CHAPITRE ADDITIONNEL. 5g I
déjà fait des progrès en Espagne, il était encore borné à l'explication du traité de la sphère par Sacrobosco, sans qu'il sortit de ces écoles d'autres écrits que des almanachs , sous le titre de piscatores , dans lesquels on insérait toute espèce d'énigmes et d'épigrammes selon le goût des Arabes (*).
Ce qui se passa dans la minorité de Charles II prouve bien la rareté des connaissances scientifiques. Deux frères flamands, les colonels de Grunemberg , offrirent au gouvernement de faire creuser un canal qui puisât ses eaux dans le Manzanarès. On s'opposa d'abord vivement au projet, cherchant à prouver par toute sorte de mauvais raisonnemens que le canal était impossible; mais, comme les colonels de Grunemberg ne se bornaient point à présenter des plans et des devis dressés dès l'an 1668 , et qu'ils offraient de plus de déposer un million de reaies pour que cette somme servît* de garantie de leur réussite, la reine régente se vit dans la nécessité de nommer une commission pour examiner le projet. Don Francisco Ramos del Manzano, membre du conseil du roi, et jurisconsulte estimé, en faisait partie. La junte accueillit pourtant avec défiance le projet, soit que la majorité fut entièrement étrangère aux connaissances mathéma-
,' •) ('ampomawf* , Appendice à la Education popular 9 . If , p. 292.
tiques, soit que Ramos del Mansano lui-même, tout éclairé qu'il était sur d'autres matières , partageât l'ignorance générale à ce sujet. Les frères de Grunemberg dirent alors à la reine régente : « Nous prions humblement Votre Majesté de faire examiner notre projet par des ministres et des magistrats qui l'envisagent non sous le point de vue d'une métaphysique insaisissable, mais bien selon les principes scientifiques, comme cela se pratique dans les autres pays civilisés de l'Europe. » Cette demande ne fut pas plus heureuse que la précédente, car le projet ne fut pas mis à exécution ; ce que le comte de Campomanes (•) attribue à la complète ignorance de l'hydraulique. « Les deux estimables colonels, ajoute-t-il, furent déchus de leurs expériences, parce qu'on manquait généralement d'instruction sur les mathématiques. L'Académie royale des Sciences de Paris et la Société Royale de Londres avaient néanmoins déjà fait voir l'importance de leur étude et les avantages de leur application. »
Philippe y protégea les sciences et les lettres , et établit plusieurs académies. .
§. 2. L'avénement de la nouvelle dynastie tira l'Espagne du marasme dans lequel elle était tombée sous les derniers rois autrichiens. Elle reçut
(') Campomanes, Appendice à la Education popular y
t. II , ]>. UJ'2.