‹ L'Espagne sous les rois de la maison de Bourbon (volume 2)Chapitre 11 sur 89 · HI · texte numérisé non relu

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et il ne put prévenir à temps les entreprises de l'amiral Anson. Quoique le commandant anglais n'eût pas moins souffert par l'effet des mêmes tempêtes , il parvint à passer dans l'Océau-Pacifique, jeta l'épouvante et la consternation snr les côtes tranquilles du Péron et du Chili; et, après avoir pillé la riche ville de Païta (*), il termina ses exploits en s' emparant, à son retour, du vaisseau iïAcapulco, Nuestra Senora de Covadonga, la prise la plus riche qu'on ait jamais fait entrer dans les ports britanniques, et, à la vérité, la seule perte sérieuse qui ait été' éprouvée alors par l'Espagne.

Une attaque faite contre l'île de Cuba ayant

(*) La place était sans défense; il n'y avait que deui pièces de canon de bronze d'une très petite portée t et dix à douze fusils. Le vice-amiral Anson eut peu de peine à s'en emparer ; deux canots suffirent pour porter les assîégcans qui s'en rendirent maitres sans coup férir. Bientôt le corrégidor de Piura ayant réuni cent cinquante hommes , se mit en marche pour délivrer Païta; il réussit à la faveur d'un stratagème. Sur les cent cinquante hommes, à peine y en avait-il vingt-cinq qui eussent des fusils, le reste portait pour toute arme des piques, ou seulement des barons. Le corrégidor craignant que les cinquante anglais qui défendaient Païta ne s'aperçussent de ce manque de moyens d'attaque , ordonna de faire un grand roulement des tambours , et de sonner les trompettes. Le stratagème eut un plein succès : les Anglais se rembarquèrent. Notifias sécrétas , page 180.

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également échoué, l'Espagne vit sa domination en Amérique assurée contre les armes anglaises, qui n'avaient éprouvé que des désastres. Les chefs anglais, avec trois mille hommes, seul reste des troupes découragées et épuisées qui avaient été repoussées de Carthagène , aidés par un corps de mille nègres de la Jamaïque , conçurent le dessein bizarre et hardi de soumettre une lie aussi étendue, forte par ellemême, et que l'art avait rendue inexpugnable. Ils eurent pourtant le bon esprit de ne pas attaquer la Havane. Débarqués dans le port de Guantanamo, ils se portèrent sur Santiago de Cuba, ville principale qui commande le passage de Test , où s'abritaient une multitude de corsaires ( 18 juillet). Ils entrèrent dans le port qu'ils appelèrent Cumberland, en l'honneur du duc de ce nom ; mais ils s'aperçurent bientôt qu'ils manquaient de forces assez considérables pour tenter l'entreprise. On convoqua un conseil de guerre, et Vernon, cédant, quoiqu'à regret, à la décision des officiers , retourna encore une fois à la Jamaïque avec une perte de dix-huit cents homines, et d'une grande quantité de provisions et de munitions de guerre, par suite des attaques partielles des Espagnols. Ce second échec occasionna un mécontentement égal entre les troupes terrestres et maritimes, et acheva la mésintelligence entre les chefs. L'armée et l'escadre, si

elles pouvaient encore mériter ce nom, furent presque entièrement anéanties. Un écrivain contemporain a établi un calcul, duquel il résulte que vingt mille hommes au moins furent follement sacrifiés dans des entreprises aussi malheureuses que mal dirigées. (l)

D'autres tentatives, quoique moins importantes, faites par les Anglais sur les côtes du Nouveau-Monde , échouèrent également par des divisions élevées entre les chefs, par l'intempérie du climat, et par les précautions des gouver-' neurs espagnols qui retiraient de chaque avantage des ressources nouvelles , et qui étaient encouragés par le succès (*). Bientôt tous leurs efforts

(') Txndal, vol. XX, page 5i3.

(*) Il eût été très aisé à l'amiral Vernon de s'emparer de Panama qui se trouvait presque sans défense. Cette place était le boulevard des royaumes du Pérou et de la Nouvelle- Espagne; il y avait très peu de munitions de guerre; la garnison y était si peu nombreuse , que dès la première attaque des Anglais contre Portobelo , il fallut avoir recours à la bourgeoisie pour occuper divers postes des fortifications. Le vice-roi du Pérou ne pouvait pas disposer des forces de Lima , crainte de quelque tentative contre Callao, ou tout autre port , dans le voisinage de cette capitale.

L'amiral Vernon arriva à Portobelo avec deui mille cinq cents hommes blancs et cinq cents nègres, et à peu près raille volontaires, en tout quatre mille hommes, à bord de cinquante-trois bâtimens, pour aller mettre le siège devant Panama. Cette expédition mouilla à Portobelo, le 1 5 avril 1 74

se bornèrent à des réunions et des assemblées; tout se passait en délibérations. Les revers qui les assaillirent contribuèrent beaucoup à affaiblir cette crainte que les exploits et l'intrépidité des flibustiers avaient rendue proverbiale dans le

Le premier secours qu'il rut possible au vice-roi du Pérou d'envoyer à Panama n'appareilla de Callao que le 1 1 juin , et il se bornait à deux compagnies de cinquante hommes et quelques vivres. Trois mois environ s'écoulèrent jusqu'à l'arrivée de ce premier convoi à Panama , pendant lesquels l'amiral anglais aurait bien pu s'en emparer ; car la principale force pour sa défense était une escadre de quatre vaisseaux et une frégate que le vice-roi y avait envoyée à Ja poursuite de l'amiral Anson, de laquelle on avait tiré trente-cinq hommes par vaisseau , en tout cent trente- cinq hommes. Vernon, en apercevant l'escadre espagnole, et calculant le nombre des équipages des vaisseaux par leur grandeur, crut les forces des Espagnols beaucoup plus considérables qu'elles ne l'étaient ; car les vaisseaux , quoique de grandes dimensions , ne portaient que trente pièces de canon, et la frégate , qui paraissait de cinquante, n'en avait que vingt.

Heureusement pour l'Espagne , l'amiral Vernon , trompé par les apparences , manqua l'occasion favorable d'attaquer la place , qui , cernée du côté de terre , aurait eu encore à craindre qu'Anson ne vint l'attaquer par mer. En général , les places fortes de l'Amérique espagnole étaient loin d'avoir les forces et les autres moyens nécessaires pour une défense.

( Noticias sécrétas de America communicadas à S. M. Fernando VI, par don Jorge Juan y don Antonio d'Ulloa , 1 vol. in-4°> page 1 36.)

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Nouveau-Monde : lorsquenfin les Français prirent part à la lutte , le pouvoir des Anglais fut partout conteste. Les escadres combinées commandaient souvent sur les mers d'Amérique; et, si Ton en excepte quelques prises faites de temps à autre , les trésors du Nouveau-Monde, qui alimentaient la guerre en Europe, arrivaient régulièrement sur les côtes de la Vieille-Espagne. (')

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