CHAPITRE ADDITIONNEL
viléges exclusifs, que Roda vit' se réaliser, surtout après le dernier coup qui leur fut porté par le prince de la Paix , on n’a pas vu les emplois de la magistrature judiciaire remplis par des personnes montrant en général plus d’intégrité, de savoir et d’honneur que les colegiales majores.
Mais tous ceux qui étaient destinés au barreau, et qui ne pouvaient compter sur les avantages des colegios majores , s’indignaient avec raison d’être privés des privilèges dont ceux-ci jouissaient. On se révoltait contre l’injustice qu’il y avait de préférer pour toutes les places, les membres de ces associations, sans s’informer s’il n’existait pas, hors de l’enceinte de leurs murs, d’autres personnes instruites et capables de les mieux remplir. Si l’on en croit don Lorenzo Joaquin de Villanueva, dans sa Fie littéraire, publiée en langue espagnole à Londres en 1825, ce fut le célèbre savant Perez Bayer qui contribua beaucoup à dessiller les yeux de la cour sur les abus de cette institution. Professeur de langue hébraïque dans l’université de Salamanque, il eut occasion de voir les désordres habituels de ces maisons, et devenu plus tard précepteur des infants don Gabriel et don Antonio, il profila de sa faveur auprès du roi pour lui persuader la nécessité d’y mettre un terme ('). Il parait qu’il existe dans
(') Baver dit à HT. Villanueva, qui l’affirme dans sa Vie littéraire, tnme I , page i i , qu’un- revenu de 8(nooo ducats
CfeARLES III.
la bibliothèque dè l’Escurial et dans celles du roi à Madrid et des universités de Salamanque et de Valence, un recueil fait par Bayer lui-mème, des pièces qu'il présenta à l’appui de ses assertions sur les abus qu’il signalait.
Quoi qu’il en soit , l’extrême antipathie de don Manuel de Roda contre cet ordre privilégié, auquel on portait tant d’envie, lui donna une grande considération parmi les gens de robe qui, en Espagne, comme dans d’autres pays, forment un corps nombreux, actif et formidable. Mais son caractère ardent, fougueux même, l’engagea dans une vive querelle avec un personnage de haut rang qui jouissait d’un grand crédit à la cour. Le duc d’Albe, son protecteur et son ami , jugea convenable de l’éloigner du barreau ; et afin que cet éloignement eût lieu d’une manière honorable pour lui et pour son client , il obtint à celui-ci une mission publique à Rome. Il parut dans cette ville en qualité d’agent général du roi d’Espagne. Ce fut là qu’il dut acquérir des connaissances et des renseignemens qui lui furent dans la suite d’une si grande utilité pour l’exécution de son plan favori d’expulsion des Jésuites.
On ne connaît pas d’une manière précise quels furent les motifs qui déterminèrent Charles III à dévier, à l’égard de Roda, de sa règle générale de
lui fut promis s’il abandonnait cette idée. La personne fjui lui faisait cette offre devrfît être puissante.
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CHAPITHE ADDITIONNEL. 3g
nommer les ministres sur la recommandation de leurs prédécesseurs. Roda remplaça le marquis de Campovillar, élevé dans les colegios majores , et très attaché aux Jésuites. Il fut nommé ministre de grâce et de justice, selon tonte probabilité, en 1 763 , quoique Jovellanos prétende que sa no- * mination doit avoir eu lieu vers l’année 1 765. Il n’entre point dans notre plan de raconter toutes les mesures utiles dues à son zèle éclairé, et prises sous son ministère dans l’intérêt général. Cette digression nous écarterait trop de notre but (’). 11 suffit de dire que les efforts de cet
(•) Parmi les améliorations elles idées lumineuses de don Manuel de Roda , sou projet de réformer le code criminel mérite une mention particulière. Ce fut sous son ministère que le Conseil de Castille reçut un ordre du roi qui le chargeait de préparer un travail relatif à la réforme de la législation criminelle, notamment dans la partie qui concernait les vols , et lui recommandait de rappeler à cette occasion tout ce qui avait été exposé autrefois au gouvernement sur cette matière. Le ministre ajoutait : « Sa Majesté veut que l’on examine la question de savoir s’il ne conviendrait pas d’abolir la peine de mort, ainsi qu’on a commencé de le faire dans certains pays éclairés de l’Europe, notamment pour les délits ci-dessus énoncés , en la commuant en iune autre peine qui les réprimerait plus efficacement. Le roi veut également que le conseil réfléchisse sur l’usage d’employer la torture. Plusieurs nations civilisées l’ont déjà repoussée comme barbare , et les auteurs les plus recommandables des temps modernes l’ont regardée comme un
homme d’etat avaient pour objet de reformer les abus de tout genre, et que l’Inquisition et les Jésuiteslitant au nombre de ceux qui réclamaient
moyen peu sur pour connaître Ja culpabilité des prévenus. »
Le ministre rappelait aussi à l’attention du conseil l’inefficacité de la peine des galères : il disait que don Jorge Juan, ambassadeur d'Espagne à Maroc, avait informé le gouvernement, à son retour à Madrid, en 1761, qu’il y avait une grande désertion parmi les condamnés aux bagnes , et qu’en passant du côté des Maures, ils abjuraient la religion catholique, dans la crainte d’être livrés aux commandans espagnols ; qu’en conséquence le ministre était d’avis de commuer la peine des galères en celle do réclusion dans des établissemens de détention , où les criminels pourraient se livrer à des travaux industriels. Don Manuel de Roda rappelle enfin de nouveau au conseil la nécessité de former un code criminel renfermant toutes les lois pénales, avec clarté et distinction , et n’offrant plus le désordre qu’il était douloureux de remarquer dans cette partie de la législation criminelle.
Le conseil se disposa en effet à répondre d’une manière digne de la confiance que le monarque venait de lui témoigner ; et il chargea le conseiller Lardizabal de faire un recueil de toutes les lois pénales de la Recopilacion , dans lequel on insérerait aussi celles des autres codes législatifs anciens. Lorsque Lardizabal eut terminé son travail , le conseil nomma une commission composée de plusieurs de sgs membres. On l’appela Commission du code criminel-, l’affaire traîna en longueur, et la réforme du code n’eut lieu ni sous le ministre Roda , ni même sous Florida Blanca.
Cependant les projets bienfaisans du ministre de Charles III