III
saie nt jouir dun certain crédit auprès de Leurs Majestés Catholiques , spécialement les deux confesseurs et les marquis de La Paz et de Castelar. Ce dernier me promit non seulement son appui , mais celui de son frère Patiîio; ils m'assurèrent Tun et l'autre qu'on ferait tout pour la France et rien pour l'Angleterre.
« Je commençai mon audience par témoigner à Leurs Majestés Catholiques mon grand chagrin en apprenant les bruits qui couraient sur le but de ma mission , savoir , que j'étais venu pour leur mettre le couteau sur la gorge, et leur déclarer la guerre, si elles ne se soumettaient point, les yeux fermés, aux ordres des Anglais. En France , leur dis-je , jamais on ne montrait d'humeur ni de dureté dès qu'il s'agissait d'une négociation avec Leurs Majestés Catholiques. Quelquefois..., quelquefois, interrompit la reine en souriant et regardant le roi. Rien, continuai-je , n'était plus éloigne de cela que ma mission présente et les ordres dont j'étais chargé. Ils portaient d'exprimer d'abord, de la part du roi mon maître , son estime pour Leurs Majestés Catholiques , et la joie vive qu'il avait éprouvée en apprenant la réconciliation ; en second lieu, de les prier d'exécuter les préliminaires, et enfin de leur donner l'assurance du désir sincère qu'il a de concourir à rétablissement de leurs enfans.
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k La reine m'interrompit encore une fois avec vivacité en ces termes : « Ce n'est pas le moment de parler de cela; je n'ai point d'autres intérêts que ceux de mon mari. » Je la priai alors de croire que telle était mon opinion. Elle ajouta : « Fort bien ; et qu'est-ce que vous nous demandez? nous accuse-t-on encore de différer le congrès? le roi n'a-t-il pas envoyé à Vienne ses ratifications il y a plus d'un mois? n'a-t-il pas ordonné à son plénipotentiaire de se présenter sur-le-champ en France? »
« Je répliquai en souriant, que le congrès aurait été ouvert plus tôt si les préliminaires eussent été exécutés. L'arrivée des plénipotentiaires aurait été plus patiemment attendue.
« Qu'est-ce que vous entendez par préliminaires? demanda-t-elle. — La restitution du prince Frédéric, répondis-je, et la distribution des effets de la flotte. — A merveille, reprit la reine , ce n'est donc que cela ? Voyez les Anglais, les maîtres du monde , comme ils présentent les choses sous le jour qui leur plaît. — Cette explication, Madame, a été signée par Sa Majesté : c'est la lettre des préliminaires ; le roi , mon maître, ne demande pas plus. — Si le vaisseau appartenait au roi de France, reprit-elle, il lui serait rendu à l'instant même ; mais les Anglais ne l'auront pas. — Aussi, Madame, lui dis-je, le roi, mon maître, vous aura bien plus d'obliga-
tion que si vous le lui rendiez à lui-même; le mérite sera égal. 11 ne demande autre chose sinon que la réconciliation ait lieu ; il y met un grand prix , et cela ne peut se réaliser qu'en donnant satisfaction aux alliés selon ses engagemens. — Mais par qui croyez-vous, dit-elle, que cette satisfaction doive être jugée? Le roi demande ce vaisseau comme lui appartenant par suite de mille contraventions à XAsiento; les Anglais prétendent qu'il leur appartient; que le congrès décide. — Je répondis par une explication de l'article en question.
« Le roi répéta alors deux ou trois fois : « On y faisait la contrebande. » Je répondis que les ministres n'avaient jamais allégué cette raison parmi celles qu'ils avaient opposées aux préliminaires; on n'en fait aucune mention dans les lettres du marquis de La Paz. « En supposant, dit la reine, qu'on eût oublié cette raison, elle n'en est pas moins une très forte. » Comme je combattais l'idée de la contrebande, la reine m'interrompit encore une fols : « Nous vous ferons, dit-elle, remettre un mémoire. » Je m'empressai de l'accepter, croyant par là pouvoir les embarrasser.
« Mais s'il ne s'agit que de demander, continua-t-elle, rendez-nous Gibraltar, nous vous rendrons le vaisseau. » Je dis en riant : « Si Gibraltar appartenait au roi, mon maître, je suis persuadé qu'il vous le sacrifierait. Mais ce n'est
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pas le moment de traiter des nouvelles compensations, après que Ton a signé les préliminaires qui remettent les choses sur le pied où elles étaient en 1725. »
« Savez- vous, Monsieur, dit-elle, pourquoi nous avons consenti à cette date de 1725? — iSans doute, répondis-je, dans le seul motif de faciliter raccommodement et de lever les obstacles qui l'avaient empêché , et en attendant que le congrès de Cambrai ait terminé à l'amiable. — Je vous donnerai d'autres raisons, répliqua la reine. Elle demanda au roi la clef de sa cassette; il la lui donna : elle s'approcha de la tète du lit pour l'ouvrir. Je saisis ce moment pour presser le roi , au nom du tendre amour qu'il portait à son neveu et à sa patrie, de faire en sorte de terminer cette affaire d'une manière amicale, et j'ajoutai qu'un prince aussi généreux et désintéressé, le dépositaire de tous les trésors du Nouveau-Monde,