CHAPITRE ADDITIONNEL
La première de ces deux périodes fut beaucoup plus agitée , mais aussi bien plus glorieuse que la seconde. La politique de Philippe se proposait dans celle-là un noble but, qu'il eut le bonheur de pouvoir atteindre; il fut vraimenl beau le rôle que joua ce jeune monarque, occupé, depuis son avènement au trône d'Espagne jusqu'à la paix d'Utrecht, à défendre, avec un courage héroïque , sa couronne contre la puissante coalition des nations de l'Europe. Brave dans les combats jusqu'à la témérité , modeste dans les succès, infatigable et magnanime dans les revers , c'était un prince presque accompli. La politique avait alors pour lui peu de combinaisons secrètes, car elle se bornait simplement à la nécessité de défendre son sceptre; et il faut avouer qu'il le fit en monarque courageux qui en sentait tout le prix. Il est vrai que son caractère reprenait son cours , même au milieu de sa plus grande ardeur, et que son àme, qui retombait souvent dans son indolence habituelle, eut besoin d'être relevée par les conseils et l'énergie de la jeune Marie-Louise, secondée en cela par la princesse des Ursins. Mais si ce défaut de son caractère l'empêcha de donner constamment l'impulsion à tout ce qui l'entourait, ses sentimens furent toujours généreux, et le but de ses efforts noble et grand. 11 conserva aux Espagnols l'indépendance de leur pays, et sut conquérir en même temps pour lui
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et ses successeurs le trône d'une grande monarchie. Ce but rendait nécessaires de grands sacrifices, il demandait un courage extraordinaire; Philippe n'hésita pas un seul moment à braver tous les dangers pour l'atteindre.
Apres la mort de Marie-Louise de Savoie, et lorsque par la paix d'Utrecht la couronne est assurée à Philippe, la scène change tout à coup : on n'aperçoit plus dans les conseils espagnols que des vues d'intérêt privé; elles règlent seules la politique extérieure. Autant Philippe avait paru grand, héroïque, en combattant à la tête de ses braves Castillans contre les efforts de leurs ennemis communs, autant les vues de son cabinet paraissent mesquines et rétrécies, depuis que son trône est affermi. A peine pourrait-on désigner, pendant l'espace de 5o ans , une seule entreprise au dehors qui portât l'empreinte du patriotisme, ou qui pût être justifiée par des considérations d'utilité nationale. La susceptibilité peu réfléchie de Phih'ppe, son animosité personnelle contre l'Empereur, déterminèrent les expéditions coûteuses qui furent entreprises contre la Sardaigne et la Sicile. On ne voit , dans la guerre qui éclata entre la France et l'Espagne d'autre motif réel que des brouilleries personnelles avec le régent, et tout au plus des intérêts de famille ou des disputes sur le droit de succession à la couronne de France. Il est difficile d'assigner aux expéditions