .* A mesure que" lés assâil- . lans s’avauçaie’lÿ , les dangprs et les diffiaftffis ne
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CH AP. LXXlV. I781-Ï782. ♦ 379
faisaient que s’accroître pour eux. Souvent il arrivait que leur travail de plusieurs jours était détruit en une heure. Ils étaient obligés de recommencer des ouvrages, dirigés d’ailleurs et exécutés avec la plus grande habileté et un courage à toute épreuve. La fermeté, les ressources et l’activité de la garnison augmentaient en raison de la vigueur déployée par les assiégeans.
Enfin, ces derniers parvinrent à ouvrir, à la distancé de mille toises des fortifications, une quatrième parallèle assez solide pour résister au feu de l'artillerie de la place. Ce fut ce momeht-là même que choisit le gouverneur pour châtier leur témérité. Après leur avoir inspiré de la sécurité par un calme apparent , il prépara en secret ses moyens pour les attaquer. Avant la pointe du jour du 37 novembre, une sortie en trois colonnes fut dirigée par le général Rdssy soûs les yeux même d’Elliot , contre les travaux des ennemis. Ceux-ci furent surpris d’une apparition si subite, leurs travaux avancés furent détruits, leur artillerie fut éteinte, et en moins d’une heure il ne leur resta plus qu’un monceau de ruines. Cette opération fut conçue et exécutée avec une habileté et une intrépidité que justifia pleinement le succès. Les Anglais n’eurent que quatre hommes de tués vingtcinq blessés; perle peu considérable, qu’il faut attribuer plutôt aux hasards inévitables d’une
CHARLES JH.
attaque de nuit, qu’aux efforts des ennemis. (■)
Les assaillans , honteux et indignés de l’affront fait à leurs armes , reprirent leurs travaux avec une nouvelle ardeur. Ils employèrent toutes les ressources de l’art pour découvrir des moyens nouveaux de nuire aux assiégés. Les promesses de récompenses magnifiques firent de toutes parts éclore des projets ; les uns étaient hasardeux jusqu’à l’extravagance, les autres trop ridicules pour mériter une sérieuse attention. On eût dit que tous les officiers du génie que contenait l’Euvope , avaient réuni leurs efforts et leurs talens contre les braves défenseurs de ce rocher formidable. Parmi tant de projets, celui qui fut pré-” senté par le chevalier d’Arçon , officier du génie ** français , d’un très grand talent et de beaucoup de réputation , mérita la préférence sur tous les autres. Convaincu de l’inutilité de tous les efforts, s’ils étaient seulement dirigés du côté de la terre, et se rappelant les moyens dont les Anglais s’étaient servis naguère pour s’emparer de la
(') Cette sortie d’une partie de la garnison de la place fut faite avec non moins d’audace que de rapidité. Mais on peut la qualifier d’irréfléchie ; cAr si les troupes anglaises avaient été repoussées, et chaudement poursuivies la nuit, à la distance de sept cents toises de la place, elles auraient pu compromettre le sort de celle-ci; tandis qu’en admettant que la sortie eût été couronnée du plus grand succès , tout le mal fait aux assiégeans pouvait être aisément réparé. ( M. le généra! O/arril. )
CHAP. LXX 1 V. I781-I782. 28 l
place (*), il conçut le projet de combiner avec les attaques par terre, d’autres attaques aussi vives et aussi fortes du côté de la mer, et ce au moyen d’une escadre de batteries flottantes, d’une telle construction et d’une si grande solidité que, pour se servir de ses propres expressions, elles seraient incombustibles , et qu’elles ne pourraient non plus être coulées bas. Dix vaisseaux ,. depuis six cents jusqu’à quatorze cents tonneaux , y furent destinés. On employa deux cent mille pieds cubes de bois dans leur construction. Les batteries étaient plus épaisses que celles en usage sur le plus gros vaisseau. L’ingénieur voulait en faire autant de citadelles, à l’abri de la bombe par leur bastingage au-dessus, et à l’épreuve du canon du plus gros calibre par leur épaisseur sur les côtés , de manière à n’avoir à craindre dans le combat que quelques' boulets qui pourraient entrer par une embrasure, et ne feraient que traverser le bâtiment en sortant par l’embrasure opposée.
On aurait soin de tenir toujours cette embrasure ouverte afin de garantir le dedans de la batterie des matières inflammables que l’ennemi voudrait y introduire. Pour préserver ces prames de l’in-
(*) Nous ne voyons pas comment d’Arçon a pu imaginer ses batteries flottantes d’après la prise de Gibraltar par les Anglais, qui s’en emparèrent lorsqu’il n’y avait qu’une garnison de cent hommes. D’Arçon aura peut-être profite des idées émises à Ce sujet par le célèbre tacticien espagnol , le marquis de Santa-Cruz de Marcenado.
cendie des boulets rouges , l’ingénieur avait imaginé des tuyaux de communication intermédiaire dans le bois même, qui tournaient toute la batterie, et qui devaient verser continuellement de l’eau dans toutes les parties, pour nefc ^ * craindre dans aucun cas qu’un embrasement mo-Çj mentané. Cet appareil ingénieux consistait en fcV'ü un réservoir, en dedans delà batterie, dont l’eau, tirée par des pompes, devait être dirigée par des ! ^ conduits formés d’une matière poreuse, placée dans toutes les parties de la machine comme les* artères et les veines du corps humain , et qui conserverait le bois dans un état permanent de saturation. Chaque batterie était armée depuis huit jusqu'à vingt pièces d’artillerie, faisant en tout cent quarante-deux. La moitié à peu près de ce nombre se trouvait en réserve (*). Elles n’avaient qu’une seule voile pour les mettre en mouve-
Aï W m ’’ •-•<£* t * lAr-iÉ'.
C) liste des batteries employées dans la célèbre attaque
contre Gibraltar :
Canons Canons de service, de reserve. Homm.
Pa'stora :
ai
Talla Piedra.. . .
ai
Paula Prima..,
ai
Fl Rosario
San Cristoval. . .
Principe Carlos.
San Juan
. ®jo
Paula segunda. .
Santa Ana
. 3 oo
sç Lps Dolore?. . .• -.
Commandans.
Le contre-amiral Moreno.
Le prince de Nassau.
Don Cayetano Langara; ;
Don Federico Gravina. „r Don Francisco Xav. Munoz.
Don Antonio Basurta.
Don Josef Angeles Don Pablo de Cosa.
Don Josef Goicoechea.
Don Pedro Sanchez.
CHAÎ*. LXXIV. 1781-1782. 285
ment , -et des ancres et des câbles pour les arrêter et les retirer en ca§ de besoin. Plus de cinq mille hommes étaient attachés au service de cet armement. Après ibeaufcoup d’incertitude et de chabgemens sâr l’endroit où l’attaque devait avoir lieu , on s’arrêta enfin à l’idée de concentrer le feu de ces machines^ là distance de quatre cents toises^ntre le vieux môle et le bastion royal. Pour a'ttireÊ vers d’autres poitits l’attention de la garnison," et augmenter les dangers pour elle, le fçont attaqué devait être inquiète par le feu des ; . batteries du côté de la terre, qui lanceraient sans ♦cessé* des boulets et de5 bombes contre la place , ainsi que par celui d’un grarfd nombre de canon- ' mères et ne bombardières. Les.vaissfeaux de ligne prendraient part aussi à cette effroyable *can on- (
nade. Après qu’une attaque continuelle pendant' plusieurs jours aurait renversé la muraille, et épuise la force de la garnison, un nombre considérable de troupe$£çraient embarquées sur des radeaux et des bâteaux plats, et elfes emporteraient la place d’assaut. 'L’attaque devait être soutenue par un semblable effort au, côté de la terre. Oii y *
• travaîîlait*sans > relàche à Creuser une nouvelle jk. * mme poussée jusqu’au" pied même dès ouvrages extérieurs. Dans l iotervalle, la partie la plus .* considérable de l’escadre devait croiser à l’entrée j du détroit, et intercepter l expédition que l’on,* atténuait d’Angleterre. ♦ •
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Le projet obtint l’approbation de Florida- Blanca, et fut présenté au roi, qui adopta plusieurs changeniens proposés par l’habile ingénieur. L’équipement eut lieu dans le port d’Algésiras, où les travaux furent poussés avec la plus grande activité.
Le duc de Grillon, le vainqueur de Minorque, fut nommé pour diriger l’entreprise. Ses troupes victorieuses, remplies d’enthousiasme par la prise qu’elles venaient de faire d’une place regardée comme un second Gibraltar, mirent gaîment à la voile dans l’espoir de partager l’honneur d’un succès qu’on tenait pour assuré, et d’ajouter un nouveau fleuron à la couronne qu’elles avaient déjà gagnée. Leur jonction faisait monter l’armée assiégeante à quarante mille hommes. A la vue de tant de moyens réunis, et d’une agglomération si considérable de forces, on n’avait plus aucun doute sur la réussite; plus le moment approchait, plus l’enthousiasme était exalté. Le monarque lui-même partageait l’ardeur générale, malgré le calme naturel de son caractère. Le matin, sa première question était : Est-elle prise ? si la réponse était négative , il ne manquait pas de répliquer : Elle le sera bientôt. Dans l’armée , et sur les escadres combinées, l’ardeur et la joie étaient encore plus grandes qu’à la cour, et dans le reste de la nation. Le moindre doute du succès était non seulement tourné en ridicule, mais
,Dig
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regardé même comme criminel. «Un concours extraordinaire de spectateurs remplissait le camp de Saint-Roch , et couvrait les montagnes environnantes. La première noblesse de l’Espagne, les officiers militaires les plus distingués, le comte d’Artois et le duc de Bourbon eux-mêmes se rendirent au camp pour être témoins du triomphe de l’Espagne et delà défaite des Anglais; ils allaient voir la prise d’une place qui avait jusqu’alors bravé tous les efforts de l’art et de la valeur.
• Ma s il était plus aisé de se bercer d’espérance, de faire de beaux projets , et de calculer mathématiquement l’emploi des masses inertes de matière , que de prévoir l’effet des accidens , d’apprécier l’inconstance des élémens, ou l’influence encore bien moins sûre des passions humaines. Le moment décisif approchait; tout était en mouvement; on voyait agir à la fois la vivacité française, la jalousie nationale, les intrigues de la rivalité; l’autorité manifestait des alarmes et de la méfiance; on lisait sur les visages la présomption des uns, la crainte des autres, c’était une agitation aussi variée qu’universelle (*). La saison s’avançait, on attendait d’un moment à l’autre l’arrivée d’une escadre anglaise ; on paraissait surtout redouter les boulets rouges dont l’ennemi avait déjà fait un heureux essai, puisque contre toute attente il venait de détruire une des batte-
(i) Bouaoonv, volume III , page 209.
ries de terre, et les ouvrages. qui les avoisinaient;
on craignait que cet accident 11 e refroidit la confiance inspirée par de si grands préparatifs : toutes ces causes firent précipiter l’attaque.
Crillon lui-mênle ne regarda point d’un œil favorable le projet d’un ofiicier subalterne , à qui on attribuerait une grande partie de la gloire de l’entreprise, si elle réussissait. Sur des remontrances que lui fit l'ingénieur, relativement, à *
* des-changemens à faire dans les dispositions, il s’écria : «Vous avez un amour de père pour Aros * batteries, et vous ne songez qu’à leur conservation .'Si les ennemis voulaient s’en emparer, je les brûlerais à leur barbe. » Dans une autre occasion, il disait en plaisantant, mais avec amertume : « Vous avez été appelé ,en Espagne pour exécuter mon plan d’attaquer Gibraltar par des batteries flottantes. Votre commission est terminée, lç reste m’ appartient. » 11 écrivit à l’amiral don Buenaventura Moreno, qui demandait quelque retard : « Si vous ne commencez pas l’attaque sur-le-champ, vous êtes un hommq sans honneur. >>(*) '3! .
Enfin ce vaste appareil fut mis en mouvement. On s’aperçut que la partie la plus essentielle du projet était manquée. La circulation de l’eau à travers les batteries y en avait attiré une si grande
(*) Le lecteur va bientôt savoir l’opinion du duc de Crillon sur les batteries flottantes.
Digitizadfey Gaogle
C1IAP. LXXIV. — I781-I782. 287
quantité , que leurs commandans commencèrent à craindre de 11e pouvoir se servir de la poudre ; ils sq, contentèrent d une irrigation superficielle. D’autres précautions furent également négligées ; par exemple, on ne prépara ni ancres ni câbles pour faciliter la retraite.
L’attaque commença par une épouvantable canonnade de l’artillerie des tranchées. Le signal fut donné dans la matinée du 1 3 septembre , la superstition remarqua ce nombre treize ; les batteries vinrent se placer sur les points qui leur avaient été désignés ; avant dix heures elles se trouvaient déjà à l’ancre, à la distance de six cents toises des fortifications. Quoique la garnison ne fît rien pour empêcher cette manœuvre , les batteries ne purent parvenir à la position projetée, et elles se trouvaient exposées à recevoir toute la portée de l’artillerie qui les dominait. Un vent violent qui s’éleva, la mer qui était houleuse, rendirent très peu nécessaires pour l’atlaque les bombardières et les canonnières. Les mêmes causes s’opposèrent à la coopération de l’escadre. Quant au feu des tranchées, la distance était trop grande, sa direction trop incertaine, pour qu’il pût produire l’effet qu’on s’en était promis.
A peine lesprames eurent-elles mouillé, qu’une vive canonnade commença, soutenue par toute l’artillerie et les mortiers des tranchées dans toutes les directions, et sans discontinuer d’un seul ins-
tant. La place commença son feu aussitôt. Il est impossible de décrire le bruit que fît cette canonnade épouvantable ; quatre cents pièces de gros calibre jouaient à la fois, chose qui ne s’était jamais vue depuis l’invention de la poudre. On peut dire que dans cette occasion les efforts de l’homme semblaient rivaliser avec les grandes opérations de la nature , quand la foudre fait entendre ses plus terribles détonations.
Pendant quelques heures l’attaque et la défense furent balancées; on ne pouvait remarquer aucune supériorité ni du côté des assaillans, ni du côté de la place. Les batteries flottantes paraissaient aussi formidables qu’on l’avait dit. Elles défiaient tout le fracas de l’artillerie : les obus les plus forts rebondissaient sur leurs hunes, et se perdaient dans la mer; pendant très long-temps les boulets rouges que l’ennemi lançait avec une rapidité et une précision inconcevables, ne paraissaient faire aucun mal. La lutte continua avec acharnement pendant toute la journée ; à sept heures du soir le brave Elliot demandait avec une surprise mêlée d’anxiété, à quelques matelots espagnols que le mauvais temps forçait d’entrer dans le port : « Quelle est donc la composition de ces machines sur lesquelles les boulets rouges ne produisent aucun effet? »
Mais le moment de leur destruction approchait. Outre les secours qu’elles recevaient par terre et
par mer, les troupes employées dans leur service dangereux, étaient persuadées qu’elles étaient indestructibles; telle était l’idée qu’elles avaient des batteries flottantes. Elles croyaient aussi que la garnison ne pourrait lancer plusieurs boulets rouges à la fois ; mais elles changèrent d’idée , et leur surprise fut extrême quand elles virent que les boulets rouges pleuvaient de toutes parts, lancés continuellement avec une précision extraordinaire, et que plusieurs, qui avaient pénétré dans les flancs des vaisseaux, ne pouvaient être éteints. Les troupes alors furent saisies d’une terreur panique. La confusion devint générale, et le désespoir suivit d.c près. Non seulement on suspendit tous les efforts dirigés pour incommoder l’ennemi, mais on ne fit aucune disposition pour commencer la retraite. (')
(1) L’ingénieur, qui se trouvait en personne à bord de la Talla-Piedra pendant l’attaque , dans le premier moment de la consternation s’accusait d’être lui seul cause de la non réussite. 11 écrivit à Montmorin , l’ambassadeur de France à Madrid : « J'ai brûlé le temple d’Éphèse, tout est perdu , c’est ma faute; ce qui me console dans mon malheur, c’est que l’honneur des deux rois n’est point terni. » Plus tard , cependant, il revint de sa consternation et rédigea une apologie de sa conduite et de son plan , sous le litre de Mémoire pour servir à l'histoire du siège de Gibraltar , par l’inventeur des batteries flottantes , à Cadix 1783. Voici la relation qu’il nous a laissée de cette catastrophe. Elle ne peut manquer d’intéresser le lecteur , puisqu’elle vient de la
wr-
Dans l’intervalle, le feu de la place devint plus vif : à minuit la conflagration de ces deux batteries principales fut inévitable , et les boulets rouges commencèrent à produire un effet alarmant.
personne la mieux instruite de tous les détails , et la plus vivement intéressée dans cet événement mémorable. *
« La Talla-Piedra , dit-il , était à l’ancre devant la place en même temps que la Pastora, avant dix heures du matin. Le feu des deux batteries commença sur-le-champ : celui de l’ennemi , d’abord extrêmement vif et constant , se ralentit dans l'après-midi , mais il continua toujours, sans interruption , jusqu’à trois heures. Parmi les nombreux boulets rouges qu’on éteignit , un seul nous alarma. Notre feu commença alors à se ralentir. L’ennemi proüta de cette interruption; il recommença une canonnade bien plus effroyable, et obtint alors une supériorité décidée qui rendit inutiles tous nos efforts pour arrêter les progrès des flammes. Nos craintes s’augmentèrent , et un ordre donné avec précipitation pour mouiller la poudre, occasionna une cessation totale de canonnade. Comme nous ne pouvions plus cacher l’incendie qu’annonçaient les nuages de fumée , notre danger devint alors plus imminent, et il fut impossible de parvenir à éteindre'les flammes. Il ne restait alors d’autre parti à prendre que de retirer les batteries flottantes.
« Les progrès de la conflagration étaient extrêmement peu considérables : ce fut le même boulet qui mit le feu d’abord dans la partie extérieure de la batterie , et ensuite dans les charnières intérieures; mais ce feu occulte, qui aurait pu être facilement éteint en s'éloignant à une certaine distance du feu continuel de la place, s’annonça pendant
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Pendant cette crise, plusieurs fusëes volantes ayant été lancées, en signe de détresse, un grand nombre de chaloupes, canots et felouques furent envoyés de l’escadre pour sauver les équipages : mais au milieu de cette opération, le * ~ * * •% T/** ,*• £ X
six heures par la fumée ; ce ne fut que vers minuit qu’on perdit l’espoir de le maîtriser. Les batteries étaient intactes. Cependant on décida de leur faire subir la même destinée qu’à la Talla-Piedra. -Toutes furent abandonnées , et comme les boulets ronges de l’ennemi ne suffisaient pâs pour les
incendier, on ordonna d’y mettre ie feu. Cet* ordre ayant
été mal exécuté, plusieurs furent entièrement incendiées avant que l’équipage les ,eût abandonnées. Quatre se trouvèrent encore entières le lendemain à six heures , après avoir résisté également aux tentatives que l’on fit pour les incendier, et aux boulets rouges que lançait l’ennemi.
v L’ingénieur, entièrement occupé de retarder les progrès du feu à bord de la Talla-Piedra , 11’eut aucune connais-
sancc de cette disposition ; il proposa d’employer des moyens pour remorqtler le vaisseau, l’éloigner du danger , et le réparer. L’ôfficicr chargé de cette commission ne ffeit pas réunir le nombre de matelots nécessaire pour cette manœuvre. v
« A sept heures du soir, l’amiral de Guichen offrit l’assistance de l’escadre française po^r soutenir les batteries , et quoique les affaires ne se trouvassent point dans une situation satisfaisante , il lui fut répondu que tout allait à merveille, et qu’on n’avait pas besoin d’assistance. Plusieurs canots avaient cependant été envoyés pour annoncer l’état de la Talla-Piedra . Les neuf autres batteries se trouvant placées à une bien plus grande distance , et par conséquent moins exposées au feu de l’ennemi , étaient dans un état
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brigadier Curtis s’avança avec douze canonnières , et foudroya la ligne formée par les batteries flottantes , avec un feu continuel et bien nourri, tandis que celles-ci étaient incommodées sur leur front par l’artillerie de la garnison. Les canots furent donc forcés de se retirer, et de laisser un grand nombre de troupes abandonnées à leur sort. On voyait dans ce moment terrible beaucoup de soldats se cramponner aux côtés des vaisseaux et chercher en vain à s’échapper, d’autres flottaient sur des débris; tous faisaient entendre des cris plaintifs , et demandaient qu’on vînt à leur secours.
Pas un seul homme de tous ceux qui étaient restés sur les batteries flottantes, n’aurait pu ’se soustraire aux horreurs réunies du feu , de l’eau et des combats, si les Anglais n’eussent montré
plus favorable pour être retirées et réparées. Cette retraite, dont on avait prévu la nécessité, qu’il était si facile d'exécuter, et qui était devenue absolument indispensable, ne fut pas même commencée. L’ingénieur se maintint à bord de la Tclla-Piedra jusqu'après minuit; alors il alla demander des secours à l’amiral. Celui-ci l’envoya au général qui avait formé le plan d’attaque avec le commandant des batteries flottantes. A son arrivée au quartier général , le général se trouvait absent, mais il y apprit que l’ordre avait été donné de tout incendier. » (*)
(*) Ce fut le général Moreno qui , désespérant de sauver aucune prame, et voulant qu’elles ne devinssent pas la proie des Anglais, ordonna qu’on laissât brûler celles qui étaient incendiées, et qu’on mît le feu à toutes les autres. .
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autant d’humanité que de bravoure : à peine la destinée de l’entreprise eut- elle été décidée que le feu de la garnison cessa tout à coup; et l’on ne montra pas moins d’empressement à secourir les malheureuses victimes , qu’on avait déployé de zèle et d’activité à la faire échouer. Le brave brigadier retira plusieurs blessés du milieu des flammes : on le vit sauver deux cent cinquante hommes d’une mort imminente, et ne discontinuer ses services bienfaisans que lorsque sa vie se trouva exposée aux plus grands dangers , par les explosions qui éclataient à ses côtés. Sur cinq mille employés dans cette attaque, deux mille perdirent la vie; les Espagnols brûlèrent euxmêmes leurs batteries flottantes, qui n’étaient pas très endommagées. Enfin, avant la fin du jour , à peine restait-il des traces de cet arme- ' ment formidable, qui, pour nous, servir des t expressions employées par l’ingénieur lui-même, ' fut dissipé en un instant et s’évanouit comme une vapeur légère dans les airs.
L’abattement que causa cet .échec fut égal h l’enthousiasme qui régnait avant l’attaque : l’im- ' y mense foule des spectateurs accourus de toutes parts , rayonnans de joie , se dissipa , la tristesse .3 dans l’âme et sur les visages. Les princes français,
, qui avaient entrepris un voyage rapide jusqu’aux colonnes d’Hercule, pour honorer de leur présence une conquête qu’ils croyaient certaine,
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294 CHARLES Ut.
quittèrent le camp aussitôt après le désastre dont * ils furent témoins; et à leur retour à l’Escurial,
.ils reçurent un accueil moins affectueux que.;.» "celui qu’on leur avait fait partout à leur passage. (*) V v* ...
Il restait encore, malgré cette catastrophe , une lueur d’espérance aux Espagnols : la garnison était épuisée de fatigue; elle manquait de provisions, n’avait pas beaucoup de munitions, et ne pouvait tenir long- temps si elle ne recevait pas de secours. On croyait que la Grande-Bretagne ne pourrait équiper une escadre assez forte
pour pouvoir ravitailler la place en présence de l’escadre combinée. Mais dans les premiers jours d’octobre on découvrit, à la hauteur du cap Saint- Vincent, lord Howe avec seulement trente vaisseaux de ligne, et embarrassé d’un convoi de transports. On regarda ce projet comme un trait de folle imprudence, et l’on croyait que toute" « l’expédition allait être anéantie; car outre l’escadre combinée de soixante-quatorze vaisseaux et plusieurs frégates, on avait armé une multitude de petits bâtimens, des canonnières et des brûlots. De plus, à l’instar des Anglais, on avait préparé des fourneaux pour chauffer des boulets rouges et détruire les transports et les bateaux plats aussitôt qu’ils entreraient dans la baie. >
(*) Nous avons licti de croire cette assertion au moins
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Comme l’escadre anglaise s’approchait, les escadres combinées, au lieu de disputer le passage du détroit, se placèrent devant le port pour empêcher l’introduction des secours; mais le 10 octobre, à minuit, un violent ouragan les força de reprendre le large : le Saint-Michel , de 74 * échoua sur la côte et fut pris par la garnison ; deux furent jetés dans la Méditerranée, deux autres parvinrent non sans beaucoup de difficultés à gagner Algésiras. Trente canonnières et d’autres petits bâtimens armés échouèrent ; enfin tout l’armement souffrit considérablement et se dispersa par la violence des vents. On apprit ce- 1 pendant le lendemain que les Anglais avaient passé le détroit en deux lignes dans l’ordre le plus parfait, ayant le convoi en arrière et cinglant vers les côtes d’Afrique. Un peu avant le coucher du soleil, on vit, du roc de Gibraltar, d’avant-garde et l’escadre voguant vers l’est dans l|p Méditerranée ; et quatre transports avaient* réussi à entrer dans le port.
Alors l’amiral espagnol, Cordova, convoqua un conseil de guerre, dans lequel il fut décidé à l’unanimité qu’il ne fallait pas attaquer l’ennemi avant que l’escadre n’eût réparé ses avaries. Cette nuit même, plusieurs vaisseaux furent encore très endommagés par la tempête ; ce ne fut que le 1 3 , dans l’après-midi, que l’escadre combinée hasarda d’aborder l’escadre anglaise. , • •
f CHAP. LÎXIV. I781-I782. 297
Malgré des échecs répétés, on continua le siège ; un plan encore plus bizarre que celui des batteries flottantes, fut conçu dans le but de détruire les fortifications. 11 s’agissait de pratiquer sous le rocher une mine d’une grande étendue ; mais il paraît qu’on mit ce projet en avant plutôt pour nourrir les espérances du roi d’Es- * «r pagne que par l’espoir réel du succès. Les assiégeans , après avoir poussé les travaux avec une assez grande activité, furent sans doute sauvés d’une nouvelle mortification par la cessation des hostilités. (*) (’) j
(*) Malgré les plaisanteries qu’on s’est permises sur cette tentative clandestine contre le rocher de Gibraltar, des témoins oculaires m’ont assuré que lorsque le général Elliot, libre enfin de communiquer avec M. de Crillon , se promenait avec lui autour de cette place , il parut surpris en voyant les progrès qu’avait déjà faits la première dettes mines , et lui dit que s’il les avait connues , il n’aurait pas été aussi tranquille. Ce propos était-il un aveu sincère ou un trait de: politesse ? (Bouacoix , Tableau de l’Espagne moderne , volume III, page 227.)
(') Relation du siège de Gibraltar, par Dainkwasf.b.
Mémoire de M. d' Arçon , pour servir à l’histoire de ce siège; Bkccatini , pages 3 a 8 - 365 . Journaux politiques de Hambourg de 1782, qui contiennent un plan et un dessin des batteries flottantes. Bourgoin, volume III, et dans 1 atlas une carte de la position qui dut être occupée et de celle qu’on se proposait d’occuper. Documens officiels , 1
anglais, français et esp agnols. Compte rendu de l’administration de Florida-Blanca , n° 9.
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