CHAPITRE ADDITIONNEL
banque étrangères , en affectant pour le paiement des intérêts , ainsi que pour leur remboursement, les rentes générales et provinciales. Il eût été peu aisé de rembourser les capitaux : on préféra de payer des intérêts qui étaient de cinq, de dix, et quelquefois même de quatorze pour cent. Les maisons étrangères qui tenaient à rentrer dans leurs capitaux, vendaient les obligations du trésor à des Espagnols. Des sommes énormes furent retirées de la circulation en Espagne, par suite de ces opérations ; car dans la décadence des manufactures et du commerce sous Philippe II et ses successeurs, il n'y avait pas de maisons espagnoles en .état de faire par elles-mêmes , au gouvernement , l'avance des sommes dont il se trouvait avoir besoin pour ses entreprises.
Les .rentes générales et provinciales ayant été hypothéquées pour le paiement des juros , tous les gens d'affaires se pressaient d'en devenir les fermiers. Les engagemens souscrits par la couronne étaient tellement nombreux, que le revenu public ne suffisait pas pour payer les intérêts promis. Les choses, sous Charles II, en vinrent au point qu'il fallut prélever les sommes nécessaires pour l'entretien du monarque, et classer ensuite les juros pour acquittemens des intérêts, en distribuant entre eux ce. qui restait du revenu public, et en désignant les provinces chargées d'acquitter chacune de ces obligations.
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Une des mesures financières du règne de Philippe V , ainsi qu'on Ta déjà dit , fut la réduction de l'intérêt des juros à trois pour cent. La pragmatique, ou ordonnance du 12 août 1727, diminua ainsi la dette nationale de moitié. Campomanes, en parlant de cette réduction, trouve qu'elle fut juste, et il en donne pour raison que le trésor public ne devait pas être traité d'une manière différente des particuliers, qui ne payaient un intérêt que de trois pour cent dans des emprunts sur hypothèque. Les intérêts avaient été en effet ainsi fixés et réduits par décret de 1705 pour les ce? i sos.
L'accroissement de la dette, sous Philippe V, s'explique par les entreprises fréquentes et souvent malheureuses dans lesquelles il se vit engagé, et surtout par son goût pour la magnificence. Il dépensa des sommes énormes pour bâtir le château de Saint-Udephonse , ses superbes fontaines et ses jardins, et pour l'embellir d'objets d'arts. Bourgoin dit, dans son Tableau de l'Espagne moderne (t. 1, p. i55), que les finances de l'Espagne auraient peut-être suffi à trois guerres longues et ruineuses , à toutes les dépenses d'une vaste monarchie, qu'elles auraient résisté en un mot aux secousses de l'ambition et de la politique, mais qu'elles pensèrent succomber sous les efforts mal calculés de la magnificence. Elisabeth Farnèse, qui caressait avec adresse tous les goûts de