‹ L'Espagne sous les rois de la maison de Bourbon (volume 2)Chapitre 6 sur 89 · III · texte numérisé non relu

III

que par l'intérêt non moins concevable de Y Empereur et de la Russie à empêcher l'avènement d'un prince allié de la France. Ces vues opposées et ces jalousies réciproques amenèrent des préparatifs de guerre; toutes les puissances intéressées au résultat de la contestation s'en occupèrent avec empressement.

Le grand but d'Auguste était d'assurer la reversion de la couronne de Pologne à son fils. 11 se lia en conséquence secrètement avec celles des puissances de l'Europe qui pouvaient favoriser son dessein, et se rendit à Varsovie dans le cœur de l'hiver pour obtenir le consentement de ses sujets ; mais comme il s'était montré très opposé à la garantie de la pragmatique sanction, l'Empereur se déclara contre lui, retira ses troupes d'Italie et des Pays-Bas, rassembla une armée considérable en Silésie , et négocia un traité avec la Russie et la Prusse pour faire roi de Pologne le prince de Portugal, Emmanuel. Auguste n'avait point encore convoqué la diète, qu'il périt victime de sa sollicitude pour avancer sa famille ; la gangrène se mit à son pied par suite d'un accident arrivé pendant son voyage , et il en mourut.

Sa mort renversa les projets de l'Empereur. Le nouvel électeur de Saxe désespérant d'être soutenu par la France , et convaincu qu'il n'occuperait point le trône vacant sans l'assistance de Y Au-

triche et de la Russie, se jeta entre les bras de l'Empereur, et parvint à s'assurer sa protection en garantissant la pragmatique sanction. La Russie consentit volontiers à une mesure dont le but était d'écarter un adhérent de la France : elle s'unit avec l'Autriche pour défendre ses prétentions.

Parmi les nouveaux candidats qui se présentèrent pour le trône vacant, il n'y eut des chances de réussite que pour les deux que soutenaient les partis opposés. Stanislas, après une foule d'aventures singulières, traversa l'Allemagne, et parut tout à coup à Varsovie. U fut élu par acclamation dans une diète composée de ses affidés , que l'on tint dans la plaine de Vola ; mais, peu de temps après, il fut chassé par les armées russe et autrichienne : une nouvelle diète, convoquée sous leurs auspices, réunit ses suffrages en faveur d'Auguste.

La nouvelle de la mort du roi de Pologne fît à Seville une profonde sensation , parce que l'on considérait avec raison cet événement comme devant fixer les dispositions incertaines de la France et comme le signal des hostilités contre l'Empereur. Elle ne fut donc pas plus tôt communiquée à Philippe , qu'il sauta à bas de son lit , dans lequel il restait presque toujours en proie à sa maladie de vapeurs , sans donner aucune attention aux affaires, et même sans avoir aucun soin de sa personne. Il reprit alors les fonctions du gouvernement, donna une audience publique aux

personnes de tout rang et de toute classe, prit une connaissance minutieuse des affaires , et donna des ordres pour que Ton fît sur-le-champ des préparatifs pour une guerre imminente.

La reine ne laissa pas passer cette effervescence de son esprit sans en profiter. Le voisinage du roi de Portugal l'exposait à des intrigues qui pouvaient s'ourdir contre elle à Seville , parce que ce monarque désirait naturellement hâter l'avénement de son beau-fils, le prince des Asturies. Les grands, de leur côté, cabalaient sans cesse pour un changement de gouvernement. Les différentes cours de l'Europe faisaient des insinuations assez claires sur la nécessité d'une abdication. Elle crut alors la résidence de Madrid préférable à celle de Séville , et voulut donner un témoignage public du retour de la santé du roi : elle lui fit entendre avec beaucoup d'adresse que , comme il était devenu , ainsi que son aïeul , la terreur de l'Europe, il était nécessaire de tromper l'attente de ses ennemis, qui souhaitaient avec ardeur de le voir rentrer dans la condition privée. Elle le détermina par ce raisonnement et d'autres semblables à rompre toute communication familière avec le prince des Asturies, avec les grands et avec tous les ministres étrangers, sous prétexte de remettre en vigueur l'ancienne étiquette nationale. Elle lui représenta qu'il fallait établir sa résidence dans les environs de la

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capitale , parce que Fair humide de Seville n'était pas favorable à sa constitution. (■) (*)

Philippe passa tout à coup d'une indolence apathique à une activité extrême. Il éprouva une in-

( 1 ) Dépêches de M, Keene.

(*) Pendant le séjour de la cour dans l'Andalousie, elle fit divers voyages soit à Cadix, lors de l'arrivée ou de la sortie des escadres et des galions , soir à Grenade , où le roi et la reine se plaisaient beaucoup à habiter le Soto de Homa.

Philippe et la reine , ainsi que le prince et la princesse des Asturies, et l'Infant don Philippe, quittèrent Seville pour retourner à Madrid le 16 mai 1733 : l'Infant don Louis et les Infantes se mirent en route quelques jours après.

La reine Elisabeth Pamèse aurait rendu un véritable ser* vice à l'Espagne, si elle eût décidé Philippe V à fixer la résidence de la cour à Seville. Bientôt la présence du goiivernement, et son action immédiate, en auraient fait une grande capitale remplie d'une population nombreuse, active, commerçante , jouissant de tous les avantages des villes situées sur les fleuves , ou dans le voisinage de la mer. Ce fut en vérité une pensée funeste que celle des monarques espagnols d'établir leur capitale au centre d'un désert aride ; elle doit paraître bien plus bizarre encore que celle de Philippe II , charmé d'élever le superbe monastère de l'Escurial sur la pente d'une montagne escarpée. On a dépensé une partie des richesses tirées du Nouveau-Monde pour bâtir Madrid ; pourtant sa population est restée constamment au-dessous des autres capitales, de l'Europe , et même fort peu audessus d'autres villes de l'Espagne , parce que la localité offre des obstacles insurmontables à son accroissement. Lt> gouvernement aura beau y encourager l'industrie, Téta-,

disposition momentanée causée par la fatigue du voyage ; mais il se rétablit promptement et fixa son séjour dans sa retraite chérie, Saint-Ildephonse. « Aussitôt qu'il y arriva, dit M. Keene ,

blissement de manufactures ne saurait avoir lieu là où le prix des transports et des matières premières ne peut qu'être toujours cher, et où surtout on manque d'eaux abondantes. Le commerce ne peut pas prospérer non plus par cette même difficulté des communications. Aussi , voyex la population de Madrid ; elle est composée de quelques grandes familles que la politique de la cour a attirées auprès du monarque, de leurs nombreux domestiques, d'employés du gouvernement , de plaideurs et de solliciteurs , de,couvens , et d'un chétif commerce ; telle est toute la population de la capitale d'une grande monarchie. Point de grands propriétaires, point de riches manufacturiers, point d'opulens étrangers dont l'alfluence pourrait vivifier l'industrie et le commerce du pays. Or, tout cela se serait trouvé à Seville.

Je fais cette remarque par la conviction où je suis , que les capitales où réside une population nombreuse , agissante , exercent une influence signalée sur les progrès de la civilisation des peuples. Là où se trouve une grande réunion d'hommes ayant de l'aisance par suite du travail, les sentimens généreux germent dans les cœurs ; le désir général de perfectionneroens, le besoin d'améliorations sociales, l'amour de l'instruction et du savoir en sont le résultat nécessaire. Le pouvoir lui-même , en donnant aux esprits une impulsion vers les pensées utiles , se voit à son tour aidé , encouragé , applaudi par les suffrages d'une société éclairée ; fort souvent les dépositaires de l'autorité suprême y puisent des idées salutaires et patriotiques. Ajoutons que le commerce fréquent avec des étrangers distingués , que les avantages ou

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il fit venir les directeurs des travaux, et leur donna des ordres. 11 déclara en même temps son intention d'avoir le lendemain un despacho ordinaire, dans lequel il nomma à plusieurs commandemens militaires. Depuis lors, il continue toujours à s'occuper d'affaires; c'est au point que le gouvernement se trouve maintenant sur un pied régulier. Quant à sa santé, je ne l'ai jamais vu ni aussi gai, ni aussi communicatif. » (')

Ainsi, après uqe absence de cinq ans, Philippe réjouit de nouveau sa capitale par sa présence. Dans son inquiète activité , lorsqu'il annonça la prise d'Oran à la cour de France , il lui fit la proposition de former une liaison plus intime et de tourner de concert leurs armes contre l'Empereur. Fleuri aimait trop la paix pour don-

les plaisirs des grandes villes attirent dans les #pi|ales, contribue beaucoup plus qu'on ne pense à rapprocher les peuples, à éteindre leurs haines, à les unir : on est plus tolérant , plus social , plus éclairé.

Qu'importe qu'une capitale soit située ou non dans le centre du royaume pour l'administration des provinces ? Uqe bonne organisation dans l'ordre civil et judiciaire, des postes et des télégraphes bien servis , peuvent suppléer convenablement aux distances.

En résumé , il faudra renoncer à l'espoir d'obtenir les immenses avantages qu'offrent les grandes capitales, comme foyers de civilisation, tant que la résidence de la cour ne se trouvera pas située sur un fleuve navigable.

(') M. Keenc au duc de Newcastle, Scgovie, 20 juillet

3a 8 Philippe y.

lier des alarmes à l'Angleterre en laissant voir des desseins hostiles contre l'Empereur ; mais l'ouverture de l'Espagne donna lieu à une négociation qui continua pendant toute l'année 1732 et une grande partie de l'année suivante. La conclusion d'un traité avait été déjà manquée une fois par le refus de Fleuri d'entrer dans les desseins de la reine contre les possessions autrichiennes en Italie ; la mort d'Auguste donna une nouvelle direction aux vues des deux puissances. La reine alléguait comme un argument en faveur d'une agression immédiate , que la marine espagnole était assez puissante pour conduire une armée en Italie : elle vantait et la force et la discipline de l'armée. Pour toute réponse aux raisonnemens du rusé cardinal, elle s'écriait : « Le roi. et moi ne sommes pas des enfans à qui on fasse peur; les grandes entreprises ne nous embarrassent guère. » (')

Toute la sagesse et la timidité de Fleuri pouvaient à peine suffire contre une occasion aussi favorable qui venait s'offrir d'elle-même. Le gouvernement anglais, à la veille des élections générales, et embarrassé par les mécontentemens populaires auxquels avait donné lieu une tentative pour établir l'accise (impôt sur les denrées), ne songeait qu'à empêcher la soumission des Pays- Bas, et se contenu d'une offre inutile de média-

(') ViLLias, tome IV, page 341.

tion (*). De son côté , la Hollande ne voulant pas braver les forces de la France sans être appuyée , prenait le parti d'adhérer à la neutralité.

La France se trouvant en sûreté et défendue du seul côté où l'expérience lui avait appris à craindre une attaque, Fleuri demanda à son tour la coopération de l'Espagne; mais au moment même où les deux cours amusaient constamment l'Angleterre par de vagues protestations de vues pacifiques et par un désaveu de tout engagement particulier entre elles , une triple alliance était déjà arrangée entre la France, l'Espagne et la Sardaigne (s5 octobre). « Ce fut là le dernier acte politique du marquis de Castelar, frère de Patino , qui passa du ministère de la guerre à l'ambassade de Paris (*). Le changement de système fut i mmédiatement annoncé par le comte de Mon tijo, ambassadeur d'Espagne à Londres, qui, dans une audience du roi , déclara que Sa Majesté Catholique se trouvait dans le cas de prendre de nouvelles mesures et d'unir ses armes avec celles de la

( *) Mémoires de sir Robert Walpole , chap, xliii.

(*) Don Baltasar Patino , marquis de Castelar, commandeur d'AJange dans l'ordre de Saint- Jacques , gentilhomme de la chambre du roi, de son conseil de guerre, secrétaire d'état , et des dépêches universelles de la guerre , son ambassadeur extraordinaire et plénipotentiaire à la cour de France, mort à Paris le 19 octobre 1733. Il arriva dan* cette capitale en octobre 1730. 11 fut enterré dans l'église de Saint-Sulpice.

33o PHILIPPE V.

France contre l'Empereur ('). » Cette communication fut le prélude d'une déclaration de guerre, dans laquelle les trois cours faisaient une récapitulation de tous leurs griefs et plaintes contre l'Autriche depuis la paix d'Utrecht.

Dans le même temps , une armée française , sous les ordres de Berwick , passait le Rhin; une seconde , sous ceux de Villars , le général que la cour de Madrid aimait d'une prédilection particulière , s'unissait aux Sardes en traversant les Alpes. Seize mille hommes d'infanterie espagnole, escortés par vingt vaisseaux de ligne, étaient transportés de Barcelonne et d' Alicante à la côte de Gènes , tandis que cinq mille chevaux se rendaient à Antibes , à travers les Pyrénées , pour y être embarqués pour la même destination. Le débarquement ayant eu lieu, ces forces, sous les

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marche vers la Toscane , et établirent leur quartier-général aux environs de Sienne. Pendant que ces mouvemens s'opéraient, don Carlos se déclarant lui-même d'un âge compétent, prit les rênes du gouvernement de Parme, et fixa la majorité des ducs futurs à quatorze ans. 11 quitta Parme aussitôt après, et, se sentant appelé à de plus hautes destinées , il dépouilla le palais ducal de ses plus précieux meubles et de ses plus riches

(') Conduite de l'Angleterre dans les affaires de Pologne. Papiers de Walpolc ( Manuscrit).

chap. xu. — 1732-1736. 33l

curiosités. Arrivé à Sienne , il prit le titre de généralissime de Tannée espagnole en Italie (24 février 1734). (*)

Les Français et les Sardes s'attendaient que cette armée serait destinée à coopérer à la reddition du Milanais; mais Philippe, ne se souciant point de partager d'avance son butin avec ses alliés, méditait une acquisition de la plus haute importance, qu'il convoitait depuis long-temps.

Chez un peuple aussi inconstant que le Napolitain l'était alors, et aussi opposé à un gouvernement régulier, de quelque manière qu'il fut constitué, il était aussi aisé de s'emparer du trône, que difficile de s'y maintenir.

Le gouvernement allemand était souverainement détesté à cause de la différence du langage, des manières et du caractère national. Les nouveaux modes d'imposition et les réglemens militaires,* s'ils n'étaient point oppressifs, étaient du moins odieux par leur nouveauté. Ils irritaient le caractère susceptible du peuple et blessaient ses usages particuliers. Dans ces circonstances, les restes du parti espagnol avaient gagné continuellement de la force. A plusieurs reprises de vives représentations furent adressées à la cour de Madrid , pour qu'elle délivrât la nation du joug allées) L'infant don Carlos était en possession des États de Toscane depuis 1731 : il partit de Séville pour s'y rendre vers la fin de cette année. II traversa le midi de la France, et s'embarqua à Antibcs.

mand. Ce butattrayant, etsi facile à atteindre en apparence , l'emporta dans la balance sur les intérêts généraux de l'alliance dont l'Espagne formait une partie. Les remontrances du maréchal de Villars, qui se présenta à Sienne pour obtenir la coopération des Espagnols , ne furent suivies d'aucun résultat. Don Carlos laissa les Français et les Sardes poursuivre leurs desseins dans la Lombardie , retira les troupes espagnoles du Modenais , et , traversant les États de l'Église avec le consentement du pape , il fut reçu par les ministres de la cour de Rome avec un respect réel ou apparent, quoique sans lui rendre les honneurs dus aux têtes couronnées. Pendant qu'il poursuivait sa marche vers la frontière de Naples, une forte escadre, aux ordres du comte de Clavijo, ayant à bord une division de huit mille hommes, longea la côte et facilita l'attaque de la capitale par l'occupation des lies Ischia ot Procida. L'infant, en traversant Capoue , passa le Valdarna, et réunit toutes ses forces à San Angelo di Rocca Canina. il publia une proclamation adressée aux Napolitains, au nom du roi , son père, dans laquelle il exprimait , dans le langage ordinaire, sa satisfaction de leur dévoùment , et annonçait sa résolution de les délivrer de l'oppression allemande, leur promettant (ce qui devait bien plus flatter ce peuple capricieux) d'étendre leurs privilèges et de les affranchir de toutes sortes d'impôts, principalement de ceux dont la source avait été la

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cupidité du gouvernement allemand. Cette proclamation était accompagnée d'une autre au nom de l'infant lui-même, confirmant les promesses de son père en général , et annonçant sa résolution de ne permettre l'introduction d'aucun tribunal nouveau, tant civil qu'ecclésiastique, promesse devenue nécessaire pour calmer les craintes des Napolitains sur l'idée que l'établissement de l'inquisition serait la conséquence d'une administration espagnole.

Ces promesses flatteuses firent un grand effet sur un peuple naturellement passionné pour la nouveauté. Heureusement aussi pour le succès de cette entreprise, le vice-roi Visconti, comme s'il eut deviné le funeste résultat de la lutte, se retira à Rome, et les généraux autrichiens Caraffa et Traun ne furent pas d'accord sur le plan d'opérations qu'il fallait adopter. Après une vive altercation, ils décidèrent de rester sur la défensive, disséminèrent leurs forces disponibles dans les diverses forteresses , et divisèrent le reste en deux corps, dont l'un devait garder Apuglia, pendant que l'autre prendrait la position opposée de San Angelo délia Canina , en couvrant la frontière du nord. (*)

(*) Dans le conseil collatéral tenu à Naples le 37 mars 1734, il fut résolu que les troupes impériales qui étaient dans le royaume, et dont le nombre n'allait pas au-delà de dix mille cinq cents hommes , en comptant le secours envoyé par le comte de Sastago , n'étant pas suffisantes pour

L'armée espagnole força sans peine la position des Impériaux à San Angelo délia Canina, les rejeta dans Capoue et Gaëte, y laissa un corps pour les bloquer, et avança sur Naples. L'infant reçut à A versa une deputation de la capitale. Le 10 avril, trois cents hommes de son armée furent admis sans opposition, et bientôt après tous les forts qui commandent la ville et le port de Baies furent occupés par les Espagnols. En conséquence de ces succès, l'infant fit son entrée triomphale, et publia un décret au nom de son père, le déclarant roi des Deux-Siciles, et renouvelant les promesses faites dans la première proclamation.

Pendant que l'infant s'occupait ainsi de contenter ses sujets et d'organiser le gouvernement de ses nouveaux États, Montemar suivit de près le reste des troupes allemandes, qui, au nombre de neuf mille hommes, se retiraient par Bari et avaient une position avantageuse sous les murs de Bitonto.

tenir la campagne contre l'armée du roi d'Espagne , on se bornerait à défendre les places de Gaëte et de Capoue, dans chacune desquelles on mettrait trois mille hommes; et les châteaux de Naples , où on laissa une garnison de quinze cents hommes. Trois mille hommes qui restaient au ▼ice -roi seraient employés pour lui servir d'escorte.

Le ag , le comte de Cervellon , nommé pour succéder au vice-roi , arriva à Naples ; mais voyant que l'état des affaires était désespéré, il eut le bon esprit de ne point prendre possession de la vice-royauté, et alla rejoindre le vice-roi.

J Le comte Visconti, vice-roi de Naples, ne cherchait qu a gagner du temps, plusieurs renforts se trouvant déjà en marche pour le rejoindre , notamment un corps de six mille Croates, dont on hâtait l'embarquement à Trieste ; mais le général espagnol , Montemar, qui devina ses intentions , marcha droit à lui , sans s'arrêter à faire les sièges de Gaëte et de Capoue, ainsi que le voulaient plusieurs généraux de son armée. Visconti venait de recevoir deux mille hommes que lui avait envoyés de Naples le comte de Sastago ; quatre mille étaient arrivés de Trieste , qui, descendant l'Adriatique , avaient débarqué sur la côte de la Man fredaine : il put réunir par ces divers renforts neuf mille hommes. Deux mille grenadiers espagnols et un nombre égal de chevaux avaient été détachés d'Aversa pour Fobserver, sous les ordres des lieutenans-généraux marquis de la Mina et duc de Castropinano , et des maréchaux de camp marquis de Castelar et de Bay. Sur la nouvelle de l'arrivée de renforts autrichiens, Montemar se mit en marche pour rejoindre ces généraux : le total de ses forces réunies était de douze mille hommes. L'ennemi, retranché dans une position défendue par des ouvrages en pierre et en terre, placés à la distance d'un quartde lieue de Bitonto, ne put pas tenir contre l'impétuosité des soldats espagnols. Les murs et les retranchemens furent escaladés. Ne pouvant

résister à l'attaque de leur centre faite par la colonne que commandait le comte deMaceda, les Autrichiens cherchèrent leur salut dans la fuite. Le général Radoschi , avec l'infanterie , tenta de gagner la ville, croyant qu'il pourrait s'y défendre; mais il se vit dans la nécessité de céder à sa mauvaise fortune; il se rendit prisonnier. La cavalerie fut aussi atteinte dans sa fuite par la cavalerie espagnole. De toute l'armée autrichienne, quatre cents hommes seulement parvinrent à se sauver, le reste tomba au pouvoir du vainqueur. (*) f

(Novembre.) Cette victoire décida de la destinée du royaume. Avant la fin de l'année , la conquête en fut achevée par la prise de Gaëte, que Traun défendit pendant plusieurs mois avec un courage extraordinaire.

Don Carlos reçut la couronne à Naples aux acclamations du peuple , enchanté d'échanger un vice-roi contre un souverain. Le premier

(*) Documens officiels espagnols.

Le comte de Montemar attaqua les Autrichiens avec son armée , distribuée en sept colonnes.

Le marquis de Pozobueno commandait la Ièr*.

Le duc de Liria, fils du maréchal de Berwick , la ac.

Le duc de Castropinano la 3e.

Le marquis de Bay la 4'»

Le marquis de Châteaufort la 5r.

Le comte de Maceda la 6e.

1* marquis de la Mina la 7'.

acte de son règne fut de récompenser les services de Montemar avec le titre de duc de Bitonto , une pension annuelle de quatorze mille ducats, et le gouvernement perpétuel de Castelnovp. A ces récompenses , le roi d'Espagne ajouta les honneurs de grand de la première classe. (*) (*)

(•) Muratoei, année 1734. Beccatifi , Storia di Carolo terzo, ibid.

(*) Le comte de Montemar fut élevé au rang de grand d'Espagne avec le titre de duc.

Voici l'inscription gravée sur le marbre, à Bitonto, comme un monument de la victoire remportée sur les Ailexnands, le a5 mai 1734*

Auspiciis Caroli Borbonii Neapolis, Siciliœ, Hierusalem, et Hungariœ regis fortissimi.

Hispaniœ infantis , Parmœ , Placentiœ et Castri Ducis. Magni Principes Etruriœ.

Joseph Carrillo Cornes de Montemar

Hispaniarum exercitus Ductor universes. Germanorum copias delevit.

Cœsis y Captis, aut in deditionem acceptis, Hominum Jrmatorwn plus minus octo Millibus. Signis militaribus , tympanis, tentoriis, omnique alio Bellico apparatu , summa prudentia , fortitudine , et felicitate , in potes ta tem redactis, Discant tandem ïtali ■ Germanos œquis viribus vinci et proftigari posse.

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