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^ si une division de /« grande armada fût parvenue à occuper <&iajK quelque point fortifié de leur côte près de Portsmouth, et à y j ^ "JV établir une colonie espagnole. ‘ ' ,. -»
Ce fut pour l’Espagne un des grands malheurs de la guerre de la succession , que la perte de cette place importante. Aussi, pendant la durée du dernier siècle , le gouvernement espagnol s’est vu forcé de faire , en pure perte , de la restitution de Gibraltar la base de toutes les négociations avec l’Angleterre; de son côté, la Grande-Bretagne, tout en faisant semblant , dans ses momens de détresse, de vouloir remettre cette acquisition précieuse , a trouvé toujours moyen de l’éluder. Quoique de nos jours la possession de Malte et •% ''-jwj jjMi des îles Ioniennes par l’Angleterre , ait ôté à Gibraltar une * J**> '^*ï •partie de son importance primitive , ’ il est à supposer qu’elle persistera à l’avenir à garder comme par le passé t . cette conquête. *
h *. •. 9 * Charles III, entraîné dans la guerre contre la Grande- >„ > Bretagne, par des affections de famille, ou par d’autres
tJ y* considérations aussi peu politiques , eut d’immenses dépenses à faire pour reconquérir Gibraltar.* S’il avait mieux • envisagé les intérêts de son royaume , il aurait adopté un i . système de neutralité, et cette sage conduite lui aurait ^
», peut-être valu la restitution de la plaçe. Nous examinerons ' '
^ plus tard 1 ensemble des vues de son cabinet; nous nous ^ bornerons maintenant à éclaircir les opérations de ce siège •— 1 —célèbre.
L. idee d attaquer Gibraltar du côté de la mer , vient à ; toute personne en état d’apprécier les grandes difficultés d une attaque du côté de terre. La langue de terre se rétrécit tellement à mesure qü’ou se rapproche de la montagne, que les batteries des assiégcans deviennent inférieures en force et en .précision à celles des assiégés ,, dont quelques unes sont percées dans te roi même. En admettant
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battre en brèche la partie abordable de la place , on peut assurer qu’elle se trouverait toujours isolée, et dominée par les feux de l’ennemi , qui battrait avec six pièces contre une; on serait forcé aussi à donner une grande élévation à ses épaulemens pour garantir les troupes.
Ce furent ces considérations qui déterminèrent le gouvernement espagnol à essayer d’autres moyens d’attaque, et à adopter le projet des batteries flottantes; projet qu’il ■' suivit contre l’opinion du général duc de Mahon, soit qu’il fût séduit par les brillantes promesses de l’ingénieur d’ Arçon , appuyées par le comte d’Aranda, ambassadeur à Paris, soit qu’il se proposât seulement, ainsi que le comte de Florida-BIanca le fit entendre au duc de Mahon, d’effrayer l’ennemi, et de négocier la paix. Les mémoires dè M. de Crillon renferment des détails si précieux au sujet de celte opération du gouvernement espagnol , que nous nous croyons obligé de les communiquer au lecteur.
Charles III fit venir en toute hâte à Madrid le général Crillon, de Minorque, où il venaitde s’illustrer par la prise de Mahon , pour lui confier le commandement difficile du siège de Gibraltar. On avait fait venir en même temps, par son ordre , l’ingénieur français d’Arçon , inventeur des batteries flottantes : le but de cette réunion était de faire expliquer a d’Arcon son projet , devant M. de Crillon , pour pouvoir combiner ensemble toutes les mesures nécessaires pour la réussite. Laissons le duc de Mahon raconter luimême cette entrevue, et les conséquences dont elle fut suivie. S.''' '
« En effet, dès le même jour de son arrivée, M.le comte de Florida-BIanca lui dit: Vous n’ignorez pas que M. d’Arçon travaille à Cadix et à Algeziras , à des machines qu’il a imaginées, qu’on regarde comme infaillibles pour prendre Gibral- * tar, et je crois (comme vous pouvez bien vous en douter) que c'est vous que le roi choisira pour commander ce siège ; j’ai
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C^AP. LXXIV. 1781-1782. 3 oi
pris mes mesures en conséquence pour tous aboucher ensemble; je lui ai écrit de la part de Sa Majesté, d’être rendu ici ce soir même , et nous pourrons prendre un rendez-vous chez moi à huit heures du matin, afin de vous mettre aux mains devant moi. M. de Crillon s’y rendit. C’est là qu’il vit M. d’Arçon pour la première fois de sa vie, et il ne lui fut pas difficile déjuger, dès ce premier moment , qu’il avait plus d’esprit qu'il n’en fallait pour soutenir une mauvaise thèse devant ceux qui ne sont pas du métier; mais cependant, loin d’être effrayé de son éloquence , M. de Crillon n’en devint que plus assuré du suffrage de leur juge commun. Cette entrevue était pour lui trop intéressante , pour qu’il en ait oublié la moindre circonstance; M. de Florida-Blanca, dont la mémoire est aussi sûre que le jugement, se la rappellera parfaitement , et M. de Crillon est assuré que M. d’Arçon est trop honnête homme pour la nier. Ce général commença par prier M. d’Arçon de l’instruire de son plan; etc’est ce que fit tout de suite M. d’Arçon , en étalant sur la table un croquis de la place de Gibraltar du côté de la Méditerranée , avec un plan de ses batteries flottantes battant la place, et à part le profil d'une de ses batteries , dont la grosseur et la construction parut énorme à M. de Crillon ; il lui dit , après lui avoir laissé expliquer le tout bien à son aise : i°. « Monsieur, croyez-vous que vos batteries flottantes seront en état, par leur échantillon , de résister au canon placé en amphithéâtre , qui les foudroiera sans relâche avec la plus grande violence ? Il lui répondit que ses batteries seraient plus épaisses que l’échantillon du plus gros vaisseau, et que comme il voulait en faire des citadelles à l’abri de la bombe , par leur bastingage en dessus , et à l’épreuve du canon du plus gros calibre, par leur épaisseur dans les côtés, il n’aurait à craindre dans le combat que quelques boulets qui pourraient entrer par une embrasure, ne faisant que traverser le bâtiment en sortant par l’embrasure
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opposée qu’on aurait soin de tenir toujours ouverte pour garantir le dedans de la batterie de quelques matières enflammées , que l’ennemi èùt voulu y introduire. Quoique dans ce cas, ajouta-t-il, je nVii serais guère en peine , n’ayant à nous occuper que de cette partie par mille moyens prévus à cet égard , et que je vous expliquerai par la suite.
Mais , monsieur, lui dit M. de Crillon., ( sans aller plus
loin ) , vous aurez bien de la peine à conduire en batterie une masse aussi lourde, et à laquelle je vous prie de me dire combien il'vous faudra d’eau de profondeur. — Pas , plus , lui répondit-il , qu’il n’en faudrait à uu vaisseau de’ quatre-vingts canons armé en guerre. — Mais autant , Reprit M. de Crillon ; il lui répondit oui, et en ajoutant : J’ai l^honneur de vous entendre; vous allez m’opposer la seule objection qu’on puisse faire à mes batteries ; c’est que vous croyez ,
, par suite de leur construction , et étant plus pcsantes.daus leur marche, qu’elles iront plus lentement, et avec plus de difficulté que ne le ferait un vaisseau de ligne ; et cela est vrai, mais au moins elles marcheront; et comme il sera nécessaire de leur éviter le moindre trajet possible quand il sera question de l’attaque , on aura soin, à mesure quelles seront construites, de les faire aller d’avance le plus près de la place , hors de la portée du canon , sous une de nos redoutes, jusqu’à ce qu’étant toutes rassemblées là, et le jour pris pour l’attaque ( la mer étant toujours tranquille dans cette partie ), elles seront conduites à la remorque pour hâter leur marche, et assurer l’opération par autant de chaloupes qu’il en faudra pour aller embosser chaque batterie flottante vis-à-vis du pan de muraille qu’elle sera chargée de battre. M. de Crillon lui répondit : Non , monsieur , ce n’est pas de la marche de vos batteries que je suis en peine, mais c’est de leur approche; et vous venez , en disant qu’elles prendront, étant armées, autant d’eau qu il en faudrait à un vaisseau de ligne de quatre-vingts canons,
* (le me prouver physiquement que l’exécution de votre projet est impossible, puisque, ayant été pendant nn an commandant le camp de Gibraltar, j’ai reconnu, par les sondes que j’ai fait répéter plusieurs fois et en différentes saisons, des approches de cette place , et que j’ai remises au roi par les mains de M. le comte , dans un projet que j’ai présenté à Sa Majesté , qu’un vaisseau de guerre de quarante canons , armé , ne pourrait trouver qu'à la distance de cinq à six cents toises assez de fond pour approcher de la partie que vous voulez attaquer, et vous savez sûrement, monsieur, qu’il est impossible de battre en brèche à une distance plus grande que celle de quatre cents toises. M. d’Arcon ne fut point embarrassé, et répondit : 11 est possible, monsieur, que ceux que vous avez chargés de cette sonde vous aient dit la vérité, mais ils peuvent aussi vous avoir trompé; les marins que j’ai consultés m’ont assuré qu’il y avait assez d’eau pour porter les plus gros vaisseaux de ligne jusqu’à . deux cent cinquante toises de la place; mais vous avez raison ; c’est la base de mon projet , qui ne peut exister sans cette première donnée , dont j’avoue que je n’ai jamais douté un instant jusqu’ici; et comme je suis le premier intéressé à sa réussite , je n’aurai rien de plus pressé , en retournant à Algcziras, que d’en voir faire de nouvelles sondes sous mes yeux. A quoi M. de Crillon répondit que cela était très juste avant tout, pour ne pas perdre un temps précieux , et pour arrêter les dépenses inutiles , s’il fallait combattre l’obstacle invincible de la nature. A cela M. de Florida-Blanca leur dit qu’ils avaient tous deux raison, et ajouta , en souriant, qu’il était fort aise de les voir d’accord.
« M. de Crillon dit alors à M. d’Arçon: Mais, monsieur, puisque vous croyez que vos batteries pourraient s’embosser à deux cent cinquante toises du canon de la place, je les suppose même à quatre cents , étant certain que le canon tiré sur
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terre doit avoir plus de force que celui dont le point d’ap- • pui a un mouvement perpétuel et étant tout aussi sûr que le feu brûle le bois , lorsqu’un boulet rouge sera entré autant qu’il le pourra dans votre bâtiment, et s’y trouvera incrusté , qui est-ce qui l’en ôtera , et qui est-ce qui en éteindra le feu? — Ho! monsieur, c’est là, répondit-il, la seconde base de mon projet; j’ai des tuyaux communicatifs dans le bois même , intermédiaires , qui tournent toute ma batterie, et qui versent de l’eau perpétuellement dans toutes ses parties en assez grande abondance pour ne craindre, dans aucun cas, qu’un embrasement momentané. M. de Grillon lui répondit : Mais, monsieur, si un coup de canon brise un de vos tuyaux, que deviendra la communication de l’eau ? Il répondit peut-être d’une manière satisfaisante pour un homme très versé dans la mécanique; mais M. de Crillon lui avoua qu’il n’en savait pas assez pour l’entendre à cet égard ; et M. de Florida- . Blanca dit alors qu’il convenait qu’il ne comprenait pas davantage cette perpétuelle circulation à l’abri du canon ; mais qu’il fallait sur cela s’en rapporter aux gens de l’art , et qu’on l’avait assuré , de Paris , que les plus habiles ayant été consultés , tous étaient d’accord que l’invention était physiquement démontrée ; ainsi, que nous ne pouvions nous refuser à ces assertions, puisque nous convenions nous- •« mêmes que nous n’y comprenions rien , et que nous perdions notre temps dans les démonstrations qu’on voulait nous donner. Mais, monsieur le comte, reprit M. de Crillon, cela est cependant d’une si grande conséquence à établir, que je voudrais qu’on fit une expérience de l’incombustibilité des batteries avant d’entreprendre une si grande opération. •
M. d’Arçon qui lui parut toujours de bonne foi sur son projet , parce que les plus habiles peuvent se tromper , et .se faire illusion sur leurs enfans chéris, accepta sur-le-
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champ l’épreuve , en ajoutant qu’il en serait fort aise, con- * venant qu’il l’avait crue jusque-là si assurée, qu’il ne l’avait jamais faite; et M. de Florida-Blanca répéta encore , qu’il était bien aise de les voir d’accord. « Il me reste un troisième article à éclaircir, ajouta M. de Crillon, en supposant, pour préalable à tout, i°. qu’il y aura suffisamment d’eau pour nous mettre à portée de faire brèche à la muraille; i°. que vos batteries ne seront pas brûlées par les bombes , le boulet rouge, et les artifices; mais, dites-moi donc alors, je
* vous prie , en admettant la troisième supposition que La placé sera ouverte , comment traverserez-vous deux cent cinquante ‘toises de mer pour monter à l’assaut? — Ho! dit-il , on rassemblera de Cadix et de tous les ports, deux initie barques de tonte espèce ; la mer eo,sera couverte entièrement, toutes les batteries de la place seront ruinées , toutes les murailles à bas, et certainement le gouverneur n’attendra pas d’être emporté d’assaut. >/ A cela M. de Crillon 11e répondit rien. La conversation durait depuis , près de trois lierres; et il la coupa, en disant à M. d’ Arçon : « Mes-
• /. Sieurs , nous oublions, que M. le comte de Florida-Blanca
nous écoute depuis huit heures du matin ; nous n’avons que cette affaire , *et il doit peut-être parler de toutes celles ded'Europe : nous dînons chez lui ; je vous mènerai pro- . mener dans mon carrosse après midi, si cela vous convient.
. Nous avons tout ce temp£là à causer tête à tète ; et si M. le coînté veut bien nous indiquer un quart-d’heurc dans la soirée, nous lui rapporterons notre résumé , et vous serez en état de pouvoir repartir demain matin pour votre destination. »
r.Lorsque le duc de Malion se trouva seul avec le ministre, il lui déclara 'qu'il lui était absolument impossible de se charger de ce projet , fondé sur deux bases, dont il était assuré que la première ne pourrait avoir lieu : étant certain , à l’égarddos sondes, qu’elles se trouveraient sûrement con- V. 20
3û6 CHARLES III. * . .
forme» à celles qu’il avait fait faire souvent ; que la seconde ,
sur son tuyau communicatif, lui paraissait moins que- sa- > * tisfaisante contre l’effet des boulets rouges , « et qu’enfin , son moyen proposé pour un assaut ( heureusement impassible à donner ^ révoltait l’humanité, et toutes les notions militaires ; étant bien reconnu qu’on ne peut donner un assaut qu’avec de bonnes colonnes bien formée», bien serrées , et dont la masse puisse entamer celles des assiégés , au lieu . de descendre et attaquer par pelotons qui seraient culbutés dans la mer, avant de mettre pied à terre , par une garnison de dix mille hommes toute prête à «pus recevoir, ne pouvant être surprise, et en état de détruire en détaill’armée de Darius sans être entamée, et se tenan&à couvert derrière-des débris de muraille , causés par des boulets ffui , ne fussent-ils tirés que de deux cent cinquante toises, ne pouvaient jamais avoir battu la muraille par le bas , et n’auraient fait que donner aux ennemis uif double rempart impénétrable, qu'ils n’abandonneraient qu’autant qu’ils le voudraient, surtout au moment de l’arrivée sur eux de nos petites barques , moment où aotre artillerie ne pourrait % plus nous aider. »
M. de Florida-Blanca répondit à M.Me Crillon qu’il le comprenait très bien sans être du méfier , et que toutes les raisons qu’il avait opposées à M. d’ Arçon contre son . projet, l’avaient frappé; mais 4^ e tous les arrangemens ^ étaient faits en conséquence de ce projet présenté par un ambassadeur du roi , capitaine-général comme lui , soutenu par tous les ministres de France , et approuvé par Sa Ma-. jesté Très Chrétienne, notre bon allié, qui nous fournissait des troupes pour l’exécution de ce plan auquel ces ministres ont mis toute leur confiance; «enfin, ajouta M. le comte de Florida-Blanca , le roi le veut , parce qu’il n’est plus temps ( vu les grandes dépenses qu’on a déjà faites pour les préparatifs de ces batteries flottantes ) de chercher a en faire
pr
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de nouveaux pour votre projet, ou tout autre. » Le ministre ajouta à M. de Crillorï que Sa Majesté avait jugé sa personne nécessaire pour Ja réussite du siège, attendu la confiance et l’amour qu’il venait d’inspirer à la nation par la ■* conquête de Mahon , ainsi que par rattachement que le soldat français avait toujours eu pour M. de Crillon.
M. de Florida-Blanca lui représenta qu’il déplairait très fort au roi s’il n’acceptait pas ce commandement, surtout presque dans le moment que Sa Majesté lui avait donné le bâton de capitaine-général de ses armées , et la grandesse de première classe à përpétuité; «enfin, lui répéta-t-il, le roi • le vêtit et est le maître , je -vous le demande à ce titre comme son'ininistre , et je vous en prie comme votre ami. » M. de r Crillon lui répondit : « Monsieur , je sens tout ce que vous me dites, et jusqu’aux larmes; je sais fort bien par mon devoir, par ma reconnaissance', et par mon attachement à l’auguste maison de Bourbon, que le roi est le maître de ma vie, et je suis prêt à aller tout à l’heure, si Sa Majesté le veut, essayer, avec ma tête, de renverser le
rocher de Gibraltar : mais si le roi est le maître de ma vie,
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ni lui, ni personne dans le mondg ne le sont de mon honneur, et je ne veux pas m’exposer à le perdre , en acceptant une pareille commission. » M. de Florida-Blanca s’en souviendra très bien , et certifiera tonte cette conversation. Ce ministre ne répondit rien , eut l’air de penser un moment, et dit à M. de Crillon : Laissez-moi passer un instant dans mon cabinet, et restez ici. Il ne tarda pas à revenir, et dit alors à M. de Crillon : « J’ai connu votre sagesse, et surtout votre discrétion , votre conduite dans la conquête de Mahon; ainsi je' vais vous parler avec confiance; nous sommes en mesure de faire la paix , et c’est la prise de Gibraltar qui doit en décider les conditions. Toute l’Europe a les yeux ouverts sur le projet de M. d’Arçon , et le regarde comme assuré : la Franâc n’en doute point, et nous
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savons , par toutes les nouvelles d’Angleterre, que les Anglais sont si prévenus sur le succès de cette entreprise, qu’il y a toute apparence que le gouverneur de Gibraltar, homme de mérite, et aussi sage qu’il est brave, ne voudra pas s’obstiner ’au parti hasardeux de se laisser emporter d’assaut , dès qu’il verra sa place ouverte , ou que du moins il aura reconnu la possibilité de le donner , dont vous serez d’ailleurs toujours le maître de retarder le moment. Alors vous nous enverrez un courrier pourdemander au roi ses dlr-
niers ordres , en insérant dans votre lettre vos réflexions
sur cette entreprise.. Yoilà ce qui dépendra de vous; et pendant que pour son exécution vous ferez traîner vos préparatifs, nous aurons le temps de pousser nos négociations sans vous compromettre, ni l’armée du roi. Les deux opérations préliminaires de savoir si les bâtimens auront assez d’eau pour se mettre en mesure de battre en brèche, et assez de moyens de défense pour n’ètre ni brûlés , ni submergés , ne sont en rien de votre ressort : et puisque vous avez fait toutes vos protestations à cet égard, en supposât comme reconnues toutes les impossibilités que vous prévoyez dans l’exécution de ce projet , vous n’y êtes pour rien. Si au contraire la brèche est possible à faire , et est suffisante pour déterminer l’ennemi à rendre la place , vous aurez toute la gloire d’avoir fait coup sur coup , presque
dans la même campagne, la conquête de deux places regardées comme imprenables, et d’avoir en même temps procuré la plus belle paix à l’Espagne 'et à la France , sans avoir rien perdu de la réputation dont vous jouissez. Acceptez donc la commission que le roi veut vous donner, vous ne pouvez la refuser , quoique vous vous soyez entièrement opposé à ce projet, puisque Sa Majesté croit qu’il est utile et indispensable pour le bien de son service, et pour y donner plus de confiance , que ce soit vous qui en soyez chargé. Si nous notts trompons dans notre attente