CHAPITRE ADDITIONNEL
cela par la raison que ce sont les étrangers qui les paient. Or, en Espagne, les idées étaient tellement erronées à ce sujet, que les objets manufacturés dans le royaume payaient beaucoup plus à leur sortie des ports que ceux de l'étranger à leur entrée. Les droits de la douane de Cadix , quoique la plus modérée, n'étaient pas moindres de 8 ou 10 pour 100 sur les marchandises qui venaient par terre de Valence, Grenade et Tolède, tandis que les étrangers ne payaient que 2 et demi pour 100 au plus pour les articles le plus fortement imposés ('). Ces derniers jouissaient de ce qu'on appelait la grace du tiers, par des cédules du roi de 1661 à 1666; cette faveur, accordée aux marchandises arrivant par la haute mer, était non moins profitable à leur industrie qu'à leur marine.
Un autre obstacle qui méritait l'attention de l'autorité , c'était la chèreté de la main-d'œuvre , et l'impossibilité de soutenir avec les étrangers la concurrence sur le prix des marchandises, tant que les fabricans seraient assujettis au paiement de X alcabala et de cienlos dans la première vente. Ces droits n'étaient pas moindres de 10 pour 100. En outre, le fabricant était astreint à une dépense bien plus grande que l'étranger pour la subsistance de sa famille, aussi-bien que pour Tachât d'huiles, teintures, et autres articles né-
( 1 ) IIlloa , Rétablissement fies Manufactures.
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cessaires à la fabrication. Grâce à un système d'impôt mieux entendu, le fabricant étranger n'éprouve pas dans son pays les entraves qui gênent les Espagnols ; on ne connaît point chez lui Y alcabala ni les dénias j et s'il ne peut pas se soustraire au paiement des contributions indirectes, celles-ci n'affectent pas du moins son industrie. Sans parler du progrès que les arts ont fait chea eux par suite des découvertes chimiques et mécaniques, les ol^ets manufacturés ne paient, en Sortant de leurs ports, que i pour 100, ce qui fait qu'ils peuvent vendre a 5 ou 5o pour 100 meilleur marché que l'Espagnol. Dès-lors, disait Uztaria, on a beau augmenter les droits d'entrée soit dans les ports de la Péninsule, soit dans ceux des Indes occidentales, nos manufactures ne pourront jamais supporter la concurrence ; car tous les réglemens, toutes les mesures conspirent contre nos fabricans, aussi échouent-ils partout, en Europe comme en Amérique.
Par une de ces contradictions fréquentes entre les maximes générales des gouvernemens et leur besoin pressant d'argent, on leva quelques uns dé ces obstacles précisément dans la partié de l'Espagne où il y avait moins d'urgence d'affranchir l'industrie et le commerce, tandis qu'on les laissa subsister là où leur continuation était profitable au fisc. Un édit du foi du 3 1 août 1717 supprima toutes les douanes dans l'intérieur du