CHAPITRE ADDITIONNEL
son mari, pour le rendre docile à ses propres volontés, embrassa avec passion le projet de bâtir un second Versailles sur la pente d'une montagne escarpée. On est péniblement affecté en rapportant ces caprices de grandeur, ces inutiles entreprises dans un pays appauvri ; on gémit en con* sidérant qu'avec la moitié des sommes destinées à contenter la fantaisie royale, on aurait pu créer pour l'Espagne des sources perpétuelles de richesse et de bonheur, au moyen de chemins, de canaux et d'autres travaux d'utilité générale.
On jeta aussi sous Philippe V, en 1737, trois ans après l'incendie du vieux palais, les fondemensdu superbe château royal de Madrid sur l'emplacement même de celui que le feu avait consumé. Le roi voulut qu'il fût rebâti à la même place. C'est peut-être la seule circonstance dans cette construction qui mériterait d'être censurée. D'autres endroits offraient des avantages marqués. Du reste, non seulement il était de la dignité nationale d'élever dans la capitale une demeure royale convenable; mais Philippe, pour la première fois peut-être, ne suivit pas son penchant pour les projets les plus vastes et les plus gigantesques. Un architecte piémontais lui présenta un plan magnifique, dont on voyait, il n'y a pas long-temps encore, le modèle en petit dans une maison voisine du palais. Le monarque, effrayé par le devis, adopta un plan plus simple, dont
l'exécution fut néanmoins tout aussi dispendieuse .
La magnificence pour laquelle Philippe était passionné à sa manière, et la famille nombreuse qu'il avait, augmentèrent beaucoup les dépenses de sa maison. Sous Philippe IV, elles ne furent que de six millions de réaux; sous Charles II, elles montèrent à onze millions de réaux; sous Philippe V, elles dépassèrent trente-cinq millions, savoir :
Dépenses ordinaires réaux 9,913,920
Menus-plaisirs (losbolsillos). . . . 5,356,oo2
Maisons des princes et princesses. 4>963,25o
Reines douairières 7,411,760
Écuries 2,046,080
Journées aux résidences royales,
chapelle et autres articles. . . . 7,914,010
Les impôts avaient beaucoup augmenté depuis l'avènement de la nouvelle dynastie; ils ne montaient sous Charles II qu'à trente-deux millions de réaux ('), tandis qu'ils produisaient dans les premières années de l'administration de Philippe i42,35o,74o; mais la dépense avait aussi suivi cette même progression, puisque dans cette même année (1701), elle monta à 247,566,260 réaux (*). Le cours du temps n'effaça pas cette différence entre la recette et la dépense; en 1737 la recette
(') V air ac, État présent de l'Espagne,
(•) Canga àhquei.les , Dictionnaire des Finances,