‹ L'Espagne sous les rois de la maison de Bourbon (volume 2)Chapitre 21 sur 89 · CHAPITRE ADDITIONNEL · texte numérisé non relu

CHAPITRE ADDITIONNEL

contre les Maures de l'Afrique d'autres causes que de mauvais calculs sur la manière de réprimer leurs pirateries, et un reste de cette haine contre les anciens dominateurs de l'Espagne, qui n'était peut-être pas tout-à-fait exempte de fanatisme religieux.

Mais, de tous les projets qui marquèrent sous le règne de Philippe, aucun ne fut plus funeste à l'Espagne que celui d'avoir des Etats en Italie. Depuis son mariage avec Elisabeth Farnèse, ce fut là le seul point de mire du cabinet espagnol, parce que c'était là toute l'ambition de cette princesse. Les Espagnols prodiguèrent leur san£ et leurs trésors pour obtenir quelques petits États qu'Alberoni appelait avec raison des bicoques, et dont la possession ne pouvait que devenir un motif de guerres fréquentes, dispendieuses et sans aucun résultat utile pour l'Espagne. En flattant la passion de la reine pour la possession de l'Italie, on retombait dans les erreurs et les idées romanesques des monarques espagnols, prédécesseurs de Philippe, qui avaient appauvri la nation pour songer à s'y maintenir. Il fallait épouser à chaque moment des querelles avec les puissances étrangères, et cela sans autre but que de contenter l'ambition d'Elisabeth en obtenant des établissemens pour ses enfans; car il n'existait dans ces établissemens aucune de ces grandes vues de famille qui, quoique ne touchant pas au fond

les intérêts nationaux , peuvent néanmoins s'y rattacher un jour, ni aucune de ces liaisons avec des maisons puissantes qui, pour être passagères, n'en offrent pas moins un intérêt réel pour les peuples.

Pour ce qui est des intérêts du commerce et de l'accroissement de la richesse nationale, on n'y songea même pas. Certes, on ne pouvait, sous ce rapport, établir un parallèle entre les provinces de la Flandre que l'Espagne possédait, à l'avéne ment de Philippe, et les états de Parme, Plaisance et Gu as tall a. La position géographique, la richesse du sol et l'activité industrieuse des premières étaient bien au-dessus des avantages que pouvaient offrir les seconds. Cependant, on avait sagement fait de les céder, lors de la paix d'Utrecht, parce qu'on se débarrassait ainsi du soin d'administrer des provinces enclavées dans d'autres états de l'Europe qui ne pouvaient qu'être une source perpétuelle de contestations et de guerres entre eux. Tout se bornait donc, de la part de l'Espagne, au stérile honneur de voir la postérité de la reine posséder quelques petites souverainetés. Encore fallut- il que le trésor espagnol pourvût pendant long-temps à l'entretien de ces princes, lorsqu'enfin, après qu'on eut fait dans ce but le sacrifice des plus précieux intérêts nationaux, ils parvinrent à régner sur quelques districts d'Italie. 1

La seule guerre entreprise sous le règne de Philippe par des motifs et des intérêts essentiellement nationaux , fut celle qu'il fit contre les Anglais vers la fin de sa vie. En effet, il s'agissait des avantages commerciaux de l'Espagne et de l'exécution des traités précédées sur le trafic avec les Indes. De fausses théories en matière d'économie publique dirigeaient, à la vérité, le cabinet espagnol à l'égard de ses communications avec l'Amérique; mais enfin, puisque la sphère de ses connaissances économiques était tellement bornée que pour éloigner la concurrence des marchandises étrangères , il avait recours à la force , alors qu'il lui aurait suffi de lever les entraves qui gênaient le commerce national pour pouvoir approvisionner seul les marchés de ses possessions d'outre mer; puisqu'il se repaissait de l'espoir chimérique de fermer entièrement ses ports aux bâtimens des autres nations, on découvrait au moins à travers ce faux raisonnement un vœu national; on y trouvait un but d'utilité, imaginaire à la vérité , mais qui n'existait pas dans le projet favori de posséder de petits États en Italie , seule pensée qui avait dominé jusque-là toutes les actions du ministère espagnol.

Smnt-Ofjice.

§. 4- L'influence d'Élisabeth Farnèse ne fut pas moins fâcheuse pour d'autres mesures d'admi-

nistration intérieure. Malgré les conseils donnés par Louis XI V à son petit-fils sur la nécessité de maintenir l'Inquisition ; malgré le zèle de ce tri* bunal en faveur de la cause de Philippe pendant la guerre de la succession, en imposant, parson édit de 1 707, aux Espagnols en général, sous peine de péché mortel et d'excommunication, l'obligation de dénoncer ceux qui avoueraient avoir violé le serment de fidélité à Philippe, et aux confesseurs en particulier, celle de ne point absoudre leurs pénitens qui ne se seraient point conformés à cette disposition; malgré, dis-je, la sévérité avec laquelle le tribunal de la foi tint la main à l'exécution de cet édit qui ne fit que favoriser le triomphe de la cause de la nouvelle dynastie, le Saint-Office courut les plus grands dangers avant le mariage de Philippe avec Elisabeth Farnèse. Pendant que la princesse des Ursins tenait le gouvernail de l'Etat, et qu'à l'abri de son crédit Orri et Macanaz cherchaient à affranchir l'autorité royale de la dépendance de l'Inquisition et à ressaisir les prérogatives qui lui avaient été enlevées par des usurpations de toute espèce, peu s'en fallut que le Saint-Office ne fût renversé. L'ordonnance qui devait l'anéantir fut préparée sur le rapport du Conseil de Castille , du 3 novembre 1 7 1 4. Le coup lui aurait été infailliblement porté par suite du décret que le cardinal de Giudice eut l'audace de rendre et de faire afficher dans la rési

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