CHAPITRE ADDITIONNEL
fut de 2ii,ioo,58o réaux, et la dépense de 345,952,960 réaux. (')
Agriculture.
§.8. Dans l'accroissement de l'impôt on ne peut assurément voir une preuve des bonnes mesures de l'administration ; mais il y avait des causes générales dont l'influence produisait ce résultat. Certes , l'agriculture était un des objets les plus négligés par l'autorité. Les denrées frappées d'impôts onéreux, la communication gênée partout, point de canaux, point de routes, aucune enfin de ces mesures tendant à relever le prix des produits de la terre, en rendant plus abondante leur consommation. Cependant, l'agriculture faisait des progrès par l'effet seul d'avoir écarté certains obstacles qui s'étaient opposés à son développement. Des guerres non interrompues dans les pays éloignés avaient épuisé jusqu'alors peu à peu la population et la richesse nationale. L'expulsion des hommes d'une religion différente avait aggravé ces maux. « Or, la guerre de la succession si funeste d'ailleurs, dit Jovellanos (*), non seulement retint chez nous les hommes et les capitaux que dans les précédentes guerres on perdait au dehors, mais elle attira encore des étrangers qui donnèrent de l'activité
(*) Canga Argu elles, Dictionnaire des Finances. (a) Mémoire sur le Perfectionnement des Lois agraires .
55o PHILIPPE V.
à notre pays. Vers le milieu du siècle, la paix avait rendu à la culture le repos qu'auparavant elle n'avait jamais goûté. Alors, elle atteignit à une grande prospérité , et fit des progrès plus marquans que jamais. » Cette prospérité est en effet déjà remarquable sous le règne de Ferdinand VI, et surtout sous celui de Charles III, lorsque le gouvernement favorisant le commerce , établissant des communications intérieures et extérieures, attaquant, quoiqu'avec ménagement, la mainmorte, civile et ecclésiastique, ranima la culture pendant si long-temps négligée.
Industrie,
§. g. Ce fut plutôt en faveur de l'industrie et du commerce que le gouvernement montra des vues éclairées, et qu'il les poursuivit avec une certaine énergie. On fixe l'époque de la décadence des manufactures en Espagne avant l'avénement des Bourbons , au temps de l'expulsion des Mauresques. Pendant que l'Espagnol combattait contre les Maures, il méprisa, comme les anciens Grecs et Romains, toute autre occupation que celle de la guerre; et n'ayant pas d'esclaves comme ces nations, il abandonna aux Mauresques tous les métiers et tous les arts industriels. Après qu'ils furent refoulés en Afrique, les Espagnols dédaignèrent un grand nombre d'occupations qu'ils regardaient comme viles par cela seul