CHAPITRE ADDITIONNEL.' 5j
tout le monde, des marchandises dans la petite lie de Sacrijicios pour être ensuite transportées dans l'intérieur. Tant que les habitans de la Nouvelle-Espagne n'eurent pas d'autre moyen de s'approvisionner que les flottes arrivant des ports de la métropole, ils se trouvaient autorisés a faire le commerce de contrebande dès que la guerre empêchait leur arrivée régulière. Avec le temps ces divers inconvéniens se firent sentir, et vers la fin du règne de Philippe V on abandonna ce système d'approvisionnement de l'Amérique par des flottes et des galions. A leur place on établit des vaisseaux registros, qui partaient à des époques fixes également, et qui étaient munis de provisions du gouvernement. Outre beaucoup d'autres avantages , ce système de vaisseaux détachés offrait celui de donner, en temps de guerre, bien moins de prise à l'ennemi que des galions sujets à être bloqués ou interceptés par une escadre. La dernière flotte partie pour la Vera-Cruz mit à la voile de Cadix en novembre 1 735; l'expédition des galions connus sous le nom de demi-galions, partie du même port en février 1737, fut aussi la dernière ; depuis lors le commerce ne se fit que par des bàtimens isolés. Il s'en fallait bien cependant que tous les abus eussent cessé par l'établissement des registros. Les négocians de Cadix n'obtenaient la faculté de les fréter que moyennant une permission , et ils ne l'avaient d'ordi-
naire qu'à force d'argent. U y avait des formalités très multipliées, très gênantes à remplir : les droits étaient considérables et très onéreux ('). Les colonies ne restaient pas moins sujettes à l'obligation de s'approvisionner de marchandises de mauvaise qualité, vendues à un prix élevé. Ainsi cette amélioration de bàtimens registros fut presque insignifiante à côté d'un système colonial tout-à-fait erroné et foncièrement vicieux.
Ce fut aussi en 1730 que le commerce de l'Amérique, borné autrefois à la seule ville de Séville, fut transféré à Cadix, qui, à la faveur du même odieux privilège de commercer seule avec l'Amérique , devint bientôt une ville commerçante des plus riches de l'Europe.
On créa la compagnie de Guipuzcoa ou de Caracas, à laquelle on accorda, moyennant le service annuel de quelques bàtimens pour la marine royale, le privilège de foire le commerce avec cette partie des colonies. Le désir que le gouvernement avait de l'encourager était tel, que le roi accorda la noblesse, en 1728, à ceux des habitans de la province de Guipuzcoa qui voudraient prendre des actions dans cette entreprise commerciale , laquelle devait commencer ses opérations l'année suivante, sur le sucre et le cacao. Le succès de la compagnie justifia d'abord les espérances qu'on avait conçues.
(') BouRGOtN, Tableau fie l'Espagne moderne.