CHAPITRE AMMTfONNXL
royaume , tant pour les Espagnols que pour les étrangers , et Ton excepta de cette mesure salutaire l'Andalousie , où la franchise était plus nécessaire, comme passage naturel de toutes les marchandises expédiées pour les Indes occidentales. Les douanes qui existaient entre la Castille, Valence, l' Aragon et la Catalogne, furent transférées dans les ports de mer, ou sur la frontière de France. L'Andalousie seule resta privée de cet avantage; elle était tellement remplie de douanes, qu'outre celles des ports et des villes principales de ses cinq royaumes, il y avait encore, du temps d'Ulloa (1740), deux douanes intérieures, une à Xérez et une autre à Lebrija, qui rendaient plus difficile l'arrivée des marchandises au lieu de l'embarquement.
« Lorsque l'Andalousie , dit cet écrivain . était partagée en cinq royaumes différens sous la domination des Arabes , il était naturel qu'il y eût cinq douanes pour percevoir les droits des marchandises qui passaient d'un royaume dans un autre : aussi c'est d'eux que nous tenons ces droits de douanes que nous nommons encore du mot arabe almojarifazgo ; mais, certes , il est étrange , et les autres nations doivent bien rire de notre ignorance, tout en en profitant, lorsqu'elles voient qu'après l'expulsion des Arabes et la réunion des Cas tilles , et celle de cinq royaumes en un seul, on ait conservé tant de douanes dans
l'intérieur, et jusques dans Xerez et Lebrija, qui ne sont ni capitales ni ports de mer. Les nations étrangères doivent se réjouir, je le répète, en nous voyant traiter comme étrangères nos propres marchandises et nos denrées, tandis que nous favorisons l'introduction de celles venant du dehors du royaume. On ne voit qu'en Espagne le malheureux fabricant payer pour ses étoffes deux droits dans une même heure, l'un à la porte de terre par laquelle il arrive, l'autre à la porte donnant sur la mer, au moment de faire embarquer ses marchandises. C'est une barbarie à peine concevable , ajoute Ulloa ; les douanes sont, sans contredit, moins vexatoires en Turquie; une fois que les marchandises ont payé au grandseigneur leur droit à Smyrne , elles sont exemptes de payer à l'entrée de Constantinople. »
De plus , cette ordonnance qui abolissait les douanes intérieures dans toutes les autres provinces de la monarchie, ne put avoir un résultat complet. Après la suppression de ces douanes, qui formaient des souverainetés indépendantes, selon l'expression du même auteur, et qui , par le moyen des gabelles et octrois, empêchaient le commerce et la sortie des fruits et matières premières des provinces voisines, il resta encore des droits de péage, droits assez considérables levés sur les matières premières, ainsi que sur les étoffe^ lesquels droits étaient quel-