‹ L'Espagne Sous le Rois de la Maison de BourbonChapitre 7 sur 47 · CHAPITRE ADDITIONNEL · texte numérisé non relu

CHAPITRE ADDITIONNEL

peut toujours dire à la louange de Roda , qu’ayant porté toute son attention vers les objets indiqués, il l’avait fait avec l’avantage qu’ont réellement ceux qui ont la vue courte, c’est-à-dire , qu’il les avait envisagés avec un grand soin et beaucoup de réflexion; enfin, qu’il s’en éteit fait une idée complète et précise , les ayant considérés sous toutes les faces.

Roda eut surtout le tact nécessaire pour découvrir ceux qui partageaient ses idées, ou dont lès talens pouvaient . lui servir à les mettre à exécution. Il sut choisir des coopérateurs adroits et puissans. Parmi eux on remarque l’aumônier du roi, Tavira, qui fut plus tard successivement évêque des Canaries, d’Osma et de Salamanque, et deux autres personnages célèbres, Campomanes et le comte d’Aranda.

Quelques personnes ont cru remarquer qu’il y eut une singulière adresse de la partde Roda, à faire coopérer au même but des hommes d’opinions aussi diverses, en supposant que Tavira était janséniste, et Campomanes et d’Aranda des philosophes. Cette supposition est entièrement erronée quant à Tavira ; car loin d’avoir les vues étroites, et les préventions du parti janséniste , son esprit au contraire était orné d’une instruction aussi vaste que bien choisie; peu d hommes sont parvenus à ce haut degré de raison et de philosophie qu’il avait atteint, peu de gens l’égaleront -en

Dioiti

idées saines et lumineuses; je suppose qu’on attache au mot philosophie le véritable sens qu’il convient de lui donner. Tavira connaissait parfaitement les écrits des anciens philosophes grecs et romains, il joignait à celte connaissance une profonde instruction sur les matières religieuses ; il était d’ailleurs doué d’un esprit observateur, d’un caractère essentiellement bon et généreux. Accoutumé à vivre à la cour, dont il avait la poli tesse sans en avoir la duplicité, simple, modeste avec les manières les plus distinguées, Tavii?ïi était ce qu’on appelle un vrai sage. Je me plais à rendre ici hommage à ce modèle de toutes les qualités et de toutes les vertus, que j’ai eu l’avantage d’admirer de près, et contre qui l’ignorance et l’esprit de parti, toujours aveugles, se sont quelquefois acharnés avec leur injustice habituelle.

Avant de parler de la coopération de ces hommes distingués, il est bon d’exposer les difficultés qu’il fallut surmonter pour obtenir la sanction et l’assistance du roi. Charles 111 n’aimait pas les Jésuites, ainsi que nous l’avons déjà dit; mais j soit par habitude, soit par calcul, il aimait encore moinsles innovations. Il était aussi, par caractère, opposé à toute mesure qui pouvait offrir des dangers : outre cela il était pieux, ou pour mieux dire , dévot au suprême degré. .. 1 /acquiescement ou l’approbation de son confesseur était chez lui de rigueur, pour toute mc-

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