CHAPITRE ADDITIONNEL
qui avait vu les nations étrangères, qui avait étudié leurs lois et les avait comparées avec celles de l'Espagne , faisait la remarque pleine de justesse que la Hollande, l'Angleterre et la France, étant très peuplées, riches, ayant leurs champs bien cultivés, leurs ateliers en pleine activité, leur commerce enfin florissant, il ne devait s'agir de la part des Espagnols que de les imiter. u Que l'Espagne, disait-il, disposée comme elle Test à adopter les modes des étrangers, suive aussi leur exemple dans les principes de l'administration économique ; les mêmes causes produiront chez elle les mêmes effets. »
Quant aux ordonnances rendues à diverses époques, elles étaient empreintes d'un esprit patriotique ; elles montraient le désir très prononcé d'affranchir l'industrie nationale de la dépendance étrangère, en abolissant les obstacles qui la gênaient. On voulait l'encourager, en mettant à profit, soit les matières premières, soit une foule d'autres avantages que l'Espagne doit à sa position géographique; toutefois il est aisé de voir, dans les divers décrets qui furent rendus, que malgré ces désirs , le gouvernement se trouvait lui-même souvent embarrassé pour des mesures qui ne pouvaient que blesser des intérêts privés , ou alarmer des préjugés généraux. Aussi l'ensemble des améliorations ne fut entrepris qu'avec timidité, soit à raison de cette résistance
des opinions , soit peut-être aussi parce que la conviction de l'utilité de certaines démarches n'était pas de la part du gouvernement aussi pleine et entière qu'elle aurait dû l'être* Voici les principales dispositions à ce sujet :
La première mesure dont l'effet paraissait plus assuré, et à laquelle le gouvernement attachait par conséquent plus d'importance, était la publication des lois somptuaires. Dans le but d'encourager l'industrie nationale , on défendit l'usage des broderies et des ornemens d'or et d'argent dans les habillemens : la reine fat la première à se conformer à cette ordonnance. Les auditeurs aux cours royales, les employés au barreau et dans les tribunaux , les corrégidors, les échevins, les notaires, étaient obligés de s'habiller en noir avec des étoffes de fabrique nationale. Les draps de cettë couleur, fabriqués en Espagne, disait l'ordonnance, étaient d'excellente qualité, et ceux de l'étranger n'avaient sur eux d'autres avantages qu'un peu plus d'éclat.
Par ordonnance du 20 octobre 1719, on enjoignit à tous les militaires , y compris les gardes , de s'habiller avec du drap d'Espagne et d'employer pour leur équipement des articles fournis par les fabriques nationales. On distribua à chaque officier six aunes de drap de la fabrique de Guadalajara; le total distribué fut de trente mille aunes. Par ce moyen, on retint en Espagne plusieurs