‹ L'Espagne sous les rois de la maison de Bourbon (volume 2)Chapitre 39 sur 89 · CHAPITRE ADDITIONNEL · texte numérisé non relu

CHAPITRE ADDITIONNEL

factures, en leur donnant des lettres de recommandation pour les corrégidors et les maires des villages, afin qu'ils les fissent employer dans des fabriques. « Quant à ceux d'entre eux qui ont des connaissances industrielles , et qui désireraient se fixer dans une ville déterminée, Sa Majesté veut, y disait-on , qu'ils soient logés aux frais des villes, et qu'on les affranchisse de sisas (impôt sur la consommation des denrées) et autres droits d'octroi pendant le nombre d'années que l'on jugera convenable. » Sous le ministère de Riperdà, on afficha dans toutes les villes, et par ordre du roi, des avis aux étrangers portant invitation à ceux qui voudraient venir établir en Espagne des manufactures de fil, de toiles, de papier fin et autres, de s'adresser au duc de Riperdà qui leur donnerait toute sorte de facilités. Ces avis étaient

Un nombre considérable de manufactures furent établies; celle qui atteignit un plus haut développement fut la fabrique de draps établie à Guadalajara. Comme elle était au compte du gouvernement , les frais d'administration étaient très élevés. Uztariz dit qu'on y dépensait le revenu de toute la province. Quoi qu'il en soit, il fallut se résigner à passer d'abord par ces inconvéniens dans un pays où l'industrie se trouvait en décadence, et où il n'existait d'autre moyen de la relever que ces essais tentés par le gouvernement

lui-même. L'intérêt individuel et les lumières plus généralement répandues devaient rendre par la suite ces entreprises entièrement inutiles de la part de l'autorité.

On établit aux portes de Madrid la manufacture des tapis pour fournir aux résidences royales seulement , en attendant qu'elle fût en état de pouvoir servir les particuliers. Les premiers essais furent très satisfaisans pour les couleurs et autres circonstances d'objets fabriqués.

Des établissemens industriels furent aussi tentés par des particuliers : nous citerons les suivans :

On établit à Madrid une fabrique de tissus, glacés, persiennes, et autres étoffes dans le genre de celles de la France. On accorda des privilèges pour la fabrication des cristaux , en 1 7 1 2 , à don Tomas del Burgo et compagnie; en 1718, à don Juan Baptista Pomeraie, et enfin à don Juan de Goyeneche en 1 720. Les deux premiers privilégiés ayant échoué, Goyeneche s'efforça d'établir la manufacture, près de deux villages, lllana et la Olmeda, dans les environs de Madrid, établissement qu'on appela le nouveau Bastaii. Goyeneche ne fut cependant pas plus heureux que ses prédécesseurs, quoiqu'il n'eût été rien négligé de la part du gouvernement pour le faire réussir; car on déclara que tous les employés dans la manufacture pourraient être nommés à des emplois municipaux à Tins tardes au très honnêtes cultivateurs.

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On affranchit les objets manufacturés du paiement des alcabalasy cientos, et autres taxes, pendant trente ans dans toutes les villes où les premières ventes auraient lieu : ils devaient être de plus exempts de droits dans les ports et à l'entrée des villes. On accordait enfin aux propriétaires la faculté d'importer toute espèce d'ustensiles et d'instrumens pour les fabriques, sans rien payer pour leur introduction. La soude et autres matières premières employées à la fabrication ne devaient payer aucun impôt. Ces privilèges ne suffirent point pour faire prospérer la manufacture. Uztariz disait « qu' il fallait défendre l'introduction des cristaux étrangers dans le royaume, si on voulait encourager cette fabrique; ce fut le moyen dont se servit Louis XIV pour la prospérité de ses manufactures en France. Après avoir fait venir des ouvriers fort intelligens de Venise, il n'aurait pas encore réussi s'il n'avait établi d'énormes droits d'importation sur les cristaux étrangers. Ces sortes d'entreprises, ajpute-t-il, doivent être considérées comme des germes qui ne sauraient être développés que par la protection constante du gouvernement. »

Goyeneche transféra l'établissement à Ville- Nueva del Coron, endroit qui paraissait plus convenable , à raison de son voisinage des forêts de Cuença. Il ne parait pas cependant que cette circonstance l'ait relevé. La seule manufacture

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de glaces qui Tait emporté sur les autres établissemens de ce genre est celle de Saint-Udephonse. Elle commença en 1728, par les essais qu'y tenta un Catalan.

Malgré le zèle du gouvernement pour l'encouragement de l'industrie nationale , ses efforts ne pouvaient être suivis de grands résultats tant qu'il laissait subsister les obstacles les plus funestes, soit dans les lois, soit dans le système général des impôts. Il y en avait de toute espèce : d'abord les réglemens sur les douanes étaient tout-à-fait à l'avantage de l'étranger. Partout en Europe les droits de douane sont bien plus considérables pour l'étranger que pour les habitans du pays, disait Uztariz c'est une maxime généralement suivie chez tous les peuples , qu'il faut favoriser la consommation des produits des fabriques nationales. Partout les mots de douane étrangère et douane double sont synonymes : or, il arrive tout le contraire en Espagne ; l'étranger paie moitié moins que les Espagnols. De faux principes en matière d'économie publique avaient amené ce résultat. Don Diego de Saavedra luimême s'était mépris à ce sujet dans ses entreprises politiques , au point qu'il ne balança pas à établir, dans la maxime 67e, qu'aucuns impots sont moins nuisibles aux peuples que ceux établis dans les ports sur les marchandises exportées, et

(*) Théorie et Pratique de Commerce et de Marine.

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